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"J’ai commis une blessure désastreuse": le policier accusé d'avoir blessé Théo en 2017 témoigne

Après le passage à la barre deux jours auparavant de Théo Luhaka, victime d'une arrestation violente à Aulnay-sous-Bois en 2017, au tour du gardien de la paix accusé de lui avoir causé des séquelles irréversibles à l'anus, de témoigner pour la deuxième fois.

Marc-Antoine C., vêtu d'un col roulé assorti d'un costume sombre et de petites lunettes, commence par expliquer le contexte de l'interpellation.

Il raconte que ce jour-là Théo Luhaka, 22 ans, et ses camarades se trouvaient au niveau d'un point de deal bien connu de la cité. Ce dernier dément et avait lui-même raconté s'être arrêté sur la dalle de son quartier d'Aulnay-sous-Bois pour saluer des connaissances après que sa soeur l'ai appelé pour lui demander un service.

C'est à ce moment-là que la Brigade spécialisée de terrain, la BST, dont fait partie Marc-Antoine C. depuis deux ans, serait arrivée.

"Ce jour-là, on va sur place et on décide de procéder à un contrôle. On n'y allait pas pour en découdre", souligne-t-il. "On n'est pas des meurtriers, on intervient comme on peut sur un secteur sensible. Cette cité elle est appelée 'killer de flics' (tueuse de flics, NDLR)."

"La situation était très stressante"

Alors que les policiers demandaient aux jeunes de s'aligner contre un mur pour procéder au contrôle, l'un d'entre eux aurait refusé.

" Je repousse un des individus et monsieur Luhaka m’attrape par le col. J’arrive pas à me défaire. Un de mes collègues arrive et tout va très vite. Y a une échauffourée rapide et monsieur Luhaka force le passage", détaille l'homme de 34 ans.

Marc-Antoine C. aurait alors sorti "son bâton" pour le "faire cesser", son "objectif étant "d’arrêter son action puis de le faire chuter au sol".

"Et là, j’ai utilisé un coup d’estoc (un coup porté avec la pointe de l'arme, NDLR)", déclare-t-il. "Un de mes collègues tombe au sol avec monsieur Luhaka. [...] La situation est très stressante, j’ai l’adrénaline au plus haut".

Il poursuit: "Je donne plusieurs coups, aux jambes et aux bras, dans l’optique d’impacter les masses musculaires. Je veux qu’il obtempère."

Il raconte qu'il "donne alors un coup-de-poing dans sa tête", puis "le coup de bâton pour impacter le haut de la cuisse et pour le faire fléchir", évoquant "un geste très vif" qui ne juge "pas démesuré". Au total, le policier indique avoir porté 9 coups.

Lors de son témoignage, Théo Luhaka a quant à lui déclaré avoir rapidement "été immobilisé" et avoir reçu plusieurs coups "de matraque au niveau de l'anus". Une blessure qui l'a rendu "handicapé".

"La douleur était tellement forte, c’était son but de me faire mal", accuse-t-il.

"Tous les jours je pense à la blessure de monsieur Luhaka"

Marc-Antoine C., dans le métier depuis quatre ans au moment des faits, affirme qu'il n'a "jamais eu l'intention de provoquer ça", ni de "lui faire mal" et a présenté ses "excuses".

"Tous les jours je pense à la blessure de monsieur Luhaka. Ça me pèse. J’ai prié pour qu’il se remette. Cette blessure elle est affreuse. J’ai commis une blessure désastreuse",  reconnaît-il.

Tout en déplorant qu'on "va [lui] reprocher un coup alors que monsieur Luhaka s’est mêlé à un contrôle qui ne le concernait pas".

Concernant la violence jusqu'au commissariat que Théo Luhaka a raconté avoir subi, le gardien de la paix dément: "C’est faux, il n'y a pas eu de coups et il n'y a pas eu d’insultes racistes", assure-t-il.

Le verdict du procès est attendu le 19 janvier. Marc-Antoine C. encourt 15 ans de réclusion criminelle.

Article original publié sur BFMTV.com