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TOUT COMPRENDRE - Que faut-il attendre de la réunion au sommet sur les supporteurs français le 18 décembre?

En Ligue 1 comme en Ligue 2, les incidents liés aux supporteurs se multiplient en France. Des actes ou chants racistes à des affrontements violents et même jusqu’au caillassage du car de l’OL ou à la mort d’un fan nantais, les week-ends de football donnent lieu à des débordements que les autorités ont du mal à enrayer ou à contrôler.

Selon les informations de RMC Sport, les pouvoirs publics vont interdire tous les déplacements de supporteurs pour les matchs jugés à risques par Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH). Une mesure d’urgence qui sera actée par des arrêtés préfectoraux et ministériels, dans un premier temps, jusqu’au 18 décembre. Une date qui correspond à la réunion de l'Instance nationale du supportérisme (INS) dont le rôle consistera notamment à trouver une solution durable.

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· Qu’est-ce que l'INS et qui la compose?

Créée par un décret ministériel en juillet 2016, l’INS a tenu sa première réunion en mars 2017 et a pour but de faciliter les conditions d’un dialogue entre les supporteurs, les fédérations, les ligues, les clubs et les pouvoirs publics. À l’origine, la volonté de ce groupe de travail est d’aborder les questions liées aux fans par un biais différent que celui de la répression.

Comme c’est le cas habituellement depuis 2017, la ministre des Sports présidera la réunion du 18 décembre prochain. Amélie Oudéa-Castéra ne sera pourtant pas la seule autorité présente ou représentée lors de cette session de l’INS. Le ministère de l’Intérieur y participera aussi comme celui de la Justice. Sans surprise, la FFF et la LFP seront également parties prenantes de cette journée d’échanges.

Au total, une cinquantaine de personnes seront présentes en comptant aussi les représentant des groupes de fans (de tous les sports et pas uniquement le football) comme l’Association nationale des supporters (ANS), des membres de la DNLH, des élus, le président du CNOSF David Lappartient ou des membres l'Association des maires de France.

· Sur quoi l'INS va-t-elle travailler le 18 décembre?

Concrètement, la réunion de l’Instance nationale du supportérisme va permettre de mettre en relation tous les acteurs liés à la gestion des flux de supporteurs en France. Mais pas seulement. Selon les éléments de RMC Sport, deux sujets principaux figureront au programme de ce groupe de travail dans moins de deux semaines.

L'un des thèmes qui sera abordé concerne la lutte contre les discriminations dans les enceintes sportives après les incidents et les chants dans les tribunes françaises depuis le début de saison après plusieurs problèmes liés à l’homophobie ou au racisme.

Outre ce dossier, la sécurité dans les stades et aux abords des enceintes sportives sera aussi évoquée lors de cette réunion. Les incidents avec les fans vont même devenir un sujet central de ce rendez-vous du 18 décembre.

La réunion de l’INS va aussi permettre un vrai dialogue entre l’ANS et le ministère de l'Intérieur qui, contrairement au ministère des Sports, échange moins activement avec les représentants d’une bonne partie des associations de supporteurs en France.

· Que peut décider l'INS?

Comme le veut justement le fonctionnement de l’INS depuis ses débuts, l’instance n'est qu'un groupe de travail. Dans les faits, elle ne pourra donc pas décider directement d’une mesure pour gérer les problématiques sécuritaires concernant les supporteurs. Toutefois - et cela a déjà été le cas par le passé - l’INS peut mettre en place des feuilles de routes validées par tous les participants de la réunion.

Après son assemblée plénière de juin 2023, elle avait notamment validé l’idée d’une loi sur la "systématisation des interdictions judiciaires de stade". De la même, elle avait soutenu les expérimentations autour de "l’usage encadré des engins pyrotechniques" et de fumigènes dans les stades. Sans voter la loi, l’INS apporte donc son soutien aux membres du gouvernement ou aux députés pour la proposer puis la mettre en place.

La réunion du 18 décembre doit donc permettre ce dialogue qui manque peut-être de régularité entre toutes les parties. Il doit aussi remettre à plat la question des déplacements de supporteurs. Des pistes seront étudiées pour entrer dans un nouveau cycle. La question des interdictions de stade à vie (plus longues qu'actuellement puisque le droit français n’autorise pas les interdictions à vie mais autorise 99 ans d'interdiction) ou un renforcement de l’arsenal judiciaire seront très probablement étudiés ou ne serait-ce qu’évoqués par les différents intervenants.

Sans pouvoir prendre immédiatement de nouvelles mesures concrètes ni même modifier celle qui existent déjà, l’INS aura un rôle de leader intellectuel pour réfléchir de manière plus globale à la gestion des spectateurs dans le sport français.

L'autre phase importante arrivera ensuite début janvier avec l'objectif d'un moratoire à l'initiative de la Ligue et des clubs, dans le cadre d'un plan d'action plus vastes et de nouvelles mesures à prendre collectivement pour l'avenir. Certains participants souhaitent des décisions concrètes et rapides, sans que ça prenne du temps avec un passage par le parlement.

· La réunion du 18 décembre peut-elle permettre le retour des déplacements de supporteurs?

Mesure d’exception actée (au moins) jusqu’au 18 décembre, la généralisation des interdictions de déplacements pour les supporteurs ne devrait pas avoir, normalement, vocation à s’étendre sur une longue durée. Mais la réunion de l’INS et ses conclusions ne signifieront pas pour autant la fin des restrictions pour les fans de football. Dans les faits, si des matchs sont jugés à risques par la DNLH ils pourront toujours faire l’objets d’arrêtés préfectoraux et ministériels et les supporteurs pourront toujours les contester devant le tribunal administratif.

Pour preuve, deux jours après cette réunion de l’INS, se déroulera la dernière journée de Ligue 1 de l’année avant la trêve hivernale. Ce multiplex de la mi-saison sera notamment marqué par un choc entre Montpellier et Marseille à La Mosson. Compte-tenu du passif entre les ultras des deux équipes, cette affiche présente un profil à risque et les supporteurs de l’OM devraient être interdits de déplacement. Des mesures semblables pourraient être actées pour Nice-Lens (les Lensois n’avait pas eu le droit de passer par la cité azuréenne avant un match à Monaco en août) ou même pour OL-Nantes en raison de l’actualité mouvementée avec les saluts nazis dans le parcage rhodanien ou la mort d’un fan des Canaris avant un match contre Nice ce samedi.

En clair, la réunion de l’INS du 18 décembre représente une première étape de discussion mais les interdictions de déplacements pour les matchs à risques pourraient se poursuivre encore plusieurs semaines.

Amélie Oudéa-Castéra voulait frapper vite et fort, c'est le cas. Depuis lundi, la ministre des Sports est en première ligne sur cette question des violences dans le monde du football. Le membre du gouvernement ne souhaite absolument pas la fin des déplacements de supporteurs en France. C'est une liberté importante qui doit permettre des moments festifs dans les tribunes comme c'est le cas dans pleins d'autres sports. Amélie Oudéa-Castéra souhaite juste une prise de conscience après les derniers mois, voire les dernières saisons, particulièrement agités dans les stades français.

Article original publié sur RMC Sport