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"Des skis de bâtards": le fartage, l'un des secrets de la réussite des biathlètes françaises aux Mondiaux

Ce sont les travailleurs de l’ombre, ceux qui se lèvent tôt et se couchent tard pour bichonner les skis des biathlètes français. Derrière la grande tribune du stade de Nove Mesto, théâtre des championnats du monde 2024, les huit techniciens de l’équipe de France ne comptent pas leurs efforts dans le camion, le quartier général de la délégation, où les têtes des biathlètes passent et repassent pour échanger.

Le travail des techniciens est d’autant mis en avant cette saison qu’avec l’interdiction du fluor dans les produits de fartage pour des raisons de santé et environnementales, il a fallu se réinventer. Avant le début de la saison à Ostersund, Grégoire Deschamps, le responsable de la cellule glisse de l’équipe de France, rappelait qu’il repartait “d’une page blanche” pour la préparation des skis.

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Les fusées sont françaises

Si l’IBU (la Fédération internationale) a mis en place un processus de contrôle des skis avant chaque course pour détecter la présence de fluor, les skis français sont cleans. En l’absence du produit magique, les performances des Françaises ne semblent pourtant pas touchées. Si les filles de Cyril Burdet ont toujours fait partie des “fusées” du circuit, la tendance est d’autant plus vraie cette saison, surtout que les écarts avec les grosses nations semblent colossaux.

Il suffit de regarder les temps de skis des Françaises lors de leur incroyable quadruplé sur le sprint des Mondiaux, la course de référence du biathlon. Médaillée d’argent, Justine Braisaz-Bouchet a collé 29 secondes à Anamarija Lampic, ancienne vainqueur du globe du sprint en ski de fond et reconvertie biathlète depuis deux ans. Suivent ensuite Sophie Chauveau, (+31”5), Julia Simon (+34”1) et Lou Jeanmonnot (+36”3) pour retrouver quatre Tricolores parmi les cinq meilleurs temps de skis. La benjamine du groupe Jeanne Richard n’est pas en reste, avec le 9e temps, à seulement sept secondes d’Elvira Oeberg, considérée comme l’une des biathlètes les plus rapides du circuit.

La glisse française fonctionne tellement bien que les championnes savent qui remercier. “On a eu des skis de bâtards aujourd’hui. Les techniciens ont fait un travail de dingue. C'étaient les meilleurs skis de l'hiver”, rappelait Sophie Chauveau après sa 4e place sur le sprint.

Pour Julia Simon, “les techniciens ont placé la barre très haut”. “On a vraiment de très bons skis. Le staff a fait un travail de dingue.” Un boulot déjà aperçu lors du relais mixte, première épreuve des Mondiaux, où les Français sont allés chercher la gagne malgré un tour de pénalité et neuf pioches. Un bilan sur le pas de tir identique à celui de l’Allemagne, qui a pourtant coupé la ligne à 1’30 des médaillés d’or (5e place).

Les gommettes s’empilent comme des perles

Les techniciens de l’équipe de France ont trouvé la recette sur une neige humide et sous des températures clémentes. Des conditions semblables à Oberhof début janvier, où les Françaises avaient signé un carton plein (trois victoires en trois courses, dont le relais).

“C’est chouette de profiter de ces rockets (fusées, ndlr)”, avouait Lou Jeanmonnot vendredi.

Voir les skis français briller lors des championnats du monde est aussi une belle revanche pour les techniciens, pris pour cible lors de la mass start des hommes à Antholz juste avant les Mondiaux, où les Tricolores avaient pris une gifle, à l’image de Quentin Fillon-Maillet, seulement 4e avec le 21e temps de ski (et premier Français).

Mais les déboires d’Antholz sont dans le rétroviseur, surtout que le tableau de gommettes se remplit à vue d'œil, comme le veut la tradition après chaque podium. Le QG de l’équipe de France n’est pas pressée de s’arrêter en si bon chemin, alors qu'il reste beaucoup d'espoirs pour cette dernière semaine en République Tchèque. Et même pour la fin de la Coupe du monde, où trois Tricolores peuvent encore rêver de cristal.

Article original publié sur RMC Sport