"Il y a un risque de divisions": LR au défi de l'unité sur la réforme des retraites

Éric Ciotti et Olivier Marleix le 12 mai 2020 à l'Assemblée nationale - GONZALO FUENTES / POOL / AFP
Éric Ciotti et Olivier Marleix le 12 mai 2020 à l'Assemblée nationale - GONZALO FUENTES / POOL / AFP

La rentrée parlementaire n'est pas encore là que les députés Les Républicains sont déjà mis à l'épreuve. Les voilà sommés de jouer un rôle primordial sur la réforme des retraites. Celle-ci sera dévoilée par l'exécutif aux Français le 10 janvier, avant d'être présentée en Conseil des ministres le 23.

Sans leur vote, le gouvernement, privé de majorité absolue à l'Assemblée nationale, ne pourra faire passer son texte, à moins d'utiliser l'article 49, alinéa 3 de la Constitution - un scénario que le camp présidentiel préfèrerait éviter, alors que le contexte social s'annonce déjà très tendu.

Faire entendre sa propre musique

Certes, les positions entre les sénateurs LR - favorables à un allongement de l'âge légal de départ de 62 à 64 ans, et une accélération de la réforme Touraine sur la durée de cotisation - et le gouvernement se sont rapprochées. Élisabeth Borne a ainsi déclaré ce lundi sur France Info que le report de l'âge légal à 65 ans, comme cela était initialement souhaité par Emmanuel Macron, n'est pas un "totem".

Pour autant, les députés LR n'ont pas encore accordé leurs violons. Il faut dire que ce vote, sur un texte d'une telle importance, a tout d'un dilemme pour un groupe souvent présenté comme la "béquille du gouvernement" par les autres oppositions, après avoir permis l'adoption de plusieurs textes comme le paquet pouvoir d'achat ou la réforme de l'assurance-chômage.

"Cette réforme ne sera votée qu’avec notre soutien ou ne passera pas"

Jusqu'ici, la droite se défend en revendiquant les victoires parlementaires obtenues grâce à ce rôle de pivot, comme par exemple la baisse du prix du carburant ou la défiscalisation des heures supplémentaires jusqu'à 7 500 euros.

Pour tenir l'équilibre, Olivier Marleix, président du groupe parlementaire, a néanmoins montré les muscles à la mi-décembre sur LCP: le dépôt d'une motion de censure "fait partie des hypothèses", si le gouvernement maintient sa volonté de reporter l'âge légal à 65 ans. Ce vendredi, après un entretien avec Élisabeth Borne, il a mis la pression sur l'executif:

"Cette réforme ne sera votée qu’avec le soutien des Républicains ou ne passera pas", a indiqué le député d'Eure-et-Loir.

"Bien commun"

La menace d'une motion de censure démontre "que l'on n'est pas la béquille du gouvernement", veut croire Annie Genevard, éphémère présidente par intérim du parti avant qu'Éric Ciotti n'en prenne les rênes en décembre. Et d'insister sur ce qui s'apparente à un mantra pour la droite depuis le début de la XVIe législature:

"Quand on est un élu, il y a deux voies possibles. Soit on est dans la manœuvre tacticienne soit on est dans la recherche du bien commun."

"La question n'est pas de savoir si on appuie le gouvernement, mais de faire les choses dans l'intérêt des Français", soutient le député du Rhône Alexandre Vincendet, connu pour sa Macron-compatibilité. Après avoir été reçu par Élisabeth Borne à Matignon le 21 décembre, Éric Ciotti a expliqué au Figaro que "Les Républicains [sont] favorables à une réforme des retraites".

Oui, mais laquelle? Le nouveau boss de la Rue de Vaugirard se dit "en phase", avec les modalités souhaitées par ses collègues du Palais du Luxembourg. Olivier Marleix aussi. A l'issue de son entretien avec la Première ministre, il a résumé sa position: il souhaite "augmenter un trimestre de cotisation par an pour arriver à 63 ans à la fin du quinquennat, avant de passer à 64 ans", comme cela est prévu par les sénateurs. Rien d'insurmontable de ce côté donc.

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"Risque de divisions"

Là où l'affaire devient plus sensible, c'est plutôt chez Aurélien Pradié et ceux qui ont soutenu le député du Lot lorsqu'il s'est présenté au congrès LR. Le trentenaire, chantre d'une droite "populaire" et "sociale", avait dit oui à une réforme des retraites, mais à condition de la faire selon les annuités et non un report de l'âge légal. Autrement, cela créerait des situations "injustes" pour ceux qui ont commencé à travailler tôt par exemple, martelait-il.

Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais et soutien d'Aurélien Pradié lors du congrès, met en avant des "divergences de vues entre les anciens et les modernes" au sein du groupe. Reconnaissant, un "risque de divisions", l'élu de 35 ans euphémise: "Ça me semble très compliqué de voter pour un report de l’âge légal". Raphaël Schellenberger, député LR du Haut-Rhin est allé plus loin dans les colonnes de Public Sénat, en estimant qu'il fallait suspendre la réforme.

"Le courage, c’est de savoir attendre. La France n’est pas prête à un tel chantier et il n’y a pas d’urgence”, déclare notamment l'Alsacien, qui a, lui aussi, soutenu Aurélien Pradié durant le congrès.

"Mère des réformes"

Mais, avec ce texte, il y a également une question "politique", souligne Pierre-Henri Dumont:

"Est-ce que nous pouvons voter ce qui a été présenté par Emmanuel Macron comme la mère des réformes ?", interroge-t-il.

D'autant plus, que l'exécutif envisage d'intégrer l'essentiel de sa réforme au sein d'un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale (PLFSS), ce qui lui permettrait de recourir au 49.3, tout en gardant la possibilité de l'utiliser sur des textes non budgétaires.

"Voter pour un PLFSS, ça veut quand même dire qu'on est dans la majorité", juge Pierre-Henri Dumont, ce type de projet de loi étant un marqueur de la politique du gouvernement. Reste que la réforme des retraites, serait, dans cette hypothèse, un amendement et non l'ensemble du texte.

"Souci de cohérence"

De son côté, Alexandre Vincendet pense que si les LR ne votent pas un prolongement de l'âge de départ, "on perd toute crédibilité en tant que parti de gouvernement parce qu’on fait dans l’opposition, l’inverse de ce qu’on aurait fait si on avait été aux responsabilités."

Même si Éric Ciotti juge l'approche d'Emmanuel Macron "trop brutale compte tenu de l'état du pays" dans Le Figaro, l'élu sudiste souligne un "souci de cohérence". Et pour cause: Valérie Pécresse comme François Fillon ont défendu un report de l'âge légal à 65 ans durant leur campagne présidentielle respective.

"Il ne nous a pas échappé que ça nous a porté chance et que les Français ont massivement voté pour ces engagements", répond ironiquement Pierre-Henri Dumont.

Pour échapper à leurs divisions, les LR pourraient compter sur une utilisation du 49.3 par le gouvernement avant qu'ait lieu le vote du texte. L'exécutif pourrait le faire si l'obstruction parlementaire - annoncée avant l'heure par les insoumis - l'empêchait d'avancer sur l'examen de son texte. Mais ce n'est, évidemment, pas l'option privilégiée.

Article original publié sur BFMTV.com