"Tenir 4 à 6 semaines" : comment Emmanuel Macron s'est trompé il y a un mois

Matthieu Brandely
·4 min de lecture
Emmanuel Macron, le 25 février 2021.

Un objectif qui était impossible à atteindre dès qu'il a été prononcé, selon plusieurs scientifiques.

"Tenir encore 4 à 6 semaines". Le 1er mars dernier, Emmanuel Macron exhortait les Français à tenir encore avant un assouplissement des restrictions prises pour lutter contre le Covid-19. Quatre semaines plus tard, la situation sanitaire s'est fortement dégradée.

On recense 794 000 cas recensés de Covid supplémentaires depuis le 1er mars, 4974 lits de réanimation sont aujourd'hui occupés par des patients Covid contre 3544 le 1er mars, et plus 8 000 victimes supplémentaires du Covid sont à déplorer, selon les chiffres officiels.

"Ça n'avait aucune chance d'avoir lieu"

Alors qu'Emmanuel Macron évoquait un assouplissement des mesures au terme de 4 à 6 semaines, soit au plus tard d'ici à la mi-avril, la tendance est plutôt à un durcissement des mesures voire à un confinement strict, alors que la président pourrait s'exprimer dans les prochains jours.

"Je ne comprends pas sur quoi Emmanuel Macron s'est basé pour laisser entendre que la situation allait s'améliorer au bout de 4 à 6 semaines à tenir avant d'assouplir les mesures. Ça n'avait aucune chance d'avoir lieu avec les mesures qui étaient en vigueur au 1er mars", s'interroge l'épidémiologiste Catherine Hill.

VIDÉO - Covid : Macron demande de "tenir" encore "4 à 6 semaines" avant des assouplissements

"La situation ne pouvait que se détériorer avec de telles mesures"

Au 1er mars, l'ensemble du pays était soumis à un couvre-feu à 18 heures. En revanche, il n'existait aucune restriction de déplacement en journée et l'ensemble des commerces était ouvert, à l'exception des restaurants, bars, boites de nuit et salles de sport. Deux tiers des lycées fonctionnaient en demie jauge, un dispositif depuis étendu à tous les établissements de départements "reconfinés" et le télétravail obligatoire avait été allégé.

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"Avec de telles mesures, la situation ne pouvait que se détériorer. Si le 1er mars Emmanuel Macron avait accompagné l'objectif de 4 à 6 semaines d'efforts d'un confinement strict, on aurait certainement pu assouplir les mesures au bout de cette échéance, voire avant", estime de son côté Michaël Rochoy, docteur en épidémiologie.

"Il fallait agir dès janvier pour un printemps avec moins de restrictions"

Dès la fin janvier, plusieurs épidémiologistes alertaient sur une situation très compliquée dans les hôpitaux à partir de la mi-mars, en raison de l'impact grandissant du variant britannique, si aucune mesure supplémentaire n'était prise.

"Pour avoir un printemps plus acceptable en terme de restrictions, il fallait agir beaucoup plus tôt, dès janvier, en confinant strictement et en testant massivement la population pour trouver toutes les personnes positives et les isoler. Aujourd’hui, on teste n'importe qui, n'importe comment", déplore Catherine Hill

"On a proposé des mesures, mais rien n'a été fait"

Un confinement strict qui aurait même pu être évité, en agissant plus en amont. "Il y avait des leviers à actionner dès janvier, qui auraient pu suffire à éviter la situation actuelle : fusionner les vacances scolaires d'hiver des zones en un seul bloc de quatre semaines, le télétravail massif, un protocole renforcé dans les cantines scolaires et d'entreprise, la fermeture des classes dès le 1er cas au lieu d'attendre 3 cas. On a proposé des mesures, mais rien n'a été fait", regrette Michaël Rochoy, également membre du collectif Du côté de la science.

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"Au lieu de prendre ces mesures pour éviter un confinement, on a même allégé le télétravail", rappelle le docteur en épidémiologie. Le 7 janvier Elizabeth Borne mettait en place un "léger assouplissement" du télétravail en permettant aux salariés qui le souhaitent de revenir un jour par semaine en présentiel. Une mesure qui inquiétait déjà les médecins lorsqu'elle avait été annoncée. Selon une étude de l'institut Pasteur, mise à jour en mars et citée par Jean Castex, 27% des contaminations détectées ont lieu au travail, contre 29% en décembre dernier.

Le confinement semble devenu inévitable

Emmanuel Macron pourrait prendre la parole dans les prochains jours selon plusieurs médias, qui citent des conseillers du président. "Si Emmanuel Macron annonce de nouveau 4 à 6 semaines d'efforts avant un assouplissement des mesures, avec un confinement strict, il faudra revoir certains points pour que la mesure soit pleinement efficace. Si les écoles sont fermées, il faudra revoir la liste des commerces jugés essentiels pour y limiter le brassage car elle est beaucoup plus large aujourd’hui", estime Michaël Rochoy, qui juge un confinement strict indispensable pour maîtriser rapidement la situation.

Lors du confinement strict du printemps 2020, qui s'était accompagné d'une fermeture des écoles, certains établissements étaient restés ouverts pour accueillir les enfants dont les parents occupaient une profession jugée essentielle et n'ayant pas de possibilité de garde (principalement des enfants de soignants). Aujourd'hui, les fleuristes, les jardineries, les magasins de bricolage les cordonneries, les coiffeurs et les chocolatiers notamment sont désormais considérés essentiels.

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