Coronavirus : quels sont les lieux les plus propices aux clusters ?

Lucile Descamps
·5 min de lecture
Les Ehpad font partie des lieux qui comptent le plus de clusters, avec les établissements de santé et les entreprises.
Les Ehpad font partie des lieux qui comptent le plus de clusters, avec les établissements de santé et les entreprises.

Plusieurs départements français voient les contaminations au Covid-19 repartir à la hausse. Et certains lieux sont plus propices que d’autres à la création de clusters, à commencer par les Ehpad et les entreprises.

Depuis quelques jours, certains départements français font face à une hausse du nombre de contaminations au Covid-19. Pour tenter d’endiguer le phénomène avant qu’il ne prenne trop d’ampleur, le gouvernement a décidé d’imposer le port du masque dans les lieux clos, et ce dès la semaine prochaine, comme l’a annoncé le Premier ministre, Jean Castex, ce 16 juillet.

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Une décision qui devrait permettre de réduire la transmission aérienne par micro-gouttelettes, longtemps ignorées. Si tous les lieux clos ouverts au public devraient être concernés par cette mesure, certains semblent plus propices que d’autres à la contamination, si l’on se fie au nombre de clusters qui y ont été détectés.

Plus de 150 clusters actifs

Selon le dernier point de situation, publié le 13 juillet par le ministère de la Santé, la France compte actuellement 155 clusters actifs, sans compter les Ehpad ni les cercles familiaux restreints. Le 9 juillet dernier, 68 étaient encore en cours d’investigation.

Si un cluster désigne un minimum de trois cas dans une période de sept jours, en moyenne, en France, ils en comptent en moyenne plus de 15. Selon le bulletin épidémiologique de Santé Public France en date du 9 juillet, les principaux lieux qui ont connu des foyers d’infection ces deux derniers mois sont les Ehpad, les établissements de santé, les entreprises, les établissements sociaux d’hébergement et d’insertion et les milieux scolaires.

Pourquoi ces lieux sont-ils particulièrement propices aux clusters ? En fait, ce n’est pas tant une question d’endroit, qu’une question “de conditions qui entraînent des risques”, nous précise Gérald Kierzek, médecin urgentiste, chroniqueur sur TF1/LCI et auteur de Coronavirus, comment se protéger ?. “Si le lieu est clos et qu’il n’est pas aéré avec un apport d’air extérieur et qu’il y a du passage, notamment des personnes qui ne font pas partie du même foyer, les risques de contamination augmentent” énumère le spécialiste. D’autres facteurs aggravants peuvent s’ajouter, comme la pratique d’activités qui entraînent une hyperventilation ou la présence de porteurs du virus supercontaminateurs - ou superspreaders.

Les Ehpad et les établissements de santé en tête

De quoi expliquer les différents clusters du pays. À commencer par ceux des Ehpad, où 104 cas groupés ont été recensés depuis le 9 mai. “Les résidents y vivent en vase clos, avec des entrées qui viennent de l’extérieur via les visites des familles et le personnel”, décrit Gérald Kierzek. Et, avec la chaleur de l’été, les risques vont s’accroitre : “on va mettre des ventilateurs qui vont brasser l’air intérieur sans apport d’air neuf”, redoute-t-il.

En tête de la répartition des clusters arrivent ensuite les établissements de santé. Là encore, c’est plutôt logique au vu de la nature du virus. “C’est quasiment une maladie nosocomiale !”, constate le médecin urgentiste.

Dans ces lieux, “le risque d’avoir un patient contaminé est important car par définition - c’est ce qu’on appelle un biais de recrutement - ce sont des gens malades qui viennent à l’hôpital”, décrit-il. Sans oublier que les établissements de santé sont des lieux clos, avec beaucoup de transit de personnes. “Si les procédures sont mal respectées, si on n’aère pas bien, les contaminations et leurs vecteurs sont importants”, conclut Gérald Kierzek.

Situations à risque sur les lieux de travail

Sur la troisième marche du podium des lieux qui comptent le plus de cas groupés arrivent les “entreprises privées et publiques hors établissements de santé”. Le lieu de travail, en clair. Ce qui s’explique notamment par une “rupture de la chaîne de protection”, comme nous le décrit le médecin. Dans les entreprises, le masque n’est pas toujours porté, ou du moins pas à chaque poste. Il peut aussi arriver que la vigilance diminue en réunion, et que les employés soient amenés à manger ensemble. “Ce sont autant de moments à risque”, commente l’urgentiste.

Un cadre professionnel a été particulièrement propice à la contamination, à travers le monde : les abattoirs. Cela a notamment été le cas en Vendée, dans les Côtes-d’Armor, dans le Loiret, en Mayenne, mais aussi en Allemagne, en Australie ou encore aux États-Unis. Outre les risques déjà énumérés encourus dans les entreprises, celles-ci ont la particularité d’être humides et de créer ainsi “des circonstances de projection, d’aérosolisation”, décrit Gérald Kierzek.

D’autres lieux présentent également toutes les conditions pour multiplier les risques de contamination. C’est par exemple le cas des salles de sport ou des lieux de culte (lorsque le chant y est pratiqué), qui, en plus d’être clos et de rassembler du monde, sont propices à l’hyperventilation. Il y a quelques jours, 13 personnes d’une même salle de fitness à Carpentras ont été testées positives au Covid-19, rapporte France Bleu. Autant d’endroits où la méfiance est de mise.

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