Retrait des troupes d'Irak : quels sont les risques ?

La France, comme d'autres pays, a décidé de retirer ses troupes d'Irak en raison du coronavirus.

Pour concentrer ses forces dans la lutte contre le coronavirus, la France, comme d’autres pays, a décidé de retirer ses troupes d’Irak. Mais cela pourrait avoir des conséquences.

Afin d’être au maximum mobilisée dans la lutte contre le Covid-19, la France a décidé de retirer ses troupes d’Irak. Le rapatriement des quelque 200 soldats de l’opération Chammal démarre ce jeudi 26 mars, comme l’a annoncé auprès de l’AFP le porte-parole de l’état-major français, le colonel Frédéric Barbry.

La formation à l’arrêt

“Pour prévenir une propagation du Covid-19, l’armée irakienne a suspendu tout entraînement. Par conséquent, la coalition va rapatrier certaines des troupes dédiées à la formation”, expliquait de son côté, dès le 20 mars, le commandement central de l’armée américaine.

Les soldats Français répondent justement à cette description. Leur mission consiste à “accompagner les Irakiens dans l’entraînement, la formation”, nous confirme Adel Bakawan, directeur du Centre de Sociologie de l’Irak et membre de l’iReMMO (Institut de recherches et d’études Méditerranée Moyen-Orient). Ils offrent aussi un “soutien aérien et logistique” et interviennent parfois pour apaiser certains conflits et rapports de forces entre différents acteurs “comme les milices chiites, les Peshmerga kurdes ou encore les tribus sunnites”, complète le sociologue.

Le retour de l’EI ?

S’il aura forcément un impact localement, ce retrait pourrait, plus largement, avoir des conséquences sur “les intérêts de la France dans la région”, nous décrit celui qui est également chercheur associé à l’IFRI (Institut Français des relations internationales). Des diplomates sans soldats ont plus de mal à imposer leurs idées dans les rapports de force. Comme le précise le site France diplomatie, des entreprises très diverses sont installées en Irak - de Total à Alstom en passant par Lafarge et Sanofi.

L’autre conséquence est en lien direct avec la mission première de la Coalition internationale. Le retrait de la France et d’autres pays - le Royaume-Uni et la République Tchèque notamment - pourrait conduire à “l’accélération du retour de l’État islamique en Irak”, met en garde Adel Bakawan.

Le retrait français risque également d’avoir un impact sur la vie des Irakiens, en faisant courir le risque d’une aggravation de certains conflits internes, mais aussi en laissant toute la place à la République islamique d’Iran.

Un retrait “a priori temporaire”

D’après l’état major français, le retrait des militaires est “a priori temporaire”. “Je pense qu’il est peu probable que les pays occidentaux renvoient encore une fois leurs troupes sur le sol Irakien”, estime le sociologue, d’autant que le pays “est devenu secondaire dans les stratégies” internationales.

Sauf si un “événement majeur” imposait un retour, nuance le spécialiste. Ce fut le cas pour les États-Unis en 2014. En 2011, Barack Obama avait décidé d’un replis total, mais les soldats américains ont finalement été redéployés avec la mise en place de la Coalition internationale pour lutter contre Daesh. Si l’État islamique ou Al-Qaïda reprenaient trop de force, ou qu’une guerre civile menaçait d’éclater par exemple, les occidentaux pourraient envisager un retour “qui s’imposerait malgré eux”, analyse Adel Bakawan.

Pour l’heure, le choix a été fait de donner la priorité à la lutte contre la pandémie de coronavirus.

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