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"Nouveau départ", "Irrésistible"... Comment la comédie romantique made in France bouscule les codes du genre

La comédie romantique française se renouvelle au cinéma comme à la télévision. Et témoigne de l'ambition d'une nouvelle génération de créateurs et de créatrices prête à bousculer ce genre très codifié en lui insufflant un peu d'irrévérence et d'originalité comme au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Quelques mois après La Graine, sur un couple de lesbiennes, deux autres productions récentes attestent de cette vivacité.

Disponible depuis une semaine sur Disney+, la série Irrésistible suit une star du podcast (Camélia Jordana) atteinte d'un syndrome de stress post-traumatique amoureux. En salles ce mercredi, le film Nouveau Départ met en scène la rupture d'un couple (Franck Dubosc et Karin Viard) après 30 ans de vie commune. Chacun de leur côté, ils tentent de réveiller la flamme et l'envie de se retrouver.

Malgré le succès de comédies romantiques atypiques comme L'Arnacœur, Deux moi, Un Homme à la hauteur ou encore Victoria, le genre reste étonnament peu exploité en France. "Je suis surprise qu'il n'y en ait pas plus parce que quand on en fait, c'est super", indique Clémence Madeleine-Perdrillat, la créatrice d'Irrésistible. Selon elle, le genre manque le plus souvent en France "de tendresse pour les personnages".

"La comédie romantique à l'anglaise telle qu'on la connaît - c'est-à-dire élégante, savoureuse, assez gonflée, très drôle - n'est pas un genre que l'on fait si facilement. On n'est pas les champions du genre", atteste Karin Viard. "Nous, on fait souvent des comédies romantiques une franche rigolade. Et souvent, je trouve que ce n'est pas réussi."

"Parler juste d'amour"

"On va se moquer, on va mettre les personnages dans des situations un peu caricaturales ou trop exagérées", poursuit Clémence Madeleine-Perdrillat. "Avec Irrésistible, je voulais déployer cette idée rarement exploitée qu'on met du temps à se remettre des gens qu'on a aimés. En tant que spectateur, c'est tellement réjouissant de voir deux personnages aux parcours de vie différents se rencontrer et apprendre à s'apprivoiser."

Même analyse chez Franck Dubosc: "Dans la majorité des comédies romantiques, il y a toujours des raisons un peu faciles pour que le couple se sépare puis se retrouve. Dans Nouveau départ, il n'y a pas de raison, juste la vie qui fait son œuvre. On parle juste d'amour. Il n'y a pas besoin d'autre chose." Nouveau départ débute ainsi avec une longue scène de rupture qui acte avec délicatesse la déliquescence du couple.

"Quand on écrit une scène comme ça, on a tendance à mettre trop de mots. Là, c'est juste des regards, des silences", salue Franck Dubosc. "Dans les comédies romantiques, on a toujours peur du moment où on va être trop soit romantique, soit trop dramatique. On n'assume pas de faire rire et d'émouvoir dans la même scène. Là, c'est l'inverse: c'est un moment dramatique qui va lancer beaucoup de comédie."

Co-écrit par Maria Pourchet, autrice du remarqué roman Feu, Nouveau départ a impressionné Karin Viard par "son écriture assez libre" qui ne répond à "aucun diktat" de la comédie française traditionnelle: "On est en face de situations réelles, avec des gens très réels aussi. Peu de comédies trouvent grâce à mes yeux. Souvent, ça manque un peu de fond quand on est dans du divertissement pur."

"Montrer le désir féminin"

Avec son regard malicieux et cru sur les relations amoureuses, la série britannique Fleabag a inspiré ces productions. Irrésistible met en scène un cunnilingus dès son premier épisode et Nouveau départ s'autorise un ton cru, rare pour une comédie avec Franck Dubosc ("Je donnerais tout pour une levrette", lance ainsi un des personnages): "Maria Pourchet est à l'initiative de pas mal de moments osés", précise l'humoriste.

Montrer de tels actes sexuels et adopter un ton aussi débridé dans des comédies romantiques familiales est une démarche politique, renchérit Clémence Madeleine-Perdrillat: "J'avais envie de montrer des préliminaires et pas une pénétration. Parce que je trouve que généralement on ne voit que ça quand on a une scène d'amour. C'était pour moi important de montrer le désir féminin."

La "romcom" a souvent privilégié le regard masculin. Si les réalisatrices Nora Ephron (Nuits blanches à Seattle) et Nancy Meyers (The Holiday) ont rencontré le succès à Hollywood, elles n'ont pas encore d'équivalent en France. Philippe Lefebvre, réalisateur de Nouveau départ, reconnaît qu'il n'aurait pas pu écrire son film sans Maria Pourchet: "Elle m'a donné une légitimité en étant le moins politiquement correct possible."

"Je voulais absolument que la crise de la cinquantaine soit traitée du point de vue de la femme, contrairement à beaucoup de films où, à chaque fois, c'est l'homme qui fait la crise de la cinquantaine, qui a envie d'autre chose et qui part toujours avec une jeunette. Je voulais vraiment inverser les points de vue", poursuit le cinéaste, qui s'est inspiré pour Nouveau départ du film argentin Le Retour de flamme.

Des codes qu'on aime retrouver

Pour autant, ni Irrésistible ni Nouveau départ ne renient complètement les codes de la comédie romantique. "Ces films se terminent toujours à l'aéroport avec un personnage qui part et un autre qui court pour le rattraper. On a donc décidé que ce serait drôle de terminer le film dans un aéroport, mais pas du tout pour la raison pour laquelle on l'imagine", s'amuse encore Philippe Lefebvre.

"Avec Irrésistible, on voulait effectivement casser les codes à certains moments, mais quand on écrit une comédie romantique, on aime aussi retrouver ces passages obligés! Même si le public attend d'être surpris, il a un vrai désir de voir ces personnages finir ensemble", estime Clémence Madeleine-Perdrillat.

Nouveau départ fait durer le suspense jusqu'au bout. "A chaque scène où on voit mon personnage et celui de Karin ensemble, on a envie qu'ils se remettent ensemble car ils vont bien ensemble", reconnaît Franck Dubosc. "Ça pourrait mal se terminer. Mais comme ça reste une comédie, ça se termine bien. Dans la vraie vie, effectivement, je ne sais pas si ça se serait terminé aussi bien."

Article original publié sur BFMTV.com