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Mort d'Émile: ces questions qui demeurent après la découverte d'ossements de l'enfant

C'est une découverte considérable, mais elle est loin d'apporter toutes les réponses. Après neuf mois de recherches, des ossements appartenant au petit Émile ont été découverts, samedi 30 mars, par une randonneuse près du Haut-Vernet (Alpes-de-Haute-Provence).

Le crâne et les dents du petit garçon de deux ans et demi ont été retrouvés à quelques kilomètres seulement de la maison de ses grands-parents, où l'enfant a été vu pour la dernière fois le 8 juillet dernier.

Si cette découverte est une avancée cruciale, de nombreuses questions sur la disparition du petit garçon restent en suspens. Depuis dimanche, une centaine d'experts de la gendarmerie ont été déployés dans la zone pour poursuivre les recherches et tenter de retrouver les restes de l'enfant.

• Comment l'enfant est-il mort ?

Chute accidentelle, homicide involontaire ou meurtre? La question centrale du dossier reste évidemment celle des circonstances exactes de la mort du petit Émile. Après sa découverte, le crâne, identifié comme étant celui du petit garçon, a été envoyé à l'Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) pour être analysé.

Les premières expertises ont montré la présence de "petites fractures et de fissures post-mortem". "Aucun traumatisme ante mortem n'a été observé. Le crâne présente des traces de morsures, probablement causées par un ou des animaux", a fait savoir Jean-Luc Blanchon, le procureur de la République d'Aix-en-Provence, ce mardi soir lors d'une conférence de presse. A ce jour, les analyses du crâne "ne permettent pas de dire quelle est la cause de la mort d'Émile", a-t-il précisé.

Les expertises des ossements retrouvés vont se poursuivrent pour chercher la présence d'autres lésions éventuelles qui pourraient donner des indications sur la cause du décès. "C'est-à-dire est-ce qu'il y a une fracture, est-ce qu'il y a une embarrure, une lésion traumatique quelconque qui pourrait avoir été produite du vivant de l'enfant, et donc avoir eu potentiellement un retentissement, et possiblement expliquer le décès", a expliqué sur BFMTV Caroline Rambaud, médecin légiste.

"Mais s'il n'y a pas d'indications, ça va être difficile, il faut vraiment avoir tous les ossements pour savoir s'il y a eu des lésions traumatiques ou pas", a ajouté l'experte.

Ce mardi, des vêtements appartenant à Emile ont également été retrouvés, à environ 150 mètres de la zone où ont été découverts le crâne et les dents, a expliqué le procureur. Il s'agit du t-shirt, des chaussures et de la culotte du petit garçon, "qui n'étaient pas rassemblés au même endroit mais éparpillés sur quelques mètres", a détaillé Jean-Luc Blanchon. Les vêtements ont été conduits à l'IRCGN pour être analysés. Les enquêteurs vont notamment chercher d'éventuelles traces d'ADN ou de sang.

Pour déterminer la cause du décès de l'enfant, l'urgence reste donc de retrouver le reste des ossements de l'enfant. "Il y a un long processus qui va être celui de la reconstitution du corps, élément osseux par élément osseux, pour essayer de redonner une forme au squelette et faire en sorte, avec tout ce qui sera retrouvé sur le terrain, qu’on ait le plus d’éléments possibles", a détaillé le général François Daoust, ancien directeur de l'IRCGN.

Des éléments qui doivent ensuite permettre faire la différence entre des "fractures naturelles ou de prédation", selon le général. "L’une peut être le signe d’une chute ou d’un accident par un tiers", tandis que l'autre est "la suite naturelle et logique d'un corps qui est seul et abandonné dans la nature", a-t-il ajouté.

• Où l'enfant est-il mort ?

Pour le moment, impossible de répondre à cette question. Mais les enquêteurs comptent bien détecter le "point zéro", c'est-à-dire le lieu exact où l'enfant est décédé. Car rien n'indique que le reste des ossements du petit Émile se trouve dans la zone où le crâne et les dents du petit garçon ont été retrouvés.

Ces derniers ont "pu être ramenés par une personne humaine, un animal, ou bien les conditions météo", selon la porte-parole de la gendarmerie, Marie-Laure Pezant. Les recherches doivent donc permettre de "déterminer si ces ossements ont séjourné durablement" dans la zone où ils ont été découverts, a indiqué Marie-Laure Pezant. En d'autres termes, si l'enfant est mort à cet endroit-là.

Pour répondre à cette question, la gendarmerie a mobilisé des anthropologues, des experts chargés d'analyser minutieusement les ossements de l'enfant et tirer des conclusions sur les circonstances de sa mort. "Ils font un peu comme les fouilles archéologiques, nous on appelle ça de l'archéologie forensique. L'idée, c'est de vérifier s'il y a des indices qui nous permettent de savoir si les ossements étaient présents depuis longtemps", a ajouté Marie-Laure Pezant.

• Où se trouve le reste des ossements ?

À ce stade, la question reste un mystère. Pour retrouver les restes humains du petit garçon, une centaine de gendarmes ont été déployés. Parmi eux, une équipe cynophile venue de Gramat dans le Lot. Ces trois enquêteurs, accompagnés de cinq chiens spécialisés dans la recherche de restes humains, ont notamment été mobilisés dans le cadre de l'affaire Maëlys. Ils sont formés à retrouver des corps en surface comme enterrés, et même carbonisés.

"Ce sont des chiens experts qui vont être capables d'apporter un concours vraiment précieux. Ce sont des chiens spécialisés dans les restes humains", a détaillé Pierre-Yves Bardy, le commandant du groupement de gendarmerie des Alpes-de-Haute-Provence.

Contrairement au Saint-Hubert, un chien à l'odorat "très fin" utilisé lors des premières recherches en juillet 2023, ces aides canines sont spécifiquement dressées pour retrouver des restes humains, notamment dans la forte végétation du Haut-Vernet et de ses environs.

Mais ce n'est pas tout. L'IRCGN a également déployé des drones à capteurs multispectraux, qui doivent permettre d'élaborer une cartographie numérique de la zone de fouille. Ces drones "cartographient de manière très fine l’ensemble de la scène par des prises de clichés, pour ensuite la reconstituer en 3D et en 2D, avec des cartes", a expliqué hier le lieutenant Aurélien S., responsable de l’IRCGN.

• Peut-on dater la mort de l'enfant ?

En cas de découverte de restes humains appartenant à Émile, il sera alors possible de déterminer la date de la mort du petit garçon, notamment grâce aux insectes présents.

L'IRCGN compte dans ses rangs des entomologistes, des spécialistes des insectes et des pollens. Ceux-ci forment, avec d’autres, le département Faune et flore forensiques (FFF). Les entomologistes ont la capacité d'analyser "les escouades d'insectes" qui se forment, au nombre de "sept après la mort", explique Caroline Rambaud, médecin légiste.

"Elles arrivent toujours dans le même ordre. Ce qui change, c'est la rapidité de leurs évolutions. Ils vont prélever aux alentours et à l'endroit où les ossements vont être retrouvés et regarder ce qu'il y a comme insectes vivants, comme pupes ou comme larves. Après, c'est en fonction de la météo qu'ils vont pouvoir remonter au jour du décès", a détaillé l'experte. Plusieurs entomologistes sont attendus sur place dans les prochains jours.

• Comment les enquêteurs ont-ils pu passer à côté ?

Au lendemain de la disparition du petit garçon, d'intenses recherches, mêlant enquêteurs et volontaires, avaient été lancées autour du Haut-Vernet. Pourtant, c'est à un kilomètre seulement du domicile de ses grands-parents que les ossements du petit Émile ont été retrouvés. Une zone qui a "déjà été inspectée plusieurs fois par une battue citoyenne et des enquêteurs de la gendarmerie", aidés notamment d'un hélicoptère équipé de caméras thermiques, a précisé Marie-Laure Pezant.

Comment a-t-on pu passer à côté? Les habitants qui avaient participé aux battues pour retrouver le petit garçon ont dit ces derniers jours avoir "du mal à comprendre" comment ils ont pu passer à côté du corps d'Émile, même s'ils reconnaissent que "tout est possible".

"Quand on voit les moyens déployés, c'est impensable, s'il était là au moment des recherches, qu'on puisse passer à côté", a expliqué Annabelle, une habitante de la commune à BFMTV.

"C'est un endroit où passent les chasseurs et leurs chiens, les habitants quotidiennement et où des travaux forestiers ont été réalisés à l'automne", a également déclaré le maire de la commune.

Sur BFMTV, Marie-Laure Pezant, la porte-parole de la gendarmerie a expliqué ce lundi qu'il existait "une chance infime" d'être passé à côté des ossements d'Émile lors des précédentes fouilles. "On a pu potentiellement ne pas déceler cette présence (...) C'est peu probable, mais on peut l'envisager", nuance-t-elle, en rappelant les conditions des premières recherches, c'est-à-dire en plein été avec une végétation dense en pleine zone escarpée. Même les caméras thermiques ont pu ne rien détecter: "Il y avait des rochers, plein d'éléments et de sources de chaleur à l'époque."

"À cette heure, nous ne pouvons affirmer si le corps d'Émile était présent dans la zone de recherche. Je ne peux affirmer aujourd'hui que chaque mètre carré a été fouillé. (...) Les températures ont pu altérer l'efficacité des chiens pisteurs", a précisé le procureur de la République d'Aix-en-Provence, ce mardi soir.

Article original publié sur BFMTV.com