Covid-19 : vacciner les jeunes, attendre fin mars, vacciner en masse... les stratégies de vaccination diffèrent dans le monde

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L'Indonésie a fait le choix de vacciner les jeunes actifs avant les personnes âgées. De son côté, le Japon n'a pas encore commencé sa campagne.
L'Indonésie a fait le choix de vacciner les jeunes actifs avant les personnes âgées. De son côté, le Japon n'a pas encore commencé sa campagne.

De nombreux pays se sont lancés dans la course à la vaccination avec une stratégie similaire : se concentrer, dès la fin du mois de décembre, sur les personnes âgées. Mais d’autres ont fait des choix bien différents, à l’instar du Japon ou de l’Indonésie.

Alors que le gouvernement Français a choisi d’accélérer un peu sa campagne de vaccination contre le coronavirus, en l’ouvrant dès le 18 janvier aux personnes de plus de 75 ans hors Ehpad, d’autres pays ont opté pour des choix bien différents.

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L’Indonésie mise sur les jeunes

À commencer par l’Indonésie. Ce pays fait figure d’exception, puisqu’il fait le choix d’injecter en premier lieu le vaccin aux travailleurs frontaliers et aux jeunes travailleurs entre 18 et 59 ans. Les plus âgés ne recevront pas les doses tout de suite. Le gouvernement a d’ailleurs rapidement mis ce choix en pratique : le président, Joko Widodo, âgé de 59 ans, est le premier Indonésien à avoir reçu le vaccin contre le coronavirus, rapporte la BBC. À l’inverse, le vice-président étant âgé de 77 ans n’a pas été vacciné - et ne le sera pas de si tôt.

“Nous visons ceux qui sont le plus susceptibles de répandre le virus”, a expliqué le professeur Amin Soebandrio, conseiller du gouvernement indonésien, auprès de la chaîne anglaise. Ce sont les travailleurs qui “sortent de chez eux, vont partout et, le soir, retournent auprès de leur famille”, a-t-il justifié. Selon les données officielles du gouvernement, 80% des cas de coronavirus du pays concernent les actifs.

Le ministre de la Santé, Budi Gunadi Sadikin, a même précisé que les autorités sanitaires se concentraient sur “ceux qui doivent rencontrer beaucoup de monde pour leur travail : chauffeurs de taxi, policiers, militaires”. Avec cette stratégie, le gouvernement indonésien espère éviter que les “travailleurs ne ramènent le virus dans leur foyer, où vivent généralement leurs aînés”.

S’adapter aux spécificités des pays

Le problème, c’est que les scientifiques ne savent pas encore si le vaccin permet vraiment d’empêcher la diffusion du virus. “Nous n’avons pas encore pu prouver que le vaccin avait un quelconque impact sur la transmission”, a bien rappelé le professeur Robert Read, membre du comité de vaccination et d’immunité, qui conseille le gouvernement britannique.

Mais le choix stratégique de l’Indonésie s’explique aussi, tout simplement, par la spécificité démographique et économique. “Pour un pays en développement, je comprends qu’une politique visant à protéger les jeunes actifs [...] puisse être une méthode raisonnable. Parce que vous ne pouvez pas vraiment demander aux gens de rester chez eux”, relativise Peter Collignon, professeur spécialiste des maladies infectieuses à l’université nationale d’Australie, toujours auprès de la BBC. “Ce n’est pas à nous, les riches pays occidentaux, de dire à chacun ce qu’il faut faire”, abonde le professeur Robert Read.

Doucement mais sûrement au Japon

Autre pays, autre stratégie. Au Japon, même si une troisième vague du coronavirus commence à faire pression sur le système de santé, la vaccination n’a pas encore démarré. Et les premières doses ne devraient pas être distribuées avant fin février, au plus tôt. Un rythme qui s’explique de plusieurs façons. D’abord, si le pays fait effectivement face à une hausse des contaminations, il ne compte que 4 000 morts depuis le début de l’épidémie, pour 126,5 millions d’habitants. Par comparaison, le coronavirus a déjà fait 68 900 morts en France pour 67 millions d’habitants.

L’autre raison, c’est la méfiance historique de la population nippone à l'égard des vaccins, comme le précise l’AFP, à cause de différents scandales - plus ou moins étayés par la science. Dans les années 80, le vaccin rougeole-oreillons-rubéole a dû être retiré du marché après des cas de méningite aseptique, rappelle l’agence de presse. Et, en 1992, la justice a déclaré le gouvernement japonais responsable des effets secondaires indésirables de différents vaccins, même s’il n’y avait pas toujours de preuves scientifiques pour étayer le lien de causalité. De quoi rendre la population méfiante et les autorités très prudentes.

Alors, même si le gouvernement japonais a d’ores et déjà acheté suffisamment de doses pour vacciner toute la population, le feu-vert n’a pas encore été donné. Et il ne le sera pas avant fin-février, selon le premier ministre, Yoshihide Suga. En revanche, lorsque la vaccination sera lancée, elle pourrait se faire très rapidement, grâce à un bon réseau de centres de soins, précise Challenges.

Vaccination éclair en Israël

Israël a choisi une stratégie inverse : vacciner vite, très vite, et toute la population. Au moment où le Japon pourrait commencer à délivrer ses doses, Israël aura quasiment fini de vacciner l’intégralité de sa population !

La promesse de Benjamin Netanyahu est que, d’ici fin mars, tous les Israéliens de plus de 16 ans auront reçu le vaccin. Il aurait, pour s’en assurer, déboursé d’avantage que le prix normal, selon certains médias. Comme le précise RTL, si la stratégie du pays est si efficace, c’est qu’elle s’appuie sur les caisses d’assurances maladie. Le pays en compte quatre et elles se chargent d’appeler personnellement leurs assurés sur le sujet.

Pour l’instant, deux des neuf millions d’habitants ont reçu la première dose du vaccin. Si la stratégie se déroule comme prévu, Israël sera le premier pays à avoir vacciné toute sa population contre le coronavirus.

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