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Qui est SZA, la chanteuse américaine qui domine les nominations aux Grammy Awards?

Phoebe Bridgers, Billie Eilish, Olivia Rodrigo ou encore Taylor Swift. Les artistes féminines sont en force dans les nominations aux Grammy Awards, dont la cérémonie est prévue dimanche 4 février. Mais une chanteuse les surpasse (de peu) avec neuf nominations: SZA.

La chanteuse originaire de Saint-Louis, dans le Missouri est notamment en lice dans les catégories enregistrement, chanson et album de l'année, mais aussi meilleure performance R&B ou meilleur duo pop. Son deuxième album, SOS, sorti fin 2022, a été un véritable succès, restant sept semaines premier du top Billboard. Ce qui n'était pas arrivé pour un album R&B et hip-hop d'une artiste féminine depuis Whitney, de Whitney Houston, en 1987.

Si SZA fait son nid parmi les plus grands depuis quelques années, 2023 a été charnière pour la chanteuse, faisant d'elle "l'une des artistes les plus en vogue de notre époque, un phare pour les vulnérables, les obstinés, les assiégés et les brisés", comme la décrit justement le New York Times.

Des styles musicaux différents dès l'enfance

SZA, Solána Imani Rowe de son vrai nom, est née le 8 novembre 1989 à Saint-Louis d'un père musulman et d'une mère chrétienne. Élevée dans la banlieue de New-York, à Maplewood, elle a commencé à écrire très tôt, notamment de la poésie.

"J'écris depuis longtemps. J'étais cet enfant qui avait des émotions très profondes que je n'arrivais pas à exprimer. C'est presque risible que j'ai eu autant de crises existentielles à 8 ans", raconte-t-elle au New York Times Magazine.

Plus tard dans l'adolescence, elle arpente les couloirs du lycée où sont passés avant elle les acteurs Zach Braff et Roy Scheider, l'auteur Paul Auster mais surtout, la chanteuse Lauryn Hill.

La jeunesse de SZA baigne dans des styles musicaux différents, une versatilité que l'on retrouve dans sa musique. Son père aime la musique expérimentale et le jazz, sa mère les chants d'église et le R&B, sa sœur le hip-hop. SZA est aussi perméable au rock, qu'elle entend beaucoup à l'école. "Je suis l'enfant de Good Charlotte, Fall Out Boy, Blink-182 et Limp Bizkit", raconte-t-elle à Variety.

Un passage par les clubs de strip-tease

Mais la musique n'était pas le rêve d'adolescence de Solána. Après le lycée, elle se rend à l'université du Delaware pour étudier la biologie marine. Un passage express sur les bancs de la fac et une phase de rébellion: elle commence à travailler dans des strips-clubs, surtout comme serveuse, et abandonne l'université.

"J'ai détesté le club de strip-tease - j'aime ce que j'y ai appris, mais j'ai détesté le sentiment d'être remplaçable. Cette époque de ma vie était tout simplement folle et je ne veux pas y retourner", dit-elle à Variety.

C'est à ce moment qu'elle commence à faire de la musique, pour prouver quelque chose à son petit ami de l'époque. "Il payait pour tout. Ma nourriture, mes vêtements, l'endroit où je vivais... J'étais si dépendante, et il était si talentueux", explique-t-elle à l'animateur Zane Lowe fin 2023 pour Apple Music.

Tout en continuant à s'enregistrer, SZA s'inscrit à la Fashion Institute of Technology de New-York. Sa carrière prend un tournant en 2011, le jour où elle se rend au label indépendant Top Dawg Entertainment avec une amie pour une livraison. Terrence Punch Henderson, qui deviendra son agent, entend l'une de ses chansons à travers les écouteurs de son amie. Impressionné, il garde contact avec la jeune femme qui signera dans son label deux ans plus tard, en 2013.

"Je peux faire tellement plus" que le R&B

À cette époque - en plus de prêter sa plume à des géantes de l'industrie comme Beyoncé, Rihanna et Nicki Minaj - SZA sort trois EPs: See.SZA.Run (2012), S (2013) et Z (2014).

Puis vient son premier album Ctrl en 2017, rapidement salué par la critique pour son R&B brut et sensible. Il s'agit d'un projet très personnel pour la chanteuse qui affirme l'avoir fait pour "se libérer" de son passé, de cette adolescente "qui avait l'impression de ne pas être assez".

Cinq ans plus tard, en décembre 2022, son deuxième album SOS sort, marquant le début d'un véritable tournant dans la carrière de SZA. La pochette montre la chanteuse assise seule sur un plongeoir au-dessus de la mer, une référence à la célèbre photo de la princesse Diana sur un yacht, peu avant sa mort.

SZA affirme un peu plus son style qui ne se limite pas par des frontières strictes. "Les gens m'associent à cette conversation sur le R&B, certes. Mais, je peux faire tellement plus. Je peux faire n'importe quoi. (...) C'est ce qui fait une pop star. Quand on peut faire plusieurs choses, et que ça marche."

Très ouverte sur sa santé mentale

Ce qui fait surtout le succès de SZA est sa franchise. La chanteuse est très ouverte sur sa santé mentale, son anxiété, sa relation à la célébrité. "Comment les gens me voient-ils? Qu'attendent-ils de moi? Puis-je disparaître et ne parler à personne? Est-ce ingrat? Ai-je l'air ingrate parce que je souffre d'anxiété et que je suis stressée par ma réalité?", se questionne-t-elle au micro de Zane Low.

Des questionnements retranscrits dans ses chansons. Dans Nobody Gets Me, elle se souvient d'une relation passée et de la douleur de la rupture. Elle essaie d'oublier son ancien petit ami avec un autre dans F2F et se demande si elle ne tuerait pas son ex dans Kill Bill.

Auprès du New York Times Magazine, elle ironise sur le fait d'avoir toujours eu l'énergie d'une "sad girl", une "fille triste". Il n'est alors pas étonnant que SZA s'associe à l'autre "sad girl" du moment, Phoebe Bridgers, pour sa chanson Ghost in The Machine. Lors de son concert au Madison Square Garden, Phoebe Bridgers a même fait une apparition surprise, suivie 10 minutes après par... Cardi B.

Une nouvelle preuve que SZA ne veut pas rester enfermée dans un style en particulier. Elle peut aussi bien collaborer avec Doja Cat (Kiss Me More) que Kendrick Lamar (All the Stars), Justin Bieber (Snooze) ou Paramore (pour un titre en préparation).

"Que pourrais-je vouloir de plus?"

2023 a donc été une année remplie pour SZA, si remplie que la chanteuse a le sentiment d'avoir déjà accompli tout ce qu'elle pouvait. "Je n'ai plus d'objectifs", assure-t-elle fin 2023 à Zane Low.

"J'ai vendu un tas de disques. J'ai rencontré Stevie Wonder. J'ai rencontré Beyoncé et j'ai travaillé avec elle. J'ai rencontré Frank Ocean. Mon père et ma mère sont venus dans tous ces pays pour me voir jouer. J'ai fait des concerts à guichets fermés, j'ai été la tête d'affiche d'un festival. (...) Que pourrais-je vouloir de plus?"

Gagner d'autres Grammys? C'est du moins ce qui pourrait arriver dimanche lors de la 66e cérémonie, à Los Angeles. La compétition s'annonce rude pour SZA qui affronte notamment Taylor Swift, Janelle Monáe ou Olivia Rodrigo dans la catégorie album de l'année. Mais pour le membre de l'académie des Grammy Chris Anokute, interrogé par Billboard, "personne ne lui arrive à la cheville".

SZA "a payé son dû. Elle sort de la musique depuis sept ans. Et elle a réalisé un album multigenre et multiformat - le meilleur album multigenre et multiformat que j'aie entendu depuis des années. Il mérite d'être l'album de l'année".

Article original publié sur BFMTV.com