Réforme des retraites : Danemark, Suède… Ces modèles mis en avant qui ont allongé l'âge de départ

Emmanuel Macron est séduit par le
Emmanuel Macron est séduit par le "modèle" suédois (Photo by LUDOVIC MARIN / AFP)

"J'ai toujours considéré qu'il y avait dans ce que certains ont pu appeler le modèle suédois une véritable source d'inspiration à plusieurs égards", lançait Emmanuel Macron en juillet 2017.

Il y a plus de 20 ans, en 1998, la Suède passait l'âge légal de départ à la retraite à 65 ans. Le voisin danois est lui déjà passé à 67 ans. Deux pays vers lesquels les regards sont braqués, alors que la France s'apprête à examiner le projet de loi de réforme des retraites, qui vise à repousser de 62 à 64 ans l'âge légal de départ à la retraite.

En Suède, le système des retraites change dans les années 90. En 1998, la réforme est appliquée : c'est la fin du régime par répartition et du calcul par annuités, comme c'est le cas en France aujourd'hui. À la place, le nouveau système suédois est un mix entre retraite par répartition, où les actifs cotisent pour payer les pensions des retraités, et retraite par capitalisation, c'est-à-dire que les actifs épargnent pour financer leur retraite, une fois l'âge atteint.

La Suède, "une source d'inspiration" pour Macron

Le modèle suédois est une des références d'Emmanuel Macron. À peine élu, en juillet 2017, il vantait le modèle nordique. "J'ai toujours considéré qu'il y avait dans ce que certains ont pu appeler le modèle suédois une véritable source d'inspiration à plusieurs égards", lançait le président tout juste élu quelques mois plus tôt.

La réforme suédoise séduit en France dès 2008, le think tank libéral IFRAP décrit le "passage d'un système analogue au nôtre, structurellement déficitaire et incapable d'assurer l'avenir des pensions, au nouveau, à la fois plus juste et dégageant des excédents". En 2010, alors que Éric Woerth prépare sa réforme des retraites, c'est l'Institut Montaigne, qui a l'oreille de l'Élysée, incite à se rapprocher du modèle suédois.

Une incitation à partir après 65 ans

En France, un salarié peut partir quand il a atteint l'âge légal sans disposer des trimestres nécessaires, mais il subit une décote de sa pension. En Suède, il peut partir avant l'âge légal de 65 ans, mais il subit dans ce cas une baisse de sa pension. Il existe toutefois un âge minimum, fixé initialement à 61 ans, et qui a été progressivement relevé à 62 puis 63 ans, depuis cette année. En revanche, en partant à 65 ans, le travailleur suédois est assuré d'avoir la pension minimum garantie ainsi que des aides complémentaires au logement.

Sauf que le système suédois est particulier : la retraite de base, qui représente en moyenne les deux tiers de la pension de retraite, est calculée selon les cotisations versées au fur et à mesure de la vie active, qui s'accumulent. Une fois le départ en retraite acté, ce "pactole" est divisé par le nombre d'années qui restent à vivre, selon l'espérance de vie. En clair, plus l'âge de départ à la retraite est élevé, plus la somme est importante. L'objectif de la réforme : inciter les Suédois à atteindre au moins l'âge légal de 65 ans, voire le dépasser avec comme intérêt une retraite plus élevée.

Des Suédois partent avant 65 ans, usés par leurs métiers

Mais 20 ans après cette réforme, dans les faits, les Suédois partaient, en 2021, à 64,7 ans en moyenne. L'effet escompté n'a donc pas eu lieu. Effet pervers, les Suédois qui exercent des métiers pénibles partent plusieurs années avant l'âge de 65 ans, et subissent donc une dévalorisation de leur pension. C'est pourquoi l'âge minimum de départ est petit à petit relevé.

Dans le contexte de forte inflation actuel et de fonds de pension au rendement médiocre, ce sont eux qui représentent le tiers restant de la retraite, la paupérisation des retraités suédois s'accroît, particulièrement des femmes seules.

Depuis la réforme, une hausse du nombre de retraités précaires

Selon une étude de la caisse des pensions suédoises réalisée en 2019, 72 % des hommes et 92 % des femmes à la retraite ont subi une baisse de leur pension et de leur pouvoir d'achat après la réforme du système. En 2019, Le Monde notait que le niveau des pensions dépendant du régime général est inférieur de moitié au salaire de fin de carrière, alors qu'il représentait 60% de ce salaire en 2000.

La correspondante du quotidien du soir en Suède relevait que les grand perdants sont les femmes, qui ont des salaires en moyenne 12% plus faibles que les hommes et touchent 600 euros de moins à la retraite.

L'auteur de la réforme invite à ne "pas copier le modèle suédois"

Derrière cette réforme lancée en 1994 et qui a vu le jour en 1998, il y a Karl Gustaf-Scherman, ancien responsable de la sécurité sociale suédoise et ex-membre du gouvernement. "Nous avons une nouvelle formule pour calculer les pensions. Il faut que les gens travaillent plus longtemps, mais on ne le leur explique pas. Et nous n’aidons pas ceux qui en ont besoin (...) Ce que je dirai à Emmanuel Macron, c’est que vous devez réformer, mais avec une réforme à la française. Ne recopiez pas le modèle suédois", met-il en garde sur BFMTV.

Différence de taille avec la France, les critères de pénibilité n'existent pas en Suède, alors qu'il en reste six en France, contre 10 avant 2017.

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"On aurait dû manifester"

En 2021, le taux de pauvreté des retraités suédois a atteint 13% contre 10% en France. Interrogée sur la chaine d'informations en continu, une retraitée suédoise, qui déplore le système de retraite actuel dans son pays, regrette : "on aurait dû faire comme vous faites en ce moment en France on aurait dû manifester".

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Au Danemark, un âge de départ bientôt à 70 ans ?

Autre pays référence, cette fois en terme d'âge de départ à la retraite élevé, le Danemark, champion toutes catégories. De 65 ans en 2018, il a progressivement augmenté pour atteindre désormais 67 ans, et sera augmenté de manière progressive pour atteindre 69 ans en 2035, voire 70 ans en 2040 et jusqu'à 77,5 ans en 2100 selon les prévisions de la commission des retraites. Car l'âge de départ est indexé, depuis 2006, sur l'évolution de l'espérance de vie.

Un décalage de l'âge de départ qui a tiré vers le haut l'emploi des seniors. De 57% en 2011 le taux d'emploi des 55 ans-64 ans est passé à 72,3% en 2021, une mesure qui va de pair avec l'interdiction de demander l'âge lors de l'entretien d'embauche ou de le faire figurer sur son CV.

Une prime pour aller au-delà de l'âge légal

Le système de pension de vieillesse est composé d'un premier pilier obligatoire comprenant un régime universel, la pension sociale, et une assurance complémentaire. Un second pilier est géré par des fonds de pension complémentaires, qui couvre la majorité des salariés.

"Ne faites pas ça en France"

S'il est possible de partir en retraite anticipé dans de rare cas, après avoir travaillé plus de 42 ans, certains travailleurs aux métiers pénibles alertent sur les conséquences de cet allongement de la durée de travail comme Michael, éboueur de 62 ans, qui doit continuer à travailler jusqu'à 67 ans, malgré des douleurs au dos et au genou déjà présentes qui le poussent à prendre des médicaments, explique-t-il à BFM.

Pour un départ anticipé à la retraite, il ne faut pas s'attendre à partir avant 64 ans, et ceci à condition d'avoir travaillé au moins 42 ans. "En France ne faites pas ça, on est trop vieux, c'est usant", prévient-il. Michael a la possibilité de partir plus tôt en retraite, mais devrait renoncer à 720 euros par mois de retraite.

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