Entre oubli et division mémorielle, 27 ans après, les plaies de Srebrenica toujours à vif

Entre oubli et division mémorielle, 27 ans après, les plaies de Srebrenica toujours à vif

Des milliers de personnes affluent ce lundi à Srebrenica aux commémorations du génocide, qui 27 ans après, n'a toujours pas été reconnu par la plupart des Serbes et leurs dirigeants dans une Bosnie divisée selon des lignes de fracture ethniques.

Les restes de 50 victimes identifiées du massacre, le pire en Europe depuis la Seconde guerre mondiale, seront enterrés à la mi-journée dans le cimetière d'un centre mémorial où reposent déjà 6671 victimes.

Environ 8000 hommes et adolescents musulmans de Srebrenica, localité de l'est du pays, avaient été tués en juillet 1995 par les forces serbes de Bosnie, un crime qualifié de génocide par la justice internationale.

Le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell et le commissaire à l'élargissement Oliver Varhelyi ont rendu hommage aux victimes à l'heure où l'invasion de l'Ukraine par la Russie a "ramené une guerre brutale sur notre continent".__"Il est plus que jamais de notre devoir de nous souvenir du génocide de Srebrenica" et "du besoin de défendre la paix, la dignité humaine et les valeurs universelles". "A Srebrenica, l'Europe a failli et nous sommes face à notre honte".

Ces dernières années, découvrir des restes squelettiques est devenu très rare alors que 1200 victimes sont toujours recherchées, selon l'Institut bosnien pour les personnes disparues.

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Des proches des disparus prient dans le cimetière de Potocari, situé à proximité de Srebrenica (Bosnie-Herzégovine) - ELVIS BARUKCIC/AFP or licensors

Des corps dispersés dans plusieurs fosses

Le processus d'identification est compliqué car durant les mois qui ont suivi le massacre, les victimes avaient été déterrées avec des bulldozers et déplacées vers d'autres charniers, afin de dissimuler les crimes.

Des obsèques collectives de personnes identifiées sont organisées tous les 11 juillet, date de la prise de l'enclave par les forces du général serbe bosnien Ratko Mladic, condamné depuis à la perpétuité par la justice internationale.

Les restes de l'une des victimes inhumée lundi ont été retrouvés éparpillés dans trois fosses communes, selon Amor Masovic, un expert légiste qui a participé aux exhumations de dizaines de charniers de la région de Srebrenica. Les dépouilles de la majorité des autres ont été découvertes dispersées dans deux fosses, a-t-il ajouté.

Division mémorielle

Mais plus d'un quart de siècle après le massacre, Ratko Mladic et Radovan Karadzic, l'ex-chef politique des Serbes de Bosnie également condamné à la perpétuité, font toujours figure de "héros" pour de nombreux Serbes. On trouve des portraits de Mladic sur beaucoup de murs de la Republika Srpska, l'entité serbe du pays qui comprend aussi une fédération croato-musulmane.

"Depuis 27 ans, ils nient la vérité"

Les responsables politiques des Serbes de Bosnie et de la Serbie voisine, comme une grande partie de la population serbe, refusent de considérer qu'il y a eu un génocide à Srebrenica lors de la guerre intercommunautaire qui fit environ 100 000 morts. Ils parlent plutôt d'un "grand crime".

"Nous nous battons depuis 27 ans pour la vérité et nous réclamons justice, mais depuis 27 ans ils nient la vérité, ils nient le génocide", déplore Munira Subasic, présidente de l'une des associations des femmes de Srebrenica.

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Munira Subasic, le 22 novembre 2017, devant le Tribunal pénal international (La Haye, Pays-Bas) - JOHN THYS/AFP or licensors

Un combat au féminin

Les femmes de Srebrenica joue un rôle crucial pour garder vivante la mémoire du massacre. Au cœur des commémorations, la conférence internationale "Héroïnes de Srebrenica" met en lumière ces habitantes qui, après avoir été chassées de leurs maisons et avoir vu leurs proches emmenés pour être tués, ont trouvé la force de se battre pour que justice soit rendue.

"Les femmes ont porté le plus grand fardeau de ce monde, en luttant pour la justice, pendant la guerre et après la guerre. Je dois être fière que nous ayons également réussi à élever nos enfants sans sentiments de haine ou de vengeance et je pense que les femmes du monde entier devraient prendre exemple sur nous", explique Munira Subasic.

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