Tensions Iran / États-Unis : que peut faire la France ?

Dans les tensions entre les États-Unis et l'Iran, Emmanuel Macron veut jouer le rôle du médiateur, même s'il semble plutôt soutenir Donald Trump.

La tension monte entre l’Iran et les États-Unis, même si les deux pays affirment vouloir éviter une guerre. Entre les deux, la France et l’Union Européenne essaient de jouer les médiateurs, sans vraiment convaincre. 

La tension monte depuis une semaine entre l’Iran et les États-Unis. Le 2 janvier dernier, Donald Trump a autorisé l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani, chef des forces spéciales des gardiens de la révolution. Ont suivi des menaces de vengeance de la part des Iraniens et des tirs de roquette sur des bases américaines situées en Irak.

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump s’est fendu de nombreux tweets, assurant avoir “les militaires les plus puissants et les mieux équipés du monde”, avant de tenir une conférence de presse dans laquelle il a annoncé durcir les sanctions contre l’Iran. Dans cette même allocution, le président américain a exhorté les Européens à agir plus vivement.

L’UE hésitante

Mais depuis le début des tensions, ils sont restés plutôt discrets, se contentant de prôner “une désescalade” de la violence. Le président du Conseil  européen, Charles Michel, a également demandé au président Hassan Rohani d’éviter tout “acte irréversible”, comme le rapporte La Libre.be. “C’est juste, certes, mais ça ne sert à rien”, critique Didier Billion, le directeur adjoint de l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques). Pour lui, “l’UE est dans une léthargie intellectuelle”.

Marc Finaud, ancien diplomate français désormais conseiller au Centre de politique de sécurité de Genève, constate que les européens sont “hésitants. Ils ont peur de prendre parti”, ils essayent “d’apparaître comme médiateur”. Résultat : ils ont été très peu critiques à l’égard des États-Unis, “afin de se mettre l’administration Trump dans la poche” et en même temps, ils sont plus sévères à l’égard de l’Iran “sans pour autant se couper complètement du pays”, détaille le spécialiste.

Une situation complexe

Il faut dire que, dans ce conflit, l’Union Européenne se retrouve entre le marteau et l’enclume. “Il ne faut pas oublier qu’elle est dans l’OTAN, [avec les États-Unis, entre autres, ndlr], dans le ‘camps’ occidental”, nous rappelle Christian Lequesne, professeur de sciences politiques au Ceri (Centre de recherches internationales) Sciences Po. “Et en même temps, elle essaie de montrer aux Iraniens qu’elle ne partage pas les positions de Trump”, poursuit-il.

D’un autre côté, “les pays européens ne veulent pas donner l’impression qu’ils exonèrent l’Iran de ses actions passées”, précise de son côté Marc Finaud. “Certes, le pays a été actif dans la lutte contre Daesh, mais il a aussi soutenu Bachar el-Assad et le Hezbollah… ce qui implique des menaces pour la coalition internationale”, poursuit l’ancien diplomate.

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Dans le même temps, les pays européens subissent les sanctions que les Américains imposent à l’Iran, car elles sont régies par le principe d’extraterritorialité. “Si vous faites du commerce avec un pays sous sanction américaine, vous ne pouvez plus en faire avec les États-Unis ni dans la zone dollar, sous peine de se retrouver face à la justice”, nous explique le professeurs de sciences politiques. “Les entreprises ne vont donc pas prendre le risque de perdre le marché américain”, poursuit-il. Résultat, même si “formellement” les Européens ne veulent pas sanctionner l’Iran, dans les faits, c’est le cas. 

Protéger les accords sur le nucléaire

Si l’Union Européenne est à ce point prudente, c’est aussi parce qu’elle souhaite sauver les accords sur le nucléaire iranien. “C’est leur bébé”, rappelle Marc Finaud.

“Ils n’ont pu que critiquer” lorsque l’Iran a cessé d’appliquer certains engagements, en mai 2019, mais en même temps, pour les pays européens, l’accord est “la seule solution”. Le président du Conseil européen, Charles Michel, en a d’ailleurs rappelé l’importance dans son communiqué du 9 janvier. Mais pour “le préserver”, ils doivent réussi à convaincre Donald Trump de “lever les sanctions” contre l’Iran, achève l’ancien diplomate français.

Cette situation délicate ne peut pas empêcher l’Union Européenne de penser à ses intérêts sécuritaires. La diplomatie doit permettre de “contenir les effets négatifs de cette situation au niveau de la sécurité sur le terrain international mais aussi du terrorisme”, dévoile Christian Lequesne.

Macron aligné sur Trump ?

De son côté, dès le meurtre du général Soleimani, Emmanuel Macron a publié un communiqué dans lequel il appelle l’Iran à s’abstenir “de toute mesure d’escalade militaire susceptible d’aggraver encore l’instabilité régionale”, sans critiquer la décision de Donald Trump.

“C’est un signe d’alignement avec les États-Unis”, estime Didier Billion. “Le président de la République française a beau essayé de se présenter en médiateur, il s’est en fait aligné complètement sur la pire position américaine”, poursuit-il. Il rappelle que, pourtant, lors du G7 de Biarritz, Emmanuel Macron avait réussi à faire venir le ministre des Affaires étrangères iranien, tentant ainsi de jouer un rôle diplomatique. “Mais tout ça a fait pschitt ces derniers jours”, constate le directeur adjoint de l’Iris.

Pour Christian Lequesne, “tout l’enjeu de la diplomatie française, c’est de jouer un jeu modéré et de faire en sorte que les Iraniens le comprennent”. D’autant que deux chercheurs Français sont actuellement retenus dans le pays. “Cette situation exige de la prudence, des discussions confidentielles et donc d’éviter de lancer des attaques trop frontales”, précise de son côté Marc Finaud.

Pour l’heure, l’escalade de la violence semble avoir été mise sur pause, l’Iran et les États-Unis assurant tous deux vouloir éviter une guerre.

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