Covid-19 : pourquoi un confinement seul pourrait ne pas suffire

Lucile Descamps
·4 min de lecture
Pour être efficace sur le long terme contre le Covid-19, un confinement doit s'accompagner d'autres mesures, notamment en matière de tests.
Pour être efficace sur le long terme contre le Covid-19, un confinement doit s'accompagner d'autres mesures, notamment en matière de tests.

Pour lutter contre la deuxième vague du coronavirus, la France va de nouveau être confinée. Mais pour être efficace à long terme, cette méthode doit s’accompagner d’autres mesures.

La possibilité avait d’abord été écartée, avant de devenir finalement l’une des solutions privilégiée face à la reprise très forte du coronavirus en France. Cela a été confirmé par Emmanuel Macron ce 28 octobre : la France connaîtra un nouveau confinement.

Face à des hôpitaux débordés aux quatre coins de la France, des services de réanimation déjà pleins, des opérations et des soins déprogrammés pour laisser la place aux patients Covid et le souvenir des difficiles mois de mars et avril dernier, le gouvernement a fait le choix d’instaurer un confinement à partir de ce vendredi 30 octobre, “a minima jusqu’au 1er décembre”.

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Réclamé par plusieurs médecins

Une solution que certains médecins réclamaient depuis plusieurs jours déjà, tant les chiffres de la seconde vague commencent à ressembler à ceux de la première - faisant même redouter que la situation sanitaire ne soit pire qu’au printemps. “Sur le plan strictement, purement et simplement médical, s’il n’y avait que ça à prendre en compte, il faudrait refaire un confinement généralisé maintenant. Médicalement, on en est là”, nous expliquait le docteur Yvon Le Flohic, médecin généraliste, lundi 26 octobre.

Pour autant, il semblerait qu’un nouveau confinement seul ne suffise pas, et surtout qu’il n’offre pas une solution à long terme. “Le confinement, c’est un système de stop and go, c’est-à-dire que ça permet de casser les chaînes de contamination, de figer l’épidémie à un instant T”, nous décrit Gérald Kierzek, médecin urgentiste, directeur médical de Doctissimo et auteur de Coronavirus, comment se protéger ?. “Le problème, c’est que même si ça casse artificiellement l’épidémie, ça ne fait pas disparaître le virus”, poursuit-il.

“Gagner du temps pour se réorganiser”

D’ailleurs, l’OMS conseille d’utiliser cette méthode uniquement pour préparer le pays à affronter la crise en profondeur. “La seule fois où nous pensons qu’un confinement est justifié, c’est pour permettre de gagner du temps pour vous réorganiser, vous regrouper, rééquilibrer vos ressources, protéger vos travailleurs de la santé qui sont épuisés”, a expliqué le docteur David Nabarro, l’un des membres de l’OMS chargé de la question du Covid-19, le 12 octobre dernier.

Selon l’organisation, le répit accordé par le confinement doit donc s’accompagner d’autres mesures. Deux d’entre elles sont nécessaires, selon Gérald Kierzek. D’une part “préparer les hôpitaux, ouvrir des lits, et pas seulement en réanimation”, avance-t-il. “On voit bien que l’hôpital est sous-dimensionné” actuellement, poursuit-il, “on se demande pourquoi ça n’a pas été fait depuis plusieurs mois”.

Sur cette question, le gouvernement se défend en expliquant que cela nécessite du temps, puisqu’en plus du matériel, ouvrir plus de lits demande de la place et des soignants formés, comme le rapporte Numerama. “On ne forme pas un soignant en 6 mois”, faisait notamment valoir Matignon, début octobre, selon 20 Minutes.

Une meilleure politique de tests nécessaire

Lors de la conférence de presse du 15 octobre, le ministre de la Santé, Olivier Véran, s’est tout de même félicité de la création de 800 lits de réanimation “durables” dans toute la France - ils atteignent donc désormais les 5 800. Un chiffre qui ne semble déjà plus suffisant pour garder la tête hors de l’eau face à la reprise de l’épidémie.

L’autre mesure à prendre pour qu’un nouveau confinement ne soit pas vain, c’est de multiplier les tests, et surtout les tests rapides, réalisés tôt. “On a quatre jours de retard, c’est-à-dire qu’une personne contaminée, on la détecte au bout de quatre jours seulement, et pendant ce temps elle peut en contaminer d’autres”, relate le médecin urgentiste Gérald Kierzek.

“Il faut multiplier les dépistages de masse, les tests rapides, en allant chercher les gens là où ils se contaminent : dans les restaurants, les universités, les entreprises...” prône-t-il. “Là, on va reconfiner tout le monde parce qu’on n’est pas capable de confiner uniquement ceux qui sont contagieux”, résume-t-il.

Dans son allocution, Emmanuel Macron a d’ailleurs assuré que l’exécutif allait s’atteler à “produire des efforts massifs pour mettre en place beaucoup plus de plateformes de test à travers des innovations et une nouvelle organisation”.

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