Coronavirus : mesures tardives et sanctions économiques, la situation catastrophique de l'Iran

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L'Iran est durement frappée par le nouveau coronavirus. En cause, des tensions internes et des difficultés liées aux sanctions imposées par les États-Unis.
L'Iran est durement frappée par le nouveau coronavirus. En cause, des tensions internes et des difficultés liées aux sanctions imposées par les États-Unis.

Le coronavirus frappe très fort l’Iran, où le nombre de morts dépasse officiellement les 3 000. Outre des tensions internes, les sanctions imposées par les États-Unis enfoncent le pays dans une crise sanitaire dramatique.

L’Iran est très durement touchée par le nouveau coronavirus. Selon les derniers chiffres officiels, en date du 3 avril, 53 183 personnes souffriraient du Covid-19 et 3 294 en seraient mortes. Un bilan qui pourrait bien être minimisé. Selon les estimations du Conseil national de la résistance iranienne - opposé au gouvernement - rapportées par le site The Media Express, le nombre de décès aurait dépassé les 13 000.

Même si ces chiffres n’ont rien d’officiel, les prédictions pour le pays sont tout de même alarmantes. Le 31 mars, Afruz Eslami, médecin et journaliste, a fait part des projections élaborées par l’Université de technologie Sharif de Téhéran à la télévision d’État, comme le rapporte Ouest France. Dans le meilleur des cas, si les consignes d’éloignement social sont respectées, au moins 120 000 personnes pourraient être infectées et 12 000 seraient tuées. La pire des hypothèses table, elle, sur 3,5 millions de décès.

Des désaccords internes

Si le pays est si durement frappé, c’est en partie dû à des lenteurs en début de crise. L’épidémie a d’abord été cachée avant que le régime ne l’évoque finalement le 19 février, comme le rappelle Ouest France.

Mais les mesures pour endiguer le fléau ont ensuite tardé. À la fin mois de février, seules certaines écoles et universités du pays ont fermé. Le 25 mars, les déplacements entre les villes ont été interdits et les habitants invités à rester chez eux sans qu’un confinement officiel ne soit mis en place. Depuis le début du mois d’avril, les parcs et les jardins publics sont fermés et leurs accès surveillés par l’armée.

Des tensions au sein du régime islamique seraient la cause de cette lenteur décisionnelle. La fermeture des lieux de cultes et de pèlerinage faisant notamment des réfractaires, comme l’explique France Inter.

Les sanctions américaines au coeur de la crise

Outre les désaccords internes, c’est la situation géopolitique internationale qui risque d’alourdir fortement le bilan de l’Iran. Car le pays est sous le coup de sanctions américaines qui rendent bien compliqué l’acheminement de matériel médical. Pour rappel, en 2018, Donald Trump s’était retiré de manière unilatérale de l’accord international sur le nucléaire iranien et avait rétabli des sanctions sévères, à commencer par l’embargo contre de nombreuses entreprises. Elles se sont encore durcies ces derniers mois, avec la montée des tensions entre les deux nations.

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Le président des États-Unis avait aussi imposé des sanctions économiques reposant sur le principe d’extraterritorialité. “Si vous faites du commerce avec un pays sous sanction américaine, vous ne pouvez plus en faire avec les États-Unis ni dans la zone dollar, sous peine de vous retrouver face à la justice”, nous expliquait Christian Lequesne, professeur de sciences politiques au Ceri (Centre de recherches internationales) Sciences Po dans un précédent article. “Les entreprises ne vont donc pas prendre le risque de perdre le marché américain”, poursuivait-il.

Le 18 mars dernier, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, suppliait la communauté internationale de faire lever ces sanctions qui rendent “virtuellement impossible” l’achat de médicament et de matériel médical.

L’UE contourne la règle

Pour contourner ce problème, l’Union Européenne a mis en place un système de troc, appelé Instex. Il vient d’être utilisé pour la première fois. La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont envoyé à l’Iran du matériel médical d’urgence à hauteur de 500 000 euros, le 31 mars, comme le rapporte France inter.

Mais c’est loin d’être suffisant et de nombreuses voix demandent la levée temporaire - ou du moins l’allègement - des sanctions, y compris de l’autre côté de l’Atlantique. C’est par exemple le cas de Bernie Sanders et de Joe Biden, les deux candidats aux primaires démocrates. Donald Trump n’en a pour l’instant pas l’intention. Ce qui risque d’enfoncer un peu plus l’Iran dans la crise sanitaire.

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