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"Une scénographie très élaborée": Comment le Hamas met en scène les libérations d'otages pour servir sa propagande

C'est une scène qui se répète chaque soir à Gaza depuis vendredi dernier. Dans un lieu tenu secret, des hommes du Hamas remettent à la Croix-Rouge un groupe d'otages retenus dans l'enclave palestinienne depuis leur enlèvement en Israël, le 7 octobre.

À chaque libération, le même cérémonial: des hommes armés et encagoulés, le front ceint d'un bandeau vert, accompagnent les otages jusqu'aux véhicules du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Certains miliciens aident les otages les plus vulnérables, leur donnent la main voire les portent dans leur bras. Une fois les otages remis, le cortège de véhicules de la Croix-Rouge repart en direction de l'Égypte sous les vivats d'une foule de Palestiniens enthousiastes.

Tsahal dénonce une mise en scène "écœurante"

La mise en scène présente les preneurs d'otages du Hamas comme des geôliers bienveillants et suscite le malaise quand on connaît les atrocités commises le 7 octobre en Israël et les conditions de détention inhumaines dénoncées par les proches d'anciens otages.

"Le Hamas met soigneusement en scène les vidéos de retour de nos otages pour paraître humain, après avoir massacré près de 1.000 civils israéliens. Écœurant", s'est indigné sur X Jonathan Conricus, porte-parole de l'armée israélienne.

Le tout est filmé avec une production digne d'un plateau de télévision - caméras, projecteurs et même drones - puis diffusé sur les canaux de propagande du Hamas.

"La scénographie est très élaborée, on voit bien que tout ça n'est pas naturel", souligne auprès de BFMTV.com David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

"Continuez de faire coucou"

Certaines scènes suscitent d'autant plus le malaise qu'elles montrent des otages dans une posture de gratitude vis-à-vis de leurs ravisseurs. Ainsi de Yocheved Lifschitz, une Israélienne de 85 ans libérée avant le début de la trêve. Avant d'être prise en charge par la Croix-Rouge, l'otage avait serré la main de son gardien en lui adressant un "shalom" ("paix" en hébreu).

Plus tard, celle qui était connue pour ses convictions pacifistes a expliqué à la presse avoir été "bien traitée" durant sa détention – une prise de parole très critiquée en Israël. Le quotidien Israel Hayom proche de la droite, cité par Le Figaro, a parlé d'une "victoire pour la propagande du Hamas".

Si David Rigoulet-Roze dit ne pas exclure "des cas de syndrome de Stockholm", les images de propagande du Hamas suggèrent selon lui que certains otages ont agi sous la contrainte au moment de leur libération.

Sur la plupart des vidéos de libération, on peut en effet voir les membres du Hamas et les otages se saluer de la main, comme pour se dire au revoir. Mais dans l'une d'elles, on entend un homme derrière la caméra dire aux otages: "keep waving", soit "continuez de faire coucou", en anglais.

Faire oublier les massacres du 7 octobre

Pour David Rigoulet-Roze, l'objectif de cette opération de communication est clair: "montrer que les terroristes du Hamas ne sont pas les monstres qu'on les accuse d'être".

Selon le spécialiste du Moyen-Orient, le message s'adresse "à la rue arabe" qui manifeste massivement son soutien au peuple palestinien. Alors que les images des bombardements sur Gaza tournent en boucle sur les télévisions arabes, "la scénographie du Hamas conforte le récit selon lequel Israël est le coupable".

À travers sa propagande, les combattants du Hamas entendent aussi "montrer aux Occidentaux qu'ils sont dans une logique de négociation" et que "si l'échange des otages s'arrêtait, à cause d'une reprise des combats par exemple, la faute en incomberait à Israël".

Sur le plan stratégique, enfin, montrer que le Hamas traite correctement les otages "favorise une prolongation de la trêve qui permet à l'organisation de se restructurer", ajoute le chercheur de l'Ifri.

L'image positive qu'entend renvoyer le Hamas tranche avec la communication du groupe islamiste, "habitué à une posture beaucoup plus martiale et agressive", souligne David-Rigoulet Roze.

Selon le chercheur, le mouvement islamiste pourrait avoir reçu des conseils de l'étranger. "Peut-être de la part de l'Iran, proche du Hamas et rôdé aux échanges d'otages, ou du Qatar, qui maîtrise parfaitement le soft power".

Article original publié sur BFMTV.com