Pourquoi un syndicaliste CGT réclame la retraite à 50 ans

Un employé de Geodis / Photo d'illustration (Emmanuel DUNAND / AFP)
Un employé de Geodis / Photo d'illustration (Emmanuel DUNAND / AFP)

La prise de parole de Mouloud Sahraoui, le secrétaire général de la CGT Geodis-Calberson, lors d'un meeting de la Nupes, est devenue virale.

"Un départ à la retraite à 50 ans (...) on ne peut pas tuer des ouvriers derrière les quais et mener des ouvriers à la mort jusqu'à 70 ans" a lancé mardi 17 janvier Mouloud Sahraoui, secrétaire général de la CGT Geodis-Calberson, lors d'un meeting de la Nupes pour préparer la mobilisation contre la réforme des retraites.

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Une séquence largement commentée, et souvent raillée sur les réseaux sociaux, qui méconnaissent peut-être la réalité qui se cache derrière cette prise de parole.

"Chaque salarié charge ou décharge 4 ou 5 remorques à l'heure"

Mouloud Sahraoui, manutentionnaire, travaille pour la plateforme de logistique Geodis de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, en région parisienne.

L'entreprise, leader de la logistique en France est chargée de la distribution par camion de colis en "express", c'est-à-dire avec une livraison garantie le lendemain matin avant midi et impose donc une cadence rapide aux employés. "Chaque salarié charge ou décharge quatre ou cinq remorques à l'heure", illustre Mouloud Sahraoui, auprès de l'Humanité.

Concrètement, quand le moment se camion se positionne devant le quai, le colis doit être traité en une heure, avant de repartir dans un autre camion. Dans la plateforme où il travaille, jusqu'à 80 000 colis transitent chaque jour, soit environ 300 tonnes de colis.

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"Il faut toujours aller plus vite, on n'a pas le temps de respirer"

Chez Geodis, la mobilisation syndicale est fréquente, menée par la CGT notamment. En 2015, un mois de grève, puis des mouvements les années suivantes. Au coeur des revendications, les salaires des manutentionnaires, "payés au salaire minimum ou une centaine d'euros plus après parfois plus de 15 ans dans l'entreprise", rapportait Le Monde, au point que certains salariés demandent des acomptes chaque mois.

"On reçoit de tout, des animaux vivants, des matières dangereuses... quand je suis au tri, je place les colis à la main sur les tapis mécaniques. Il faut toujours aller plus vite, on n'a pas le temps de respirer", témoigne auprès du Monde Nasser, 55 ans.

Travail de nuit, entrepôt ouvert aux courants d'air...

Les horaires sont décalés : les principaux créneaux de travail sont de 17h30 à 1h du matin et de minuit à 8h30, et l'entrepôt où les marchandises sont déchargées ouvert aux courants d'air en hiver, surchauffé en été, raconte Mediapart dans un article consacré à une mobilisation fin octobre 2022.

Des conditions qui affectent l'état de santé des salariés. "C'est une activité avec beaucoup de pression, des accidents du travail, des troubles musculosquelettiques", explique au Monde Mouloud Sahraoui.

"Avant on avait des Fenwick, sur lesquels on s'asseyait. On est passé récemment aux palettes autoportées, vous êtes debout toute la journée. Les vibrations, ça vous prend sur les cotés, sur les lombaires, on m'a déjà prescrit de la kiné", illustre Amadou 49 ans, dans Le Monde.

Le travail de nuit, facteur de pénibilité

Le travail de nuit est un des facteurs de pénibilité restant dans la nouvelle réforme des retraites, permettant de partir jusqu'à deux ans plus tôt. Le médecin du travail, lors du rendez-vous obligatoire des 41 ans, pourra décider de mettre en place un suivi renforcé ou des actions de prévention pour les salariés reconnus par la branche comme occupant un métier pénible.

À 61 ans, le médecin du travail pourra ainsi demander au médecin-conseil de la Sécurité sociale la reconnaissance d’une inaptitude, ouvrant droit à un départ à la retraite à 62 ans au lieu de 64 ans.

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