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"Un stupéfiant Noël", "Noël Joyeux"... La revanche du film de Noël français

Longtemps jugé trop américain et trop niais, le film de Noël n'a jamais rencontré le succès escompté en France. Malgré quelques œuvres marquantes comme Le Père Noël est une ordure ou Santa & cie, l'industrie cinématographique française s'est le plus souvent tenue éloignée du genre, lui préférant des récits de familles dysfonctionnelles durant les fêtes de fin d'année (La Bûche, Les Marmottes).

Depuis quelques années, la situation semble cependant changer. La sortie cette semaine - et à deux jours d'écart - de Noël joyeux avec Franck Dubosc (au cinéma depuis mercredi) et d'Un stupéfiant Noël avec Eric Judor (sur Prime ce vendredi) en est la preuve. Bien que destinés à deux publics différents, ces deux longs-métrages sont animés par la même volonté de subvertir ce genre jugé trop gentil.

Dans Noël joyeux, un couple (Franck Dubosc et Emmanuelle Devos) décide d'accueillir le soir du 24 décembre deux résidentes de maison de retraite. Problème: les deux octogénaires se révèlent être de véritables chipies et leur font vivre un enfer... Dans Un stupéfiant Noël, un policier jamais présent pour sa fille échange sa place avec le héros du téléfilm de Noël dont elle est fan...

Tatie Danielle à Noël

Clément Michel, réalisateur de Noël Joyeux, s'est inspiré d'une anecdote racontée par sa mère. "Des copains à elle avaient gentiment accueilli le 24 décembre, parce qu'ils étaient seuls à Noël, une dame d'une maison de retraite. Elle était venue avec une copine qui les a emmerdés toute la soirée. C’était deux 'Tatie Danielle' à Noël. Ça m'a donné envie de déconstruire autant que possible tous les clichés de Noël."

Idem pour Arthur Sanigou, réalisateur d'Un stupéfiant Noël: "L'idée était de prendre les codes de ces films un peu purs, un peu naïfs et de les tordre pour les rendre un peu plus subversifs. Avec Philippe Lacheau et Pierre Dudan, mes producteurs, on a twisté ça en emmenant un personnage de films de Noël parodique dans la réalité pure d'un réseau de drogue et un personnage ténébreux dans un film de Noël."

"On a l'impression que le film de Noël est un genre qui ne se renouvelle pas beaucoup. On a l'impression que dès qu’on veut faire un film de Noël, il faut faire une comédie romantique ou un film familial pour les enfants - et donc un peu naïf", déplore Arthur Sanigou. "Je voulais éviter cet écueil et aller dans un registre plus transgressif et plus 'young adult' pour reprendre les termes d'Amazon."

"Noël exacerbe les tensions"

Déjà repéré grâce au pastiche de feuilletons américains La Vengeance au triple galop, Arthur Sanigou parodie d'autant plus librement les films de Noël qu'il voue un véritable amour pour le genre: "C'est un genre que j'apprécie. Ce sont des films qui font du bien, qui appuient sur des éléments cognitifs méga simples, des valeurs très pures: vivre ensemble, s'aimer, être là pour ses proches. En ce moment, on a besoin de ça."

Noël joyeux prend le contrepied de ces valeurs avec ses mamies chipies. "Ça m'amusait d'avoir ce conflit de générations entre des gens qui appréhendent la soixantaine et ces vieilles dames qui se comportent comme des ados et des gremlins sans filtre et mal élevées", précise Clément Michel. "Noël exacerbe les tensions. Certaines personnes adorent, d'autres détestent."

Le réalisateur s'est inspiré notamment de la délirante comédie britannique Joyeuses funérailles. "J'aime beaucoup son ton un peu chic et un peu pince-sans-rire, ça part bien en vrille. C'est une journée lors d'un enterrement qui part dans tous les sens. Nous, c'est une soirée de Noël qui part dans tous les sens. Au fil du film, tout disparaît: le sapin [est détruit], le canapé va cramer, les boules de Noël vont péter."

Le regard de Philippe Lacheau

Pour Un stupéfiant Noël, Arthur Sanigou s'est davantage inspiré du cinéma américain: Last Action Hero avec sa mise en abyme des films d'action, mais aussi plusieurs comédies devenues des classiques de Noël: Le Sapin a les boules avec Chevy Chase et Maman, j'ai raté l'avion!. "Il y avait aussi Les Rois du patin pour la partie patinage et Kingpin des frères Farrelly. Des films dans l'absurde joués de manière très sincère."

Un stupéfiant Noël subvertit aussi les codes du film de Noël en propulsant le YouTubeur et humoriste Ragnar le Breton dans cet univers. Habitué aux rôles de brutes, il dévoile une autre facette de lui-même. "Je voulais qu'il ait un côté Jean Reno, Gérard Depardieu, Gérard Lanvin. Des personnages taiseux avec du franc-parler mais qui ne sont pas très solaires. Ça contrastait bien avec Éric qui est plus clownesque."

Le tout supervisé par Philippe Lacheau: "Il nous a fait des retours sur toutes les versions du scénario. On a travaillé main dans la main. Il a amené aussi un regard sur le film. Il est venu au montage. Il est très content du film. Très fier. Le roi du box-office qui valide le film, c'est cool!", s'enthousiasme Arthur Sanigou, qui salue aussi la "prise de risque" de Prime Video. " Ça aurait été plus compliqué à monter au cinéma."

Avec ses scènes d'action filmées comme dans un polar, et supervisées par Marc David, chorégraphe des films de Philippe Lacheau, Un stupéfiant Noël participe aussi plus généralement à un renouveau de la comédie en France avec Nouveaux riches, autre carton de Netflix qui mêle humour et cascades. "Il y a une réception du public sur ce genre de comédies un peu osées", assure Arthur Sanigou.

Article original publié sur BFMTV.com