Gérard Depardieu: comment la tribune de soutien à l'acteur signée par 56 artistes a vu le jour

Après plusieurs semaines de polémique politico-médiatique, une soixantaine de personnalités du monde de la culture ont signé, ce lundi 25 décembre, une tribune dans le Figaro dénonçant le "lynchage" de Gérard Depardieu.

Le "dernier monstre sacré" du cinéma - visé par trois plaintes pour viols et agressions sexuelles, mis en examen dans une des affaires et au cœur d'un scandale à la suite d'un documentaire diffusé sur France 2 - fait "face au torrent de haine qui se déverse sur sa personne, sans nuance, dans l'amalgame le plus complet et au mépris d'une présomption d'innocence", écrivent les signataires.

Un acteur et éditorialiste à l'origine

La diffusion récente d'un reportage sur l'acteur, dans l'émission "Complément d'enquête" sur France 2, a provoqué une onde de choc. Sur ces images, Gérard Depardieu multiplie les propos misogynes et insultants ciblant des femmes et même une fillette. La séquence a fait réagir jusqu'au plus haut sommet de l'État. La ministre de la Culture Rima Abdul Malak a dénoncé des propos qui "font honte à la France" tandis qu'Emmanuel Macron l'a désavouée en assurant qu'il rendait "fier la France".

Dans le monde de la culture, plusieurs voix se sont levées contre l'acteur. Mais les proches de Gérard Depardieu ont également pris la parole dans les médias pour le défendre, jusqu'à la tribune publiée le soir de Noël.

Nathalie Baye, Carole Bouquet, Charlotte Rampling ou encore Bertrand Blier, Jacques Weber, Pierre Richard et Gérard Darmon font partie de la liste - décriée par les associations féministes - d'artistes réunis à l'initiative de Yannis Ezziadi, acteur et éditorialiste pour le magazine d’extrême droite Causeur.

"Je me suis dit qu'on ne pouvait pas laisser le plus grand d’entre nous être lynché au mépris de la présomption d’innocence", a-t-il confié au Parisien.

L'ami de Julie Depardieu a alors envoyé son texte à "un maximum" de personnalités du cinéma pour dénoncer une "idéologie de terreur, de chasse aux sorcières". "Beaucoup de comédiens ont refusé de signer le texte, souvent par peur des répercussions sur leur carrière", affirme-t-il. "Nombre d'entre eux ont été découragés par leurs agents ou leurs avocats."

Il a ajouté sur BFMTV: "Les images du Complément d'enquête ne sont pas un problème. Ces images m'ont fait rire. Ce sont des blagues gauloises."

Validée par Depardieu lui-même

Avant publication, la tribune a été transmise à Gérard Depardieu lui-même qui l'a trouvée "très belle". "Je trouve que c'est très courageux de la part des signataires (...) J'ai donc dit à son auteur qu'il pouvait la publier", a déclaré l'acteur de 74 ans à RTL.

Face à l'indignation d'associations féministes ou de personnalités politiques, plusieurs signataires ont assumé leur démarche. À commencer par l'acteur Michel Fau, qui a eu l'idée de la tribune et contacté Yannis Ezziadi.

"On touchait à l'artiste", a-t-il justifié sur BFMTV. "On essaie de nous raconter que l'artiste doit être raisonnable, un modèle pour la société. C'est un discours complètement terrifiant. L'artiste doit rester extravagant, scandaleux, obscène et ingérable."

Nathalie Baye, qui connaît Gérard Depardieu de longue date et a souvent partagé l'affiche avec lui, a dit sur BFMTV avoir une "grande confiance" en un "acteur formidable". "C'est une sorte de lynchage qui fait gagner des sous aux journalistes. (...) Il peut dire des gros mots mais moi je sais que ce n'est pas du tout l'homme qu'on décrit d'une manière monstrueuse dans la presse people ridicule", a-t-elle ajouté.

De son côté, Jean-Marie Rouart, membre de l'Académie française, a affirmé sur notre antenne avoir signé la tribune pour défendre "l'esprit gaulois de la France".

Une tribune immédiatement contestée

Au lendemain de la publication de la tribune, Laurent Boyet, président de l'association Les Papillons, qui lutte contre toutes les formes de maltraitances faites aux enfants, a annoncé qu'il retirait à Pierre Richard son titre d'ambassadeur.

"Il y a une incompatibilité entre ce que représente Gérard Depardieu et le fait d'être ambassadeur d'une association de protection de l'enfance", a-t-il lancé sur BFMTV.

La tribune a été vécue comme un "crachat au visage des victimes" de violences sexistes et sexuelles, selon les associations féministes. Emmanuelle Dancourt, cofondatrice de #MeTooMedias, s'est dite "atterrée". "J'ai l'impression qu'il y a une incompréhension quand j'entends parler de torrent de haine qui se déverse sur Depardieu... Il n'y a jamais de vengeance (de la part des plaignantes, NDLR) mais un besoin de protéger les autres", a-t-elle souligné sur notre antenne.

"C'est un crachat au visage des victimes de violences", a également réagi auprès de l'AFP le collectif "Nous Toutes". La présidente du Collectif féministe contre le viol Emmanuelle Piet a elle comparé sur BFMTV le monde du cinéma à une "famille incestueuse".

Article original publié sur BFMTV.com