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Recrudescence des cas de coqueluche dans plusieurs pays: faut-il s'inquiéter en France?

"On surveille cela comme le lait sur le feu". Alors que les cas de coqueluche - une infection bactérienne respiratoire qui affecte notamment les nourrissons - ont augmenté ces dernières semaines au Royaume-Uni et aux États-Unis, la France observe de près l'évolution de cette maladie, explique le Pr. Sylvain Brisse, directeur du Centre national de référence (CNR) de la coqueluche à BFMTV.com.

Outre-Manche, 1.141 cas ont été détectés en Angleterre et au Pays de Galle de janvier à novembre 2023 d'après l'Agence de sécurité sanitaire du Royaume-Uni cité par The Guardian. Contre 450 pour la même période en 2022 et 454 en 2021.

De même aux États-Unis. Le ministère de la Santé de Floride décompte 86 cas de coqueluche observés dans 24 de ses comtés, soit une "augmentation de 85 % entre juillet 2023 et décembre 2023 par rapport à juillet 2022 et décembre 2022".

"Le nombre de cas de coqueluche signalés en décembre a augmenté par rapport au mois précédent et était supérieur à la moyenne des cinq années précédentes", ajoute le ministère dans son dernier bilan. Un constat similaire a été fait à l'autre bout du pays dans le comté de Suffolk de l'État de New York, raconte Le Parisien.

Pas de "hausse inquiétante"

L'Hexagone semble pour le moment épargné par la prolifération de la bactérie Bordetella pertussis responsable de l'infection respiratoire.

"Il n'y a pas d'alerte actuellement sur la coqueluche", souligne Brigitte Virey, pédiatre et présidente du Syndicat national des pédiatres français à BFMTV.com.

Même observation chez les autres spécialistes que nous avons contactés. Le Pr. Sylvain Brisse affirme que le CNR de la coqueluche, chargé de surveiller l'évolution de la maladie en France chez les bébés de moins de six mois, ne constate pas "de hausse inquiétante".

"Cela n'exclut pas qu'il y ait une circulation dans la population générale mais il y a généralement une corrélation", abonde-t-il en précisant que les cas de coqueluche en France sont actuellement comparables à leur niveau de début 2020.

Santé publique France avait dénombré 35 hospitalisations en 2020 et 4 en 2021 chez les nourrissons de moins de 12 mois, soit "les années avec un nombre de cas rapportés les plus faibles".

"Une dette immunologique"

Les spécialistes s'attendent toutefois à une hausse des cas. Et ce, pour plusieurs raisons.

La première? La "dette immunologique" que l'on a contractée à cause de la pandémie de Covid-19, explique Andréas Werner, pédiatre et président de l'Association française de pédiatrie ambulatoire.

En se protégeant du Covid, via les mesures barrières et les périodes de confinement, on a également réduit les risques d'être exposés à d'autres pathologies, comme la coqueluche.

Le taux moyen des anticorps étant plus faible, "le fait de ne pas être exposé à un gène, augmente le risque d'attraper la maladie par la suite", souligne le président de l'Association française de pédiatrie ambulatoire qui précise avoir constaté le même schéma avec la varicelle par exemple. À la différence près que la varicelle confère une immunité de longue date, contrairement à la coqueluche.

Selon les données du réseau Pari, un réseau national de surveillance des pathologies infectieuses pédiatriques, aucun cas de cette maladie n'a été détecté entre 2021 et 2023 par ses 110 collaborateurs.

Le réseau national de la coqueluche, Renacoq, fait quant à lui état de 45 hospitalisations chez les nourrissons de moins de douze mois en 2022.

Une maladie cyclique

Outre les conséquences de la pandémie de Covid-19, la coqueluche est tout bonnement une maladie cyclique, qui revient tous les trois à cinq ans.

"D’après les données du réseau RENACOQ collectées de 1996 à 2021, six pics épidémiques sont survenus en France : en 1997, 2000, 2005, 2009, 2012-2013 et en 2017", note Santé publique France.

"Les plus grands nombres de cas (d'hospitalisations chez les moins de 17 ans, NDLR) de coqueluche ont été rapportés en 2000 et 2012 avec respectivement 709 et 509 cas", est-il précisé.

"Vu que le Covid a tout perturbé et au vu des faibles niveaux ces dernières années, il faut s'attendre à ce que cela remonte", prévient ainsi le Pr. Sylvain Brisse.

Les spécialistes prônent la vaccination

La vaccination est présentée par les spécialistes comme le meilleur rempart à l'apparition de cas graves, qui restent toutefois rares.

Depuis 2018, elle est obligatoire pour les nourrissons, et plusieurs rappels (à 6 ans, entre 11 et 13 ans et à 25 ans) sont recommandés. Si ce sont les nouveaux-nés les plus affectés par cette maladie - plus de 90 % des décès par coqueluche surviennent chez les enfants de moins de 6 mois - les parents sont à l'origine de l'infection des enfants dans plus de 50% des cas.

Chez les adultes, la coqueluche va se manifester sous la forme d'une intense toux qui peut durer jusqu'à plusieurs semaines.

"Chez les adultes et les enfants plus âgés, on peut avoir la coqueluche sans en être conscients", observe le président de l'Association française de pédiatrie ambulatoire, Andréas Werner.

Ce dernier recommande donc de consulter un médecin dès lors qu'une toux persiste au-delà de "quinze jours - trois semaines".

Surtout que cette maladie se propage très rapidement, notamment par voie aérienne. Une personne atteinte en contamine 15 à 17 autres en moyenne, d'après l'Assurance maladie.

Depuis 2022, il est également recommandé aux femmes enceintes de se vacciner contre la coqueluche, "la meilleure protection pour les bébés" d'après le Pr. Sylvain Brisse. Cela permet notamment de protéger les nouveaux-nés de moins de deux mois, âge à laquelle ils peuvent obtenir leur première dose. Et âge auquel ils sont les plus exposés.

Entre mars 2016 et décembre 2019, quatre nourrissons âgés de 7 à 20 jours - non éligible à la vaccination - sont décédés selon les centres hospitaliers du réseau Renacoq.

Article original publié sur BFMTV.com