Publicité

"Envie de gagner des trophées": Gabrielle Vernier ambitieuse à l'approche du Tournoi des VI nations

En 2023, Gabrielle Vernier a changé de dimension. Titulaire indiscutable avec le XV de France, elle a été élue joueuse du Tournoi des VI nations 2023 (5 matchs, 5 essais) et meilleure internationale française, lors de la Nuit du rugby. Cette année, la numéro 12 vise un nouveau Grand Chelem (après 2018), à un an de la Coupe du Monde en Angleterre.

Les ambitions du Tournoi

Vous avez été élue meilleure internationale française de la saison passée, et joueuse du Tournoi 2023. Comment avez-vous vécu cette saison?

C’était assez dingue. On est très concentré sur le fait de faire le mieux possible sur le terrain. Je n’ai jamais eu autant de "lumière" sur moi ni de trophées individuels. Ça fait bizarre quand on n’a pas l'habitude donc j'ai savouré chaque instant. Le plus dur, c'est de continuer à être performante sur plusieurs années. Parce que c'est bien beau d'avoir fait une belle saison, mais il faut réitérer la performance l'année d'après.

Vous avez 26 ans et il n’y a plus beaucoup des filles de plus de 25 ans dans votre groupe. Le XV de France féminin a beaucoup rajeuni depuis la dernière Coupe du monde en 2022...

C’est vrai que les filles de plus de 25 ans se comptent sur les doigts d'une main dans l’équipe. C'est un peu le cycle des choses. Après chaque Coupe du monde, il y a des anciennes qui arrêtent le rugby. On avait des Safi N’Diaye (91 sélections), des Marjorie Mayans (52 sélections), des Laure Sansus (32 sélections) qui ont arrêté. Après ça, il faut appeler des jeunes. On est dans une période où beaucoup de talents sont appelés et devront monter en compétence et en expérience pour la Coupe du monde 2025. Pour qu’on arrive avec une base solide en Angleterre. Et maintenant c’est à nous d’accompagner tout ça et d'essayer que tout le monde arrive au top.

Comment sentez-vous ce nouveau groupe?

C’est un groupe qui est ultra motivé pour faire des résultats. On est en manque de trophées, on ne va pas se le cacher. On fait de belles performances, mais pas de manière assez continue. On a envie de gagner des trophées, c'est ce qui nous habite et ce qui nous pousse à bosser au quotidien. Les "anciennes" tentent de cadrer tout ça. On apprend ce rôle de leader qu'on n'avait pas forcément auparavant. On prend nos marques et au fur et à mesure des Tournois, on gagne en compétence et en expérience. On veut s’améliorer à chaque rassemblement.

Est-ce qu’on peut dire que vous faites partie des leaders de ce groupe aujourd’hui?

Oui, je fais partie des leaders de l'équipe avec d'autres filles, cadres et anciennes comme moi. C’est nouveau... Depuis la dernière Coupe du monde (octobre-novembre 2022), on essaie d'apprendre ce rôle-là et de l'assumer. Ce n’est pas quelque chose d'évident quand on est un peu timide ou réservée. Maintenant, il faut assumer et il faut prendre le rôle de leader à bras le corps. On est là pour aider les autres et pour mener cette équipe dans le droit chemin. C’est une reconnaissance d'avoir de telles responsabilités.

Le prochain rendez-vous capital pour les Bleues, c’est la Coupe du monde 2025 en Angleterre?

Il y a plein de choses en perspective avant. On a envie de gagner des trophées et avant d'arriver à cette Coupe du monde, on a un VI Nations qui arrive et qui nous fait de l’œil. On ne pense qu'à ça en ce moment: faire une belle performance pendant le VI Nations et remporter ce trophée. Parce que ça fait un petit bout de temps qu’on ne l’a pas soulevé [les Bleues ont remporté six fois le Tournoi, dont cinq Grand Chelem. Le dernier en 2018]. Mais forcément la Coupe du monde, on l'a en tête.

Cette année, vous allez terminer contre vos rivales anglaises contre qui vous butez depuis 6 ans... Il est important, ce match?

On peut le dire, on peut le dire oui [rires]! On a en tête ce match contre l'Angleterre. Le groupe va avoir le temps, au fil des matchs, de mieux se connaître. Nous pourrons arriver au meilleur de notre forme pour cette rencontre. Être à domicile est aussi un atout. Au vu de nos derniers duels, jamais on ne sera abattues parce qu’on arrive à bousculer les Anglaises à chaque match. Face à nous, elles doutent. Je crois vraiment que nous allons finir par les battre et soulever le trophée. Battre les Anglaises, c’est un exploit, mais on est capable de le faire, on n’est pas distancée.

Est-ce qu’on aura franchi un cap avec le XV de France féminin quand on ne regardera plus l’Angleterre comme une bête noire?

Quand on les battra, nous aurons franchi un cap. Il faut faire disparaitre ce mythe. Il y a quelques années les Black Ferns (Nouvelle-Zélande) étaient intouchables. Ces dernières années, nous les avons battues à répétition. Leur aura s’est un peu effondrée, même si cela sera toujours les Blacks. Mais maintenant, les Néo-Zélandaises craignent l'équipe de France. Nous devons effectuer le même processus avec les Anglaises. Les battre, une, deux, trois fois… et le mythe s’effondrera aussi.

Au WXV, vous faisiez déjà des tests pour constituer ce nouvel effectif. Est-ce qu’on peut s’attendre à voir un nouveau système tactique de la part des sélectionneurs, Gaëlle Mignot et David Ortiz?

Le projet est en construction depuis plusieurs années. Nous conservons les bases de notre jeu. Même si bien sûr, il y a des nouveautés à chaque Tournoi. On peaufine notre tactique, mais évidemment il y aura des nouveautés pour surprendre les adversaires sinon ce ne serait pas drôle (rire)!

Comment définir le jeu du XV de France féminin?

Notre pack est très mobile par rapport à celui des autres nations. Les avants se déplacent plus vite et jouent très bien ballon en main. On ne s’enferme pas dans un système. Avec le talent, on se sort de situations désespérées grâce à une inspiration, une passe magique... Cette équipe peut transformer une situation négative en positive. Sans oublier les gros placages et une énorme défense, ça c’est autre chose [rires].

Ce côté dynamiteur, avec et sans le ballon, représente bien votre style. Quel est le secret pour toujours avoir cette énergie?

Depuis que j’ai commencé le rugby avec les garçons, j'adore défendre. Je prends du plaisir à plaquer. Je n’ai pas un gabarit imposant (1m64 ; 64kg), la clé est le timing. Il faut mettre une dose d’énergie au bon moment que ce soit dans une course rentrante ou au plaquage. Choisir quand il faut accélérer et freiner. Toujours prendre l’adversaire de vitesse et gérer son énergie à chaque instant. Ce n’est pas évident quand on est petite alors il faut trouver des solutions. C’est mon moyen à moi de tirer mon épingle du jeu.

Une saison olympique en rugby

L’année dernière à Twickenham pour le Crunch, vous battez le record d’affluence pour un match de rugby féminin (58.498 spectateurs). Peut-on espérer faire tomber cette marque, un jour, en France?

Je pense que nous devons tendre vers ça. Nous sommes largement capables de le faire. A chaque fois, on remplit les stades, même si ils sont d'une capacité moindre. Avec de la communication et l’organisation d’un évènement majeur, nous pouvons le faire. En Angleterre, un an avant, on parlait déjà de ce match à Twickenham. C’est simplement une question d’organisation.

La Coupe du monde en France a suscité un énorme engouement, est-ce que les Bleues peuvent surfer dessus?

Une Coupe du monde chez nous, c’est exceptionnel qu'elle soit masculine ou féminine. Cet évènement a attiré un nouveau public et on doit prendre la vague. L’attrait peut aussi être pour le rugby féminin.

À l'approche des Jeux olympiques, on remarque que chez les femmes la liaison entre le 7 et le XV se fait beaucoup plus simplement que chez les hommes, mis à part Antoine Dupont. Comment expliquer cela?

Il y a clairement un parallèle entre les quinzistes et septistes chez les filles. Le passage se fait très facilement, il y a beaucoup de joueuses qui ont fait la dernière Coupe du monde et préparent maintenant le tournoi à 7 pour les Jeux. Ça se fait plus naturellement, car les filles se concentrent sur la sélection et jouent un peu avec leur club. Après pour Antoine Dupont, il n'y a aucun doute sur sa capacité à être bon dans la discipline. La clé est simplement d'avoir l’intelligence de jeu nécessaire et une bonne capacité d’adaptation.

Est-ce que le 7 peut vous attirer?

Je n’ai jamais eu de véritables opportunités d'évoluer dans la discipline. J’ai juste fait un tournoi à Dubai au début de ma carrière. Mais si jamais ils sont en manque de joueuses, je veux bien me proposer pour dépanner [rires]!

Le développement du rugby féminin

Vous êtes trois joueuses (avec Marine et Romane Ménager) à avoir découvert le haut niveau dans le Nord, à Villeneuve d’Ascq. On dit souvent que le Nord n’est pas une terre de rugby mais chez les filles, vous prouvez le contraire…

Oui, totalement. Nous avons été championnes de France en 2016, avec Villeneuve. Je pense que ce trophée est une preuve concrète que le rugby est bien là dans le Nord. J’ai vécu quatre années exceptionnelles au Stade villeneuvois, un club qui représente vraiment toutes les valeurs du rugby. Dans le même temps, j’ai pu faire mes études à Lille. Côté féminin, le rugby est bien ancré, côté masculin il y a l’OMR (4e division) qui construit un projet solide. Le seul hic finalement, c’est le climat pour attirer des sudistes.

View this post on Instagram

! 🐚🐪

A post shared by Viktorija Burakauskas (@toribur) on Jan 21, 2020 at 8:43am PST

Justement, le Stade villeneuvois a lancé une nouvelle initiative cette année. Le club a créé des "CDD sportifs", une première pour le Championnat de France. Est-ce que pour toi cela doit se généraliser?

C’est difficile... Mon club Blagnac, qui était en National, ne pouvait pas payer ses joueurs (dépôt de bilan). Les clubs qui ont de plus grosses structures ont les moyens financiers, mais ne les mettent pas forcément pour les féminines. Mais les CDD créés par le Stade villeneuvois sont un énorme pas en avant. Il faut pouvoir instaurer de plus en plus de professionnalisme dans les structures des clubs. Ca doit passer par des sponsors privés et des entreprises locales.

Pour attirer, il faut que les supporters témoignent de ce nouvel engouement autour du rugby…

Oui! Quand on voit l’évolution du football féminin qui attire de plus en plus de monde... Tout passe par ça. Notre championnat va simplifier sa formule la saison prochaine pour être plus simple à suivre. L’année prochaine, le format sera un top 10 (similaire au Top 14) avec 18 rencontres et un niveau plus resserré. Il faut enclencher un cycle en attirant plus de monde dans les stades pour capter des investisseurs et des médias. C’est tout un combat encore à mener.

Article original publié sur RMC Sport