Publicité

Gaza: pourquoi Yahya Sinouar, le chef du Hamas, est une cible prioritaire de l'armée israélienne

Le chef du Hamas recherché. Deux mois après les attaques menées par le Hamas en Israël du 7 octobre et auxquelles Tsahal a répliqué avec des frappes dans la bande de Gaza, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assure que son armée "encercle" la maison du chef du groupe terroriste dans la bande de Gaza, à Khan Younès.

Cette maison n'est que l'une des résidences de Yahya Sinouar et l'armée israélienne n'a aucune assurance que le chef du Hamas, classé comme "terroriste international" par les États-Unis depuis 2015, s'y trouve. Il a été vu pour la dernière fois publiquement le 7 octobre, jour des attaques, et reste introuvable depuis.

"Sinouar se cache sous terre", assure de son côté Daniel Hagari, un porte-parole de l'armée israélienne, faisant allusion aux tunnels du Hamas sous Gaza. L'armée a pour cela détruit 30 entrées du tunnel.

Les têtes pensantes du Hamas visées

Yahya Sinouar n'est pas la seule cible prioritaite de l'armée israélienne. Dans le cadre de sa deuxième offensive terrestre, débutée après la trêve humanitaire d'une semaine, Tsahal cherche en effet à repérer et à éliminer les principales têtes pensantes du Hamas.

Parmi elles notamment, Mohammed Déif, commandant des brigades Ezzedine al-Qassam, la branche militaire du Hamas. Le 7 octobre, c'est lui qui annonce le début de l'opération "déluge d'Al-Aqsa", alors que des centaines de combattants du Hamas pénètrent sur le territoire israélien.

Comme Yahya Sinouar, celui qui est surnommé "tête de serpent" fait l'objet d'un arrêté du ministère français de l'Économie interdisant la fourniture de "ressources économiques" en sa faveur. Objectif pour Berçy: "assécher les sources de financements" du groupe palestinien, dit le ministère dans un communiqué.

"Le visage du diable" pour Israël

Surnommé "le visage du diable" ou le "mort en sursis" par Israël, il est considéré comme une cible prioritaire et sa mort serait considérée comme symboliquement très forte pour l'armée israélienne.

En cause, son statut de chef du Hamas, mais aussi son rôle dans les attaques du 7 octobre, dont il est considéré être l'architecte. Israël estime aussi que c'est lui qui a fixé les conditions de libération des otages du Hamas pendant la trêve humanitaire.

"C'est sa stratégie, c'est lui qui a monté l'opération" probablement pendant un an ou deux, estime auprès de l'AFP la chercheuse au Centre arabe de recherches et d'études politiques (CAREP) à Paris Leïla Seurat.

23 ans en prison

Outre son implication dans les attaques du 7 octobre, Yahya Sinouar constitue une cible prioritaire pour Israël en raison du symbole qu'il représente pour les Palestiniens.

Né en 1962 dans le camp de réfugiés Khan Younès, le plus pauvre de la bande de Gaza, il intègre le Hamas en 1987 pour diriger une branche armée du mouvement. Sa mission: identifier et neutraliser les informateurs d'Israël.

En 1989 il est arrêté et condamné en Israël notamment pour le meurtre de Palestiniens qu'il accuse de collaboration. Pendant son incarcération, il s'impose comme un leader des prisonniers. De ce séjour derrière les barreaux, il affirme qu'il lui a permis d'"étudier l'ennemi", explique à BFMTV le spécialiste du terrorisme et du Hamas Michaël Prazan. Afin de comprendre ce que disent les Israéliens, Yahya Sinouar a même étudié l'hébreu.

"Il connaît parfaitement les Israéliens, bien mieux que les Israéliens ne connaissent le Hamas me semble-t-il", estime le spécialiste.

Il est finalement libéré en 2011 avec plus de 1.000 autres prisonniers palestiniens en échange du caporal franco-israélien Gilad Shalit. Après 23 ans derrière les barreaux, il intègre le bureau politique du Hamas et en devient le chef en 2017.

À la fois admiré et craint

"Yahya Sinouar est connu pour être quelqu'un de très charismatique", affirme Tamar Sebok, consultante Israël pour BFMTV et correspondante en France du quotidien Yedioth Aharonoth.

"Il est très craint aussi, parce qu'on sait qu'il est très cruel", précise-t-elle cependant.

"La population civile a dû se déplacer en masse. (Les Palestiniens) savent très bien que c'est aussi à cause du Hamas qu'il s'est réfugié dans les sous-sols et qu'il utilise les civils comme boucliers humains" depuis les attaques du 7 octobre, explique-t-elle.

Article original publié sur BFMTV.com