Pourquoi, pour certains Américains, le confinement s'apparente-t-il au communisme ?

Aux États-Unis, certains habitants ne veulent plus du confinement imposé, qu'ils associent au communisme.

Le coronavirus frappe durement les États-Unis, et un confinement plus ou moins strict a été imposé dans plusieurs États. Ce qui déplaît à une partie des habitants, pour qui la liberté individuelle passe avant tout.

Les États-Unis sont durement frappés par le nouveau coronavirus, qui a déjà fait plus de 42 000 morts dans le pays. Pourtant, depuis le 15 avril, des manifestations ont lieu dans différents États. La revendication ? Lever le confinement obligatoire, au nom de la liberté individuelle.

Ce principe est fondamental de l’autre côté de l’Atlantique, en raison de l’histoire du pays. “La Constitution est basée sur les libertés individuelles”, rappelle Jean-Éric Branaa, maître de conférence à l’université Paris 2 et auteur de Rien ne sera plus comme avant - L’Amérique au temps du coronavirus. À l’époque de sa rédaction, le pays “venait de se débarrasser d’un roi, il ne voulait pas d’un exécutif qui ait des pouvoirs très étendus”, poursuit-il.

L’impression de liberté bafouée

Résultat, aujourd’hui encore, “la liberté prime sur la santé, elle est au-dessus de tout, c’est vraiment très important aux États-Unis”, nous précise le spécialiste. Voilà pourquoi la mise en place du confinement est remise en cause par certains. Jusqu’à être comparée à une idée propre au communisme. “Une partie des Américains s’est dit : si le confinement est possible en Chine, il n’est pas possible chez nous, notre gouvernement n’a pas ce pouvoir. Il devrait juste nous donner des recommandations et nous laisser décider”, rapporte Jean-Éric Branaa.

La situation est d’autant plus particulière que Donald Trump n’a pas voulu prendre lui-même de mesures de confinement à l’échelle fédérale. Il a bien déclenché l’état d’urgence, le 13 mars, mais aucune forme de quarantaine. Alors, face au nombre grandissant de cas de coronavirus, notamment dans les États les plus peuplés, les gouverneurs ont pris eux-mêmes la décision d’établir un confinement plus ou moins strict. Or, leur autorité en la matière est contestée. “Les manifestations actuelles sont guidées par la colère d’Américains qui ne reconnaissent pas aux gouverneurs le droit de les enfermer chez eux”, nous explique Jean-Éric Branaa.

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Une décision fédérale possible, mais pas appliquée

À l’inverse des gouverneurs, “Donald Trump a le pouvoir, en tant que président fédéral, de prendre la main sur l'ensemble du pays pour gérer une crise telle que celle du Covid-19”, poursuit le spécialiste. Pour le maître de conférence, si la décision était venue du chef de l’État, elle aurait été, dans l’ensemble, mieux accueillie, même si une partie des républicains serait restée hostile. Notamment les Libertariens (l’extrême droite américaine) menés par le sénateur Rand Paul, qui sont les principaux manifestants actuels. “C’est ce groupe qui soutient le plus Donald Trump, c’est là qu’on trouve les évangélistes, les Trumpistes les plus fervents”, énumère le spécialiste. Et ce sont eux qui sont le moins favorables à une intervention de l’État dans la vie des citoyens.

Outre la volonté - propre à une partie des Républicains - d’un gouvernement fédéral aussi faible que possible pour que les libertés individuelles priment, les manifestants anti-confinement ont une autre revendication : le besoin d’une reprise de l’économie.

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Il faut dire que le problème du chômage est encore plus difficile à gérer outre-Atlantique que chez nous. Les allocations sont très basses, elles ne sont distribuées que durant six mois, et la perte du travail s’accompagne généralement de la perte d’assurance maladie, comme nous le rappelle Jean-Éric Branaa. De quoi décider une partie des citoyens à aller dans la rue - ou en voiture, pour des opérations escargot - afin de réclamer la fin du confinement.

Ces idéaux sont tout de même minoritaires. Selon un sondage du Pew Research Center dévoilé le16 avril, 66 % des Américains s’inquiètent de voir le confinement être levé “trop tôt”, comme le rapporte Le Monde. Donald Trump ne fait visiblement pas partie de cette majorité, puisqu’il a encouragé sur Twitter plusieurs États à se “libérer”.

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