Donald Trump, roi des erreurs et des approximations sur le coronavirus

Lucile Descamps
·7 min de lecture
Depuis le début de la crise, Donald Trump a multiplié les erreurs et les approximations au sujet du nouveau coronavirus.
Depuis le début de la crise, Donald Trump a multiplié les erreurs et les approximations au sujet du nouveau coronavirus.

Depuis le début de la crise du coronavirus, Donald Trump s’illustre par ses approximations, voire même carrément ses mensonges. La dernière en date relève de sa mauvaise interprétation d’une étude.

Donald Trump s’est une fois encore illustré par ses propos erronés au sujet du nouveau coronavirus, ce 23 avril. Lors d’un point presse, il a fait valoir qu’il serait “intéressant de vérifier” deux pistes pour lutter contre le coronavirus : exposer aux “ultraviolets” ou à une “forte lumière” les malades atteints du Covid-19, ou encore leur “injecter dans le corps” du désinfectant, “par exemple dans les poumons”.

De quoi faire bondir la communauté scientifique, dont plusieurs membres ont fait valoir que cette dernière idée tuerait tout bonnement les patients. Quant à la première solution proposée, le président américain a visiblement mal compris une étude présentée juste avant son allocution par le ministre de la Santé. Elle montrait que, lorsqu’il est dans l’air ou sur certaines surfaces, le virus résiste moins bien en présence de chaleur et d’humidité. Donald Trump a cru que ce principe s’appliquait aussi au virus présent dans un patient infecté.

Ce n’est pas la première erreur du président sur le sujet. Depuis le début de la crise, il a multiplié les approximations, voire même carrément les mensonges.

La “chaleur d’avril devrait tuer le virus

Le 10 février, Donald Trump en était sûr : le Covid-19 allait disparaître “d’ici avril ou au cours du mois d’avril”. “La chaleur tuera le virus”, avançait-il lors d’une allocution. Force est de constater qu’il avait tort. Interrogée à l’époque sur le sujet, Astrid Vabret, professeure de virologie et chef du service virologie du CHU de Caen, nous expliquait que “au-dessus de 56 degrés pendant plus de 30 minutes, le virus est inactivé et peut mourir. Mais si vous mettez l’individu à 56 degrés… il meurt aussi”. Elle ajoutait cependant que “la température n’est pas suffisante pour expliquer la circulation ou non d’un virus”.

Rien n’est inévitable

Quelques jours plus tard, le 26 février, Donald Trump n’hésitait pas à contredire les experts sur la possibilité que son pays échappe à l’épidémie. Le Centre de contrôle et de prévention des maladies et l’Institut national de la santé ont rapidement mis en garde le président sur le côté inévitable” de l’expansion du nouveau coronavirus outre-Atlantique. “Rien n’est inévitable”, leur avait-t-il répondu. Il estimait même que le risque de propagation était “très faible”.

Si le rôle du président n’est évidemment pas de lire l’avenir, contredire des agences expertes en la matière n’était peut-être pas la meilleure des idées. Aujourd’hui, les États-Unis comptent plus de 870 000 cas de Covid-19 et plus de 50 000 décès des suites de la maladie.

Des tests pas si nombreux

Autre mensonge livré par Donald Trump : la très grande disponibilité des tests. “Lorsque les gens ont besoin d'un test, ils peuvent en obtenir un”, assurait-il le 6 mars, lors de la visite du Centre de contrôle et de prévention des maladies d’Atlanta.

Là encore, le président a fait erreur - ou délibérément menti - afin que son gouvernement ne soit pas accusé d’avoir mal géré la crise. “Les stocks de tests sont actuellement limités”, expliquait le Philadephia Inquirer le 12 mars. Sans oublier qu’il ne suffit pas de vouloir être testé pour l’être : “Ce sont les soignants qui décident si un patient répond aux critères”. Avec plus de recul dans le temps, le New York Times précisait début avril que “la disponibilité des tests reste l’un des échecs flagrants dans la lutte contre le coronavirus aux États-Unis”.

Décidément très confiant sur le sujet, Donald Trump disait aussi le 25 mars : “Les États-Unis ont réalisé bien plus de tests que tous les autres pays, et de loin !”. Si cette allégation est juste en terme de chiffres, elle ne l’est pas par rapport au nombre d’habitants.

Selon des informations du 31 mars - l’affirmation du président américain datait du 25 mars - 856 546 tests avaient été réalisés de l’autre côté de l’Atlantique, loin devant les 667 000 de l’Allemagne et les 454 030 de l’Italie. Sauf qu’une fois ce chiffre rapporté à la population, avec leurs 26 tests pour 10 000 habitants, les États-Unis se trouvent bien loin derrière ces deux pays européens, qui enregistraient respectivement 80 et 75 tests pour 10 000 habitants.

Un peu trop visionnaire

Le milliardaire républicain a également fait une bourde au sujet de l’utilisation de la chloroquine pour guérir du Covid-19. Dès le 19 mars, il le clamait haut et fort : “Nous allons pouvoir rendre ce médicament disponible quasiment immédiatement” pour soigner le nouveau coronavirus, car le traitement a “été approuvé” par la FDA (Food and Drug administration, l’organisme chargée de la commercialisation des médicaments).

Si ça allait effectivement être le cas dix jours plus tard, Donald Trump a clairement mis la charrue avant les bœufs avec cette affirmation. À l’époque de cette intervention, la FDA en était à vouloir mettre “en place un essai clinique étendu et pragmatique” même si son chef, Stephen Hahn, se disait prêt à “abattre des barrières” pour aller plus vite. Ce n’est que le 28 mars que l’organisme a finalement autorisé officiellement l’utilisation de la chloroquine dans la lutte contre le coronavirus.

Une date approximative

Décidément peu à cheval sur les délais, le président américain s’est également quelque peu emballé sur l’arrivée d’un remède contre le Covid-19. Dès le début du mois de mars, il en était convaincu : un vaccin serait disponible “d’ici trois à quatre mois”. Rapidement, Anthony Fauci, directeur de l'Institut national des maladies infectieuses, l’avait repris, expliquant qu’il faudrait plutôt “un an, à un an et demi”.

Les avancées récentes semblent effectivement aller dans ce sens. Si de nombreux laboratoires se sont lancés dans la course et que des essais cliniques ont même commencé, le vaccin ne devrait pas être disponible avant “mi-2021”, a notamment précisé Édouard Philippe, comme le rapporte Le Monde.

S’il ne s’agit donc pas toujours de mensonges délibérés, les interventions de Donald Trump s’accompagnent souvent d’approximations sur le sujet du nouveau coronavirus.

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