Coronavirus : quels sont les risques à prendre de l'hydroxychloroquine sans être malade comme Donald Trump ?

Donald Trump a affirmé prendre de l'hydroxychloroquine en prévention du Covid-19, alors que son efficacité n'est pas prouvée.

Donald Trump affirme prendre, depuis dix jours, de l’hydroxychloroquine, alors qu’il n’a pas contracté le coronavirus. Un médicament dont l’efficacité n’a pas été prouvée et qui aurait même des effets secondaires inquiétants.

C’est une nouvelle lubie qui n’est pas sans conséquence. Dans une discussion avec des journalistes, ce 18 mai, Donald Trump a expliqué qu’il prenait, “depuis une semaine et demie” de l’hydroxychloroquine tous les jours, tout en assurant que ses tests au coronavirus étaient négatifs. Un traitement que le président américain a justifié par le fait qu’il en entendait “de très bonnes choses”, concluant par cette question : “Vous connaissez l’expression ‘qu’est-ce que vous avez à perdre ?’”.

En l’occurence, la réponse est : beaucoup. Ce médicament, initialement utilisé dans certaines maladies comme le paludisme, est très observé dans le cadre du Covid-19. Et les résultats des études qui tombent au fur et à mesure sont désormais plutôt unanimes sur la question : cette molécule est non seulement inefficace contre le nouveau coronavirus mais elle peut, en plus, avoir des effets secondaires néfastes.

Ni “sûr”, ni “efficace”

"C'est aberrant sur le plan médical, et l'effet sur les gens est terrible”, s’inquiète Gérald Kierzek, médecin urgentiste, chroniqueur sur TF1/LCI et auteur du livre Coronavirus : comment se protéger ?. Le danger ne concerne pas uniquement le président américain, mais surtout ceux qui voudraient suivre son exemple. “Donald Trump est très, très suivi médicalement, mais pas le commun des mortels qui pourrait également vouloir faire de l'automédication" comme lui, souligne-t-il.

La Food and Drug Administration (l’agence du médicament américaine) a d’ailleurs publié une mise en garde sur le sujet, dès la fin du mois d’avril. La FDA y précise qu’il n’a pas été prouvé que l’hydroxychloroquine ou la chloroquine soient “sûres ou efficaces pour le traitement et pour la prévention du Covid-19”. Il semblerait que ce soit dans cette seconde optique que le président américain l’utilise.

L’agence ajoute que “de sérieux problèmes de rythme cardiaque” ainsi qu’un “risque de tachycardie ventriculaire” sont associés à l’utilisation de ces molécules. Concluant que la prise de chloroquine ou d’hydroxychloroquine ne devrait se faire que “dans le cadre d’un essai clinique ou d’une hospitalisation”. Des critères auxquels ne répond pas Donald Trump.

Des troubles neuropsychiatriques

En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé a elle aussi mis en garde contre plusieurs effets secondaires de la molécule qui plaît tant au président américain. Le 14 mai dernier, elle a prévenu que l’hydroxychloroquine pouvait augmenter les troubles neuropsychiatriques, notamment les symptômes aigus de psychose, les suicides ou tentatives de suicide, même chez des personnes qui n’ont pas d’antécédents.

“Une évaluation est donc en cours au niveau européen”, précise l’agence, qui ajoute que les risques cardiaques sont par ailleurs confirmés par “les enquêtes des centres régionaux de pharmacovigilance de Dijon et Nice”.


De nouvelles études sur l’inefficacité

Outre ces risques, deux études publiées dans The British medical Journal of Medicine le 15 mai montrent une fois encore que l’efficacité de l’hydroxychloroquine dans le cadre du nouveau coronavirus n’est pas prouvée.

La première a été menée en France. 92 patients atteints du Covid-19 ont reçu la molécule, 89 autres n’en ont pas reçu. Les résultats ont montré qu’il n’y avait aucune différence significative entre ces deux groupes sur la nécessité d’aller en soins intensifs ni sur la survie. “Les résultats n’encouragent pas son utilisation sur des patients admis à l’hôpital avec le Covid-19 qui nécessitent de l'oxygène”, conclut l’étude.

L’autre a été menée en Chine afin de tester l’efficacité du médicament sur la conversion négative - c’est-à-dire le moment où un patient n’est plus positif au virus. “L’administration d’hydroxychloroquine n’a pas conduit à une probabilité plus importante de conversion négative que les seuls soins standards”, concluent les chercheurs, qui ajoutent que les “effets indésirables étaient plus élevés chez ceux qui ont reçu l’hydroxychloroquine”.

Sans compter qu’il n’y a, pour l’heure, aucun résultat sur un quelconque effet préventif de ce médicament. L’étude Prep Covid, lancée par l’AP-HP se penche sur la question, mais elle n’a pas encore rendu ses conclusions. Prendre de l'hydroxychloroquine n’a donc “pas de sens en préventif aujourd'hui", nous explique le docteur Gérald Kierzek.

Autant d’études récentes qui montrent l’erreur de Donald Trump, sans pour autant l’en convaincre.

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