Covid-19 : l'immunité collective impossible à atteindre ?

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Photo d'illustration / AFP

L'apparition du variant Delta, plus transmissible, rend encore plus difficile l'objectif d'immunité collective. Voire impossible...

Pour atteindre l'immunité collective, il "faudrait que 90% des plus de 12 ans soient vaccinés ou soient protégés parce qu'ils ont été infectés". Au rythme actuel de vaccination, cette immunité de groupe "est une possibilité pour le début de l'automne", a estimé Alain Fischer, le "Monsieur vaccin" du gouvernement sur RTL.

Un objectif maintes fois répété, et qui sonne comme le but ultime afin de mettre l'épidémie de Covid-19 derrière nous. Mais cet avis du professeur Fischer et le but d'immunité collective ne fait pas l'unanimité dans la communauté scientifique, certains estimant qu'il est impossible de l'atteindre avec le SARS-COV-2.

L'immunité dépend de la transmissibilité du virus

L'immunité collective, rappelle l'institut Pasteur sur son site, c'est le "pourcentage d’une population qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population va transmettre le pathogène à moins d’une personne en moyenne, amenant de fait l’épidémie à l’extinction, car le pathogène rencontre trop de sujets protégés". 

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Un pourcentage qui dépend donc notamment de la transmissibilité de la maladie. Aujourd'hui, on estime que le variant Delta est 60% plus contagieux que le variant britannique (Alpha), lui-même 60% plus contagieux que la souche d'origine, qui a frappé l'Europe en mars 2020. Avec des variants de plus en plus contagieux, ce pourcentage à atteindre est devenu de plus en plus élevé, pour être aujourd'hui estimé à 90% de la population.

98% de la population à vacciner pour l'immunité face au variant Delta ? 

Adam Kucharski, mathématicien et épidémiologiste britannique à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, a tenté de calculer le pourcentage de la population à protéger pour atteindre l'immunité collective, avec les données actuelles.

"Dans le scénario où R (le nombre de personnes qu'un malade va contaminer, ndlr) est 6, ce qui est plausible pour le variant Delta dans les populations sans aucune restriction, et où la vaccination réduit la transmission de 85%, alors il faudrait vacciner 98% de la population", écrit-il. Un chiffre impossible à atteindre.

L'épidémie pourrait ne pas être contenue avec uniquement les vaccins

Mais "si la réduction de la transmission est inférieure à cela (ce qui est probablement le cas pour certains vaccins contre Delta), ou le R plus élevé, alors l'immunité collective ne serait pas réalisable grâce aux seuls vaccins actuels", poursuit-il, expliquant qu'il y aurait alors trois possibilités : soit maintenir certaines mesures de contrôle en place indéfiniment, soit préparer la vague de contamination qui aura lieu à la fin des mesures, soit mettre à jour ce qui sont déjà de très bons vaccins pour être encore plus efficaces".

Ce calcul avec un taux de reproduction (R) plus élevé a été mené par Nacho de Blas, épidémiologiste de l'université de Saragosse. En prenant les différentes données établies pour le variant Delta et les vaccins, prenant les plus favorables et les plus pessimistes, il estime que l'immunité naturelle est atteinte entre 79% et 99% de la population vaccinée, alors que ce seuil n'était que de 60% à 70% avec la souche d'origine, moins contagieuse.

Les vaccins très utiles, mais pas suffisant pour contenir l'épidémie

Le même calcul, avec les données les moins favorables pour l'instant, c'est-à-dire une efficacité vaccinale entre 39-64% et un R entre 4 et 8 donnerait une immunité collective impossible à atteindre avec les seuls vaccins actuels. "Ce scénario pessimiste serait celui auquel nous serions confrontés à l'heure actuelle. L'épidémie ne peut être contenue uniquement avec ces vaccins, bien qu'ils soient très utiles pour réduire considérablement l'impact du virus sur la santé des personnes infectées", conclut-il.

D'autres éléments montrent que l'immunité collective risque d'être difficile à atteindre, car plusieurs conditions sont à remplir.

Des conditions impossibles à atteindre ?

"Tout d'abord l'immunité acquise doit être stérilisante", écrit le biologiste Claude-Alexandre Gustave sur Twitter, c'est-à-dire qu'une personne malade ne peut plus être ni contaminante, ni contaminée. Ainsi, dans le modèle d'immunité collective, cette personne est "retirée" de la population exposée à la maladie.

Sauf que si la vaccination contre le Covid-19 entraine une diminution de la transmission du virus dans des proportions encore inconnues et qui évoluent selon le variant, elle n'empêche pas totalement la transmission du virus, comme l'ont démontré plusieurs études.

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Autre condition pour espérer atteindre l'immunité collective, que le virus "ne soit pas capable d'échapper à l'immunité acquise", poursuit le biologiste Claude-Alexandre Gustave, "ce qui implique deux conditions : l'immunité doit être pérenne et ne pas s'atténuer avec le temps, et le virus ne doit pas subir de dérive antigénique" comme l'échappement immunitaire.

Les variants, un problème sans fin ?

Or, l'immunité après une infection semble diminuer au bout de plusieurs mois, et l'immunité acquise grâce au vaccin diminue avec le temps notamment chez les personnes les plus fragiles, d'où la nécessité d'une troisième dose, déjà évoquée dans plusieurs pays dont l'Allemagne et Israël.

La deuxième condition semble également difficile à remplir puisqu'on a relevé l'apparition de nombreux variants depuis le début de l'épidémie, qui entrainent une résistance partielle aux vaccins et un risque de réinfection, voire plus contagieux les uns que les autres.

En Islande, la vaccination n'a pas permis l'immunité collective

Le mirage de l'immunité collective semble avoir touché l'Islande, pays modèle en terme de vaccination avec près de 75% de la population totalement vaccinée. L'épidémiologiste en chef estime que la vaccination n'a pas permis l'immunité collective attendue par les experts. "Ce qui s'est passé au cours des deux ou trois dernières semaines, c'est que le variant Delta a pris le dessus en Islande. Et il apparaît que les personnes vaccinées peuvent facilement la contracter et la transmettre à d'autres, et propager l'infection", a notamment déclaré Þórólfur Guðnason, rapporte IcelandReview, alors que l'île enregistre un rebond épidémique.

Si l'immunité collective n'est pas atteinte, cela ne signifie pas pour autant que la vaccination est inutile. Au contraire, même si elle ne permet pas l'immunité collective, elle permet de limiter la circulation du virus et d'empêcher les formes graves liées au Covid.

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