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"C’est le procès de la violence illégitime": l'avocat de Théo plaide pour que "l'injustice se transforme en justice"

Depuis le 9 janvier, les témoignages se suivent à la barre de la cour d’assises de Seine-Saint-Denis dans le procès de l'affaire Théo. Théo Luahaka avait été victime d'une arrestation violente à Aulnay-sous-Bois en 2017, lui ayant causé des séquelles irréversibles à l'anus. Ce dernier a été entendu, tout comme les trois policiers jugés, dont l'auteur du principal coup, Marc-Antoine C.

Ce jeudi 18 janvier, au tour de l'avocat de Théo Luhaka, Me Antoine Vey, de plaider dans un procès qu'il affirme être, pour son client, "une longue marche difficile pour la justice et la vérité".

"Ce n’est pas le procès de la malchance ou de l’accident. Ce n’est pas non plus le procès de la légitime défense", déclare-t-il. "C’est le procès de la violence illégitime, portée en plus par ceux qui portent le signe de 'gardien de la paix'".

Pour lui, ce procès "est une chance pour la justice de dire la vérité".

Me Antoine Vey questionne l'assemblée: "Qu'est-ce qui ce jour-là nécessitait une telle violence?"

"Rien", affirme-t-il. "Ni dans l'attitude de Théo Luhaka, ni dans le motif du contrôle."

La légitime défense écartée par l'avocat général

Le jeune homme âgé de 22 ans au moment des faits, le 2 février 2017, a expliqué, lors d'un passage la barre, qu'il s'était arrêté sur la dalle de son quartier d'Aulnay-sous-Bois pour saluer des connaissances après que sa soeur l'ai appelé pour lui demander un service. Moment où la Brigade spécialisée de terrain, la BST, a procédé au contrôle d'identité de ce groupe de jeunes, au niveau de ce qu'elle considère être un point de deal bien connu de la cité.

Selon les deux versions concordantes, Théo Luhaka aurait tenté de s'interposer entre un ami et les policiers. De là, l'échauffourée aurait commencé.

Si le policier Marc-Antoine C. dit avoir donné neuf coups pour qu'il "obtempère" sans "avoir l'intention" de le blesser dans le cadre d'une situation "stressante", Théo Luhaka affirme quant à lui avoir rapidement été immobilisé et que ces coups avaient pour but "de lui faire mal".

"Il faudrait être aveugle pour ne pas dire qu’il y a des violences illégitimes dans ce dossier", déclare son avocat Me Antoine Vey.

L'avocat général, Loïc Pageot assure également "qu'aucun élément ne peut attester" d'une "violence légitime" tout en insistant sur le fait qu'il ne s'agit pas "de la légitime défense avec ce coup d’estoc" (un coup porté avec la pointe de l'arme responsable de la blessure à l'anus, NDLR).

"Ce n’est pas parce que le geste est enseigné à l’école de police qu’il est légitime", explicite-t-il. "Pour que le geste soit légitime il faut proportionnalité et simultanéité. Il faut que les conditions soient strictement remplies. En l’espèce, elles ne le sont pas".

"Vous avez manqué d'humanité"

Loïc Pageot assure que le coup reçu par Théo est "un geste volontaire" qui ne "peut pas être caractérisé comme un regrettable accident". Et parle de "violences gratuites" de la part des autres policiers.

Concernant la blessure à l'anus, qui a rendu Théo Luhaka "handicapé", son avocat parle d'un "tabou".

"Ce n’est pas comme s’il s'était cassé le genou. C'est une remise en cause totale de qui il est", souligne-t-il.

En conclusion, il s'est adressé aux trois policiers jugés dans ce procès: "Vous avez manqué de discernement, d’humanité et de probité dans la façon dont vous vous êtes comportés."

Puis, il a ajouté: "Théo s’est comporté avec énormément de dignité dans la souffrance et le combat qui a été le sien. Je voudrais dire à Théo: c’est possible de se relever d’une injustice. J’aimerais vous les jurés que vous transformiez cette injustice en justice."

Des peines allant de trois mois à trois ans de prison avec sursis - à l'encontre du gardien de la paix Marc-Antoine C. auteur du coup de matraque - ont été requises contre les trois policiers jugés. Le verdict du procès est attendu ce vendredi.

Article original publié sur BFMTV.com