Transmission aérienne Covid-19 : qu'est ce que ça change ?

Lucile Descamps
·5 min de lecture
L'OMS reconnaît la possibilité d'une transmission aérienne du Covid-19, ce que des chercheurs avancent déjà depuis mars.
L'OMS reconnaît la possibilité d'une transmission aérienne du Covid-19, ce que des chercheurs avancent déjà depuis mars.

L’OMS vient de reconnaître la possibilité d’une transmission aérienne du Covid-19. Rien de vraiment nouveau sur le fond, puisque les scientifiques avancent cette théorie depuis le début du mois de mars.

C’est une avancée, mais pas vraiment une nouveauté. Ce mardi 7 juillet, l’OMS a reconnu la possibilité d’une transmission aérienne du SARS-CoV-2, responsable du Covid-19. Lors d’une conférence de presse virtuelle, Benedetta Allegranzi, une responsable de l’organisation, a estimé que “des preuves émergent dans ce domaine et, par conséquent, nous devons être ouverts à cette possibilité, et comprendre ses implications”.

Elle a ainsi recommandé “une ventilation efficace dans les lieux fermés, une distanciation physique (...) Lorsque ce n'est pas possible, nous recommandons le port du masque”, comme l’a rapporté 20 Minutes.

Jusqu’ici, l’OMS affirmait que seules les grosses gouttes - produites par les éternuements ou la toux - pouvaient diffuser le virus et que, de par leur poids, elles ne restaient que très peu dans les airs et ne pouvaient donc pas être aéroportées.

L’OMS poussée à revoir sa copie

Mais l’organisation a dû s’exprimer une nouvelle fois sur le sujet. Car 239 chercheurs, de 32 nationalités différentes, ont publié une lettre, le 6 juillet, dans laquelle ils appellent l’OMS et la communauté médicale internationale à s’inquiéter de la transmission par micro-gouttelettes. Contrairement aux plus grosses gouttes, elles ne tombent pas si rapidement et peuvent donc présenter un risque dans les lieux clos et mal aérés. “Nous recommandons la mise en place de mesures préventives”, précisent les scientifiques dans leur lettre.

Ce n’est pas la première fois que l’Organisation Mondiale de la Santé est interpellée sur le sujet. Début avril, 36 experts avaient demandé à ce que les preuves grandissantes d’une transmission aéroportée soient examinées. Mais les recommandations officielles sont restées inchangées, en demeurant principalement axées sur le lavage de mains, comme le rappelle le New York Times.

Une situation “décrite depuis mars”

“Il n’y a rien de neuf”, nous confirme Gérald Kierzek, médecin urgentiste, chroniqueur sur TF1/LCI et auteur de Coronavirus, comment se protéger ?. “L’une des voies de contamination est représentée par les grosses gouttelettes, la transmission en face à face… La transmission par les micro-gouttelettes existe, dans des conditions spécifiques : des lieux clos, avec des gens qui sont excréteurs multiples - ce qu’on appelle les super-spreaders ou super-diffuseurs -, une activité à risque avec une hyperventilation (le chant, le sport…), ou avec de l’air recyclé en permanence, sans apport d’air extérieur”, nous précise-t-il.

Or, toutes ces informations sont “décrites depuis mars”, poursuit le spécialiste. Et les observations sur le sujet sont multiples. Il y a eu l’exemple de la chorale, aux États-Unis. Mi-mars, après une répétition, 53 personnes sont tombées malades sur les 61 présentes, comme le précise Le Monde. “On avait tout : un lieu clos, une activité à risque et un super-spreader”, commente Gérald Kierzek. C’est aussi ce mode de transmission qui pourrait expliquer la multiplication des clusters sur les lieux de travail.

“Ce n’est pas parce qu’il y a du virus en suspension dans l’air qu’il y a assez de charge virale - c’est-à-dire d’inoculum, de quantité de virus - pour être contaminé. En revanche, si on est en lieu clos, avec quelqu’un qui excrète beaucoup, et qu’il n’y a pas de renouvellement d’air, la concentration de virus (donc l’inoculum) va augmenter”, poursuit-il.

L’OMS toujours pas convaincue

Mais puisqu’il n’y a pas de nouveautés, pourquoi l’OMS ne réagit-elle que maintenant ? “Il y a un intérêt à remettre un coup de semonce : c’est qu’on a l’impression d’être passé du tout - avec le confinement - au rien. Là, ça permet de dire qu’il faut rester extrêmement vigilant dans les lieux clos, à risque”, avance le médecin urgentiste.

Une autre explication réside dans le fait que l’organisation est très frileuse lorsqu’il s’agit de revoir ses recommandations, expliquent des experts dans le New York Times. C’est d’ailleurs pour cette raison que les scientifiques ont choisi de publier leur lettre ouverte. “Ce n’est pas une attaque contre l’OMS, c’est un débat scientifique. Mais nous avons senti qu’il fallait que nous le rendions public, car [ses membres] refusaient de voir les preuves malgré les discussions qu’on a eues avec eux”, a précisé Jose Jimenez, chimiste à l’université du Colorado et l’un des signataires de la lettre, dans The Guardian.

Et malgré une avancée sur le sujet, rien n’est encore acquis. Car lors de la conférence de presse du 7 juillet, Benedetta Allegranzi a continué à faire part de ses réserves, en affirmant que “les preuves [devaient] toutefois être rassemblées et interprétées”.

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