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Corto Maltese, adaptation sur Netflix... le retour de Bastien Vivès après la polémique

Dix mois après avoir divisé le milieu de la BD et le festival d'Angoulême et fait réagir jusqu'à la ministre de la Culture Rima Abdul-Malak, l'affaire Bastien Vivès semble un lointain souvenir. Accusé de promouvoir la pédocriminalité dans ses albums, l'auteur de Polina, connu également pour avoir co-créé le manga Lastman, revient ce mercredi 18 octobre avec un nouvel album. La Reine de Babylone est une suite d'Océan noir, sa reprise contemporaine de Corto Maltese de Hugo Pratt scénarisée par Martin Quenehen. Une sortie sous contrôle, l'auteur ayant limité ses interventions dans les médias.

Plus audacieux et plus contemplatif qu'Océan noir, La Reine de Babylone débute à l'automne 2002 sur fond de guerre en Irak. Entre l'Adriatique et les Balkans, Corto joue aux pirates et tombe amoureux d'une jeune Bosniaque, Sémira. Rattrapé par son destin, ce fils d'une gitane de Gibraltar découvre qu'il est victime d'une malédiction.

Corto victime d'un acte barbare

Entouré de mystère avant sa sortie, comme le précédent Corto du duo, La Reine de Babylone propose un mélange entre l'onirisme des histoires de Hugo Pratt et les effusions de violence des romans SAS ou des films d'action des années 1990 comme Le Dernier Samaritain de Tony Scott.

La Reine de Babylone malmène son héros en le confrontant à la mort dans une émouvante scène de rite funéraire tsigane. Dans une autre scène marquante, Corto est torturé et son annulaire sauvagement coupé. "L'acte barbare dont est victime Corto est la seule idée de scénario que j'ai eue", a confié Bastien Vivès au Figaro.

"Je voulais déjà le faire dans le premier volet, mais je me suis réfréné pour ne pas trop choquer les lecteurs", poursuit le dessinateur. "Il fallait qu'on en arrive là. Nous avons mené le personnage vers des zones plus sombres. Plus que jamais il est devenu notre Corto."

"On connaissait son œuvre"

Corto Maltese n'est pas la seule actualité de Bastien Vivès en cette rentrée. Il a aussi contribué au numéro exceptionnel du journal Tintin pour célébrer les 77 ans de son éditeur. Il y a dessiné trois pages en hommage à Julie, Claire, Cécile de Sidney et Bom. Une BD oubliée des années 1980 qui suit les mésaventures amoureuses d'un trio d'amies.

Pour l'éditeur Le Lombard, qui a commencé à discuter du projet avec Bastien Vivès il y a "plus d'un an", il n'était pas envisageable de supprimer cette histoire, explique l'éditeur Gauthier Van Meerbeeck: "Il avait un très beau discours sur le dessin de Sidney. Il n'était pas du tout dans une posture ironique. Il voulait faire un vrai hommage."

"On connaissait son œuvre et aucun élément nouveau n'est apparu à part le scandale", ajoute-t-il. "Renoncer (à son histoire) par crainte d'un bad buzz ne me semblait pas très éthique. Mais je ne dirais pas que ça a été une évidence. Il y a eu un peu de débat."

L'enquête toujours en cours

Bastien Vivès, qui a décidé de "ne plus (s')exprimer en public pour le moment", a confié le 11 octobre dans Le Figaro avoir "porté plainte" contre les auteurs de menaces de mort "bien réelles" qu'il a reçues au début de l'affaire en décembre 2022. "Leurs auteurs seront jugés début 2024", a-t-il précisé au quotidien.

Concernant l'enquête ouverte pour "diffusion d'images pédopornographiques" en janvier dernier, Bastien Vivès rappelle que son métier est avant tout "de dessiner des bandes dessinées": "Il s'agit de fiction, de dérision, d'absurde parfois, et je n'ai jamais été condamné ni même poursuivi pour quoi que ce soit."

"On parle du livre Petit Paul, le parquet de Nanterre a, en 2018, déjà classé sans suite une plainte qui avait été déposée! Nous sommes dans un État de droit, où la justice fait son travail. C’est elle qui définit le curseur de la liberté d’expression, tellement menacée et dont notre monde a tant besoin", affirme le dessinateur.

L'enquête, qui vise aussi les maisons d'édition Glénat et Les Requins Marteaux, qui ont publié trois de ses ouvrages en 2011 et 2018, est par ailleurs toujours en cours. Les trois BD concernées sont Petit Paul (Glénat, 2018), La Décharge mentale (Les Requins Marteaux, 2018) et Les Melons de la colère (Les Requins marteaux, 2011).

L'enquête a été ouverte après le dépôt d'une plainte fin décembre 2022 de l'association Fondation pour l'enfance auprès du parquet de Nanterre. Cette plainte vise les trois BD qui "livrent des représentations de mineurs, dans des situations sexuellement explicites, présentant indubitablement un caractère pornographique". Contacté par BFMTV.com, le parquet n'a pas souhaité communiquer sur "une éventuelle audition du mis en cause, passée ou à venir." Selon nos informations, à la mi-septembre, Bastien Vivès n'avait pas été entendu.

Bientôt une saison 3 de "Lastman"

Côté audiovisuel, une des œuvres de Bastien Vivès, La Grande Odalisque, imaginée avec le duo Ruppert et Mulot, est adaptée pour Netflix par Mélanie Laurent. Cette comédie d'action baptisée Voleuses, disponible le 1er novembre, a peu de rapports avec la BD d'origine dont elle a emprunté seulement quelques références visuelles.

Depuis le tournage, outre la polémique Vivès, Florent Ruppert a été mis en cause pour des faits d’agressions sexuelles. Et Jérôme Mulot a annoncé mettre un terme à leur collaboration. Si la promotion de Voleuses ne fait pas référence à la bande dessinée, son nom est bien inscrit au générique de fin.

France Télévisions planche de son côté sur la saison 3 de Lastman, série tirée des BD de Bastien Vivès, mais à laquelle il n'est pas associé.

Enfin un projet de film, son premier pour le cinéma, sur lequel il travaille depuis plusieurs années, a été mis de côté pour le moment. Ce projet ambitieux était trop lourd à gérer, alors qu'il était lui-même pris dans le tourbillon d'une polémique. En 2021, Bastien Vivès avait confié à BFMTV vouloir offrir le rôle principal à Virginie Efira. "Ça va parler de quelque chose dont je ne peux pas parler en BD: le dessin et l'art", avait-il annoncé.

Article original publié sur BFMTV.com