“On va mourir ici” : l'enfer du confinement en logement insalubre

Humidité, punaises de lit, froid, manque de luminosité... le confinement dans un logement insalubre peut rapidement tourner au cauchemar et avoir des conséquences sur la santé.

La France est confinée depuis le 17 mars et va le rester au minimum jusque mi-avril. Cette situation est bien plus difficile pour ceux qui vivent dans un logement insalubre. Elle peut même avoir des conséquences sur la santé.

Si se plaindre du confinement est déjà devenu un sport national, certains ont beaucoup moins de chance que d’autres. C’est notamment le cas des personnes vivant dans un logement insalubre. Humidité, manque de lumière, exposition à des résidus de plomb ou d’amiante, mais aussi rats et punaises de lit... habiter dans un tel lieu est déjà compliqué en temps normal, mais y être enfermé 24h/24 peut même devenir dangereux.

Selon les chiffres de la Fondation Abbé Pierre, la France compterait 600 000 logements insalubres, ce qui concernerait 900 000 à 1,3 millions de personnes. Parmi elles, Sarah* et ses trois enfants de 8, 6 et 4 ans. Cette famille vit dans un appartement de 22 mètres carrés qui cumule les problèmes, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

Les enfants “toujours malades”

Humidité, punaises de lit depuis deux ans, rats... les conditions y sont difficiles. La mère de famille a même dû se débarrasser du canapé et des sommiers pour lutter contre les insectes, en vain. Résultat, non seulement les punaises sont encore là, mais Sarah et ses enfants posent leurs matelas à même le sol et s’assoient par terre. Ses demandes d’aide pour en finir avec les nuisibles n’ont jusqu’ici trouvé que des refus. Une situation très difficile à vivre durant ce confinement, où les enfants sont toute la journée au domicile au lieu d’être à l’école.

“Le danger avec les punaises de lit, c’est que les piqûres peuvent s’infecter”, nous décrit le docteur Pierre Martin, médecin généraliste en banlieue toulousaine. Un risque accru chez les enfants, qu’il est plus difficile de “raisonner pour qu’ils ne se grattent pas”.

Sarah doit aussi composer avec l’humidité, qui se ressent particulièrement en cette période de confinement. “C’est trop difficile, on va mourir ici” souffle-t-elle. Son fils de 6 ans est asthmatique, elle et ses enfants “toujours malades”.

Humidité et coronavirus, la “double peine”

Un problème que connaît aussi Margarida. “Tout à l’heure, je commençais à avoir mal aux bronches. Je pense que c’est le fait d’être enfermée dans la maison toute la journée”, nous confiait-elle au téléphone. Cette trentenaire vit à Toulouse avec sa fille de 4 ans et son compagnon dans un appartement bourré d’humidité. “On récupère 7 litres d’eau en deux heures dans le déshumidificateur”, explique-t-elle. Résultats, “on a des grosses tâches noires, le papier peint se décolle, les murs se défont”, nous décrit cette mère de famille, dont la fille a “des problèmes de bronches depuis qu’elle est née”.

“L’humidité entraîne des moisissures, auxquelles certaines personnes sont allergiques, et ces allergies entraînent des pathologies”, décrit le docteur Martin, à savoir “de l’asthme mais aussi des problèmes pulmonaires”. Et pendant le confinement, le temps passé chez soi est décuplé. Or, “plus on est exposé aux moisissures, plus on risque de développer des pathologies liées aux allergies” poursuit-il.

Sans oublier que le risque est double avec le nouveau coronavirus, qui peut lui aussi causer des atteintes pulmonaires. “Si on confine des personnes atteintes du Covid-19 chez elles, où il y a des problèmes d’humidité, elles vont en parallèle aggraver leurs problèmes respiratoires liés aux moisissures. C’est la double peine”, regrette le médecin.

Froid et manque de lumière, des risques pour tous

Badreddine, lui aussi habitant de Toulouse, doit composer avec le froid en plus de l’humidité. Dans l’appartement de 35 mètres carrés qu’il occupe avec sa femmes et leurs filles de deux ans et demi et six mois, il y a “des fuites partout, les fenêtres ferment mal”. L’aînée “est toujours malade”, nous décrit le père de famille, “le mois dernier, elle a dû aller aux urgences, elle est restés à l’hôpital pendant deux jours”, raconte-t-il. En cause, selon les médecins : le froid.

Le confinement dans un logement insalubre peut avoir d’autres conséquences sur la santé. Le manque de lumière peut, par exemple, “avoir un impact immédiat, de l’ordre de la dépression”. “Les enfants peuvent être plus sensibles à ces répercussions psychologiques”, précise le docteur Pierre Martin. À très long terme, il peut également y avoir un impact sur la production de vitamine D.

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Dans certains logements, ll existe également des “risques de toxicité avec l’exposition au plomb ou à l’amiante”, et notamment le saturnisme dans le premier cas, ajoute le médecin généraliste, même si la contamination se fait à plus long terme.

Le cumul des problèmes

“Le principe du confinement peut être bon sur le papier, mais il y a des situations où on cumule les problèmes. Dans les logements insalubres, c’est vraiment le cas”, conclut le docteur Martin.

Face à ces risques, l’association Droit au logement demande la réquisition des logements vacants et des appartements de location touristiques pour les sans-logis, les très mal logés et les victimes de violence, ainsi que la suspension des loyers, des factures d'énergie, d'eau, de téléphone et d'internet, et le rétablissement renforcé des APL.

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