Coronavirus : hôpitaux sous tension, patients non-covid plus nombreux, personnel à bout : la deuxième vague inquiète

Lucile Descamps
·8 min de lecture
La deuxième vague de coronavirus est bel et bien installée en France, et la situation, déjà tendue, risque de se dégrader dans les prochaines semaines.
La deuxième vague de coronavirus est bel et bien installée en France, et la situation, déjà tendue, risque de se dégrader dans les prochaines semaines.

La deuxième vague de coronavirus est bel et bien arrivée en France. Si les hospitalisations sont moins nombreuses qu’au printemps dernier, les personnels soignant redoutent les prochaines semaines car la saturation est proche.

“La deuxième vague est là”, affirmait le Premier ministre, Jean Castex, le 12 octobre dernier sur France info. Ce terme, qui caractérise la reprise de l’épidémie de coronavirus en France, est utilisé depuis le début de l’été. Chaque nouveau relâchement dans les mesures barrières, chaque nouvel indicateur en hausse s’est accompagné de cette menace.

Mais, alors que le nombre de nouveaux cas de Covid-19 augmente toutes les semaines, que le taux de positivité grimpe sans discontinuer et surtout que les admissions en réanimation atteignent les chiffres de mai dernier, difficile d’ignorer que la deuxième vague est bel et bien installée en France.

Plus de 2 000 personnes en réanimation

Depuis le lundi 19 octobre, plus de 2 000 personnes sont en réanimation à cause du coronavirus. Près de 270 patients sont venus grossir les rangs de ces services en seulement 24 heures. Comme l’a rappelé Olivier Véran, la France compte en tout 5 800 lits en réanimation.

D’autres indicateurs vont aussi dans le sens d’une deuxième vague. Le dernier point hebdomadaire du 15 octobre dernier montre une forte hausse des actes pour suspicion de Covid-19 effectués par SOS Médecin, avec 5 295 intervention entre le 5 et le 11 octobre, soit 11% de plus par rapport à la semaine précédente. Les passages aux urgences sont également en nette progression. Ils atteignaient les 5 820 la semaine du 5 au 11 octobre, soit une hausse de 23% en une semaine.

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Si ces chiffres sont encore bien loin de ceux de la fin du mois de mars dernier - avec 12 167 actes pour suspicion de Covid-19 effectués par SOS Médecin et 31 615 passages aux urgences - ils sont plus élevés qu’au début du mois de mars. Pendant la semaine du 9 au 15 mars, SOS Médecin avait répertorié 2 307 actes en lien avec le Covid-19 et les urgences avaient enregistré 5 782 passages pour suspicion de coronavirus.

Des chiffres pertinents, mais pas rassurants

“Ce qui est pertinent quand on regarde les chiffres, c’est l’effet de cette épidémie sur le système de soin”, nous explique Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive-réanimation, à l’hôpital Avicenne. “Le nombre de lits occupés par des patients Covid à la fois dans des services de médecine et en réanimation nous donne une idée certaine de ce qui se passe réellement en ce moment”, décrit-il.

Et de ce côté-là, les chiffres sont loin d’être rassurants. “Actuellement en Île-de-France, on a 1 100 lits de réanimation. Là, on a dépassé les 600 lits occupés par des patients Covid”, nous explique le professeur de médecine intensive-réanimation. “La situation est très tendue puisque, depuis début septembre, on a assisté à l’augmentation régulière du nombre de cas hospitalisés et en réanimation”, commente-t-il.

Quant aux nouvelles contaminations et au taux de positivité, “ils donnent une idée de ce qu’il va se passer dans 10-15 jours. De manière certaine, dans les deux prochaines semaines, il va y avoir hausse nombre de cas à l'hôpital et en réanimation”, déduit Stéphane Gaudry.

Une dynamique différente, un résultat similaire

Cette deuxième vague, évoquée depuis des semaines, semble prendre beaucoup plus de temps à déferler sur la France que la première, notamment parce qu’elle a d’abord touché une population jeune. “La dynamique de l'épidémie a recommencé par un groupe d'âge, entre 20 et 30 ans, qui n'a jamais fait de forme sévère”, expliquait Bruno Lina, professeur de Virologie au CHU de Lyon, sur France 3, en septembre dernier. Les hospitalisations n’étaient donc, durant l’été, que peu nombreuses, comparées à la hausse des cas. Mais le virus a continué à se répandre.

L’autre explication réside aussi dans l’application des gestes barrières. “Au moment de la première vague, il n’y en avait pas, donc on s’est pris une avalanche de cas. Ce qu’on voyait à l’époque en une semaine, on le voit maintenant en quatre ou cinq”, décrit Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive-réanimation à l’hôpital Avicenne.

Pour autant, à terme, le résultat est le même. “Ce qui se passe actuellement, c’est comme au printemps dernier, mais en beaucoup plus lent : on détecte d’abord une hausse des cas, puis une hausse des hospitalisations, des réanimations et finalement du nombre de morts”.

“Les indicateurs actuels vont dans le même sens que durant la première vague”, poursuit-il, précisant qu’à l’époque, l’absence de tests ne permettait pas de détecter la hausse des cas avant l’hospitalisation, comme c’est le cas actuellement.

Un personnel à bout

Ce qui inquiète, surtout, c’est l’avenir proche. Car les conséquences de cette deuxième vague semblent inéluctables : la hausse des hospitalisations et la saturation des services. Mais les personnels médicaux, qui ont géré avec difficulté la première crise du printemps, risquent de ne pas pouvoir reproduire la performance.

“L’hôpital n’a pas les moyens d’affronter la deuxième vague épidémique telle qu’elle s’annonce”, déclarait la Fédération nationale des infirmiers de réanimation (FNIR), dans une tribune publiée le 17 octobre dans Le Monde.

Outre le manque de moyens financiers et humains, toujours aussi problématique, et la fatigue accumulée par le personnel de santé - “beaucoup sont épuisés, traumatisés”, décrivait Patrick Bouet, président de l’ordre des médecins, dans La Dépêche fin septembre - le retour de l’épidémie se fait dans des conditions sanitaires globales bien différentes du printemps. Et les services de réanimations risquent donc d’être très bientôt saturés, et de manière durable.

Plusieurs fronts à gérer

“Les ‘accidents de la vie’ alimentent tous les jours les services de ‘réa’ [...]. Le confinement, lors de la première vague, a diminué leur nombre ; ce ne sera pas le cas pour cette nouvelle vague” décrit la Fédération nationale des infirmiers de réanimation (FNIR) dans Le Monde. Sans oublier que “de nombreuses personnes, habituellement hospitalisées en réanimation pendant la période hivernale pour d’autres raisons, s’ajoutent” au chiffre des malades du Covid-19.

C’est pour cette raison qu’il ne faut pas comparer la deuxième vague à la première, selon le professeur de médecine intensive-réanimation à l’hôpital Avicenne, Stéphane Gaudry. “En mars-avril, brutalement, il n’y a presque plus eu d’activité non-Covid, on était environ à 10% de notre activité habituelle”, décrit-il. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Sans compter qu’on “ne peut plus prendre de retard sur les malades chroniques et les patients souffrant d’un cancer, qui ne sont pas venus à l’hôpital au printemps dernier. On est sur deux fronts”, résume-t-il.

“On approche déjà de la saturation”

“Quand on dit qu’en Île-de-France, 600 lits de réanimation sur 1 100 sont occupés par des patients Covid, les gens ont tendance à croire qu’il y a donc 500 lits vides. Mais non, ils sont occupés par d’autres patients”, complète Stéphane Gaudry. Ce qui explique pourquoi “on approche déjà de la saturation” alors que les chiffres des hospitalisations ne sont pas les mêmes que lors de la première vague.

D’autant que, pour la FNIR, les parades trouvées pendant la première vague pour accueillir le maximum de patients possibles ne pourront pas avoir lieu cette fois-ci. “La prise en charge de patients adultes dans les réanimations pédiatriques, comme au printemps, ne sera pas possible, ces services faisant actuellement face à une activité soutenue liée aux épidémies saisonnières touchant l’enfant”, précise la Fédération.

Pour tenter de se préparer au mieux, les hôpitaux s’organisent en rouvrant des unités dédiées au coronavirus. Ce fut notamment le cas dès la fin du mois de septembre, à Caen ou encore à Lisieux. Quant à l’Hôpital du Jura, il a mis en place toute une série de mesures pour pouvoir faire face à la hausse des patients et des consultations liées au coronavirus. Reste à savoir si, par ailleurs, les décisions prises par le gouvernement permettront d’éviter que la deuxième vague ne soit trop haute.

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