Covid-19 : où en est-on des autotests ?

Lucile Descamps
·7 min de lecture
Les autotests salivaires permettant de détecter le coronavirus ont été évoqués par Emmanuel Macron en octobre. Mais depuis, ils n'ont pas encore été autorisés.
Les autotests salivaires permettant de détecter le coronavirus ont été évoqués par Emmanuel Macron en octobre. Mais depuis, ils n'ont pas encore été autorisés.

Le sujet des autotests pour détecter le Covid-19 a été évoqué par Emmanuel Macron au mois d’octobre. Mais depuis, rien n’a vraiment avancé sur la question. De quoi susciter l’incompréhension de certains.

Emmanuel Macron les avait évoqués officiellement dès l’automne. Désireux de montrer que la stratégie de dépistage du coronavirus de la France évoluait et s’améliorait, le président de la République affirmait à Anne-Sophie Lapix et Gilles Bouleau, le 14 octobre : “On continue à innover pour aller vers des autotests, où sur la base de votre salive, parfois de votre sang, vous pourrez vous autotester”. La finalité étant de “réduire drastiquement les délais” des résultats, afin de casser au plus vite les chaînes de contamination.

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Les tests salivaires autorisés mais restreints

Or, depuis, ces dispositifs n’ont plus été évoqués. Pire, ils semblent même complètement abandonnés. Le 27 novembre, la Haute Autorité de Santé a rendu un avis sur les tests salivaires, qui peuvent être utilisés comme des autotests. Elle en autorise l’emploi uniquement dans le cadre d’un accompagnement par un professionnel de santé des personnes symptomatiques qui ne supportent pas le prélèvement nasopharyngé (dans le nez). Cet avis n’autorise donc l’utilisation des tests salivaires que dans un cadre très restreint, dont l’autotest est exclus.

Le président des Régions de France et de la région Sud-PACA, Renaud Muselier, s’est ému de cette absence d’avancée sur le sujet le 10 décembre dernier auprès d’Emmanuel Macron, dans une lettre que Le Figaro a pu consulter. Il assure “partager [l’]intuition” que les autotests sont nécessaires dans la lutte contre le coronavirus mais constate que “voilà deux mois que rien n'a véritablement changé dans ce dossier”. Et de conclure ainsi son écrit : “Sur ce dossier fondamental, qui peut nous permettre de revenir à la vie malgré le virus, et enfin d'apprendre à vivre avec, je compte particulièrement sur votre intervention et votre volonté sans faille”.

“Pas de stratégie envisagée”

Force est de constater que cette lettre n’a pas eu l’effet escompté par Renaud Muselier. Le 23 décembre, la Direction Générale de la Santé nous expliquait que “dans le cadre de la pandémie de Covid-19, les autotests ne sont à ce jour pas autorisés en France”. Une réponse justifiée par un avis de la Haute Autorité de Santé datant du 14 mai 2020. L’utilisation des autotests serait “prématurée” pour deux raisons : d’une part, parce qu’il “existe à ce jour très peu de données scientifiques sur les performances des autotests pour le diagnostic du COVID-19 en vie réelle”, d’autre part en raison de la difficulté à lire et interpréter le résultat. “Sans accompagnement, le patient prend le risque de tirer des conclusions erronées de ce test”, commentait la Haute Autorité de Santé.

La Direction Générale de la Santé concluait donc en nous confirmant que “la mise sur le marché et la vente d’autotests de détection du SARS-Cov-2 est interdite” et qu’il n’y a donc “pas de stratégie envisagée pour leur déploiement dans le cadre de la pandémie de Covid-19” à l’heure actuelle.

Seule petite avancée, révélée par 20 Minutes : un arrêté paru au Journal Officiel le mardi 5 janvier autorise le remboursement des tests salivaires... sans pour autant qu’il y ait, pour l’instant, d’élargissement de leur utilisation. Le ministère de la Santé n’a d’ailleurs pas prévu d’en commander, selon le quotidien.

Inquiétude autour du suivi des patients

Cette décision de restreindre l’usage des tests salivaires, Pierre-Olivier Variot, vice-président de l’USPO (Union des Syndicats de Pharmaciens d’Officine) et pharmacien près de Dijon, la comprend parfaitement. “Les tests salivaires, aujourd’hui, ne sont pas assez fiables”, nous confirme-t-il.

Son autre inquiétude réside dans le suivi des patients après l’autotest. “Le but est de casser les chaînes de transmission”, rappelle-t-il. Or, “que se passe-t-il une fois que vous avez été détecté positif ? Si vous n’avez pas envie de quitter votre travail, de vous isoler, vous n’allez pas vous déclarer et continuer à contaminer”, redoute le pharmacien. “Il n’y a pas de traçabilité des résultats obtenus par autotests”, confirme sobrement la Direction Générale de la Santé. Le gouvernement freine-t-il des quatre fers sur la question parce qu’il craint un manque de suivi, qui viendrait altérer la stratégie affichée depuis des mois “tester, tracer, isoler” ?

Un système idéal pour les entreprises et les écoles

Ces craintes sont balayées d’un revers de main par Éric Billy, chercheur en immuno-oncologie et membre du collectif Du côté de la science. Sur l’efficacité, il avance deux arguments. D’une part, celui de l’emploi spécifique des différents tests. “Les tests, qu’ils soient PCR, antigéniques ou salivaires en version autotest, ont chacun leur zone d’utilisation”, résume-t-il. “En entreprise ou dans les écoles, on n’a pas accès à des soignants pour faire le prélèvement nasopharyngé, donc il faut un prélèvement qui soit simple, non contaminant, et qui puisse se faire en auto-prélèvement. Et il n’y a que la salive qui permette ça”, nous explique le chercheur. Il rappelle qu’il ne faut donc pas chercher à obtenir une sensibilité et une spécificité via la salive aussi bonne qu’avec un test PCR nasopharyngé. “Le but de l’autotest, c’est de dépister très tôt les gens contagieux. Or, les gens contagieux auront le virus dans la salive”, poursuit-il. D’autant que l’intérêt de l’autotest, c’est qu’il peut être réalisé de manière itérative, plusieurs fois par semaine, afin justement de ne pas passer à côté des personnes contaminantes.

Concernant l’efficacité, Éric Billy avance un autre argument. “Il n’y a pas de différence de sensibilité sur un prélèvement salivaire, qu'on utilise la technique EASYCOV [celle des autotest, NDLR] ou celle de la PCR”, nous décrit-il. Or, pour rendre son avis, la HAS a comparé le résultat “d’une PCR sur un nasopharyngé à l’EASYCOV sur un test salivaire”. Deux types de prélèvements différents, donc.

Une frilosité “incompréhensible”

Le spécialiste n’est, par ailleurs, pas du tout inquiet concernant le suivi des personnes qui réaliseraient des autotests. “Je doute fortement qu’un chef d’entreprise dise à un de ses employés positif de rester au bureau et de risquer de contaminer les autres”, avance-t-il. “Et si c’est vraiment ça la crainte, rien n’empêche de mettre en place un système informatique qui garantisse le suivi”, poursuit-il. Pour lui, l’absence d’avancée sur le sujet est tout simplement “incompréhensible”.

Une frilosité d’autant plus étonnante qu’à l’inverse, des tests antigéniques ont été homologués par les autorités sanitaires avant de devoir être retirés du marché, faute de fiabilité. Reste à savoir si la menace de la troisième vague fera changer les choses sur la question.

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