Coronavirus : des évènements "super-propagateurs" à l'origine de la pandémie ?

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Selon une étude, la contamination au Covid-19 est largement favorisée en lieux clos, densément peuplés et peu ventilés. Ce qui expliquerait par exemple le nombre élevé de cas dans les abattoirs.

Des événements “super-propagateurs” à l’origine de la majorité des contaminations au coronavirus ? C’est ce que suggère une étude publiée dans Science Mag. Ces évènements, comme le rassemblement évangélique de Mulhouse par exemple, se déroulent toujours dans des conditions similaires : des lieux clos, à forte densité et avec une mauvaise ventilation. Et très rarement en extérieur.

L’étude prend différents exemples, comme une chorale réunie aux États-Unis durant pendant 2h30. Sur les 61 personnes, seule l’une d’elles était atteinte du Covid-19, sans le savoir. 53 membres de cette chorale ont été contaminées.

Salles de concerts, restaurants, abattoirs...

L’étude cite également le cas de dortoirs pour travailleurs migrants à Singapour, de salles de concerts au Japon ou encore d’abattoirs ou de restaurants. Des évènements considérés comme “super-propagateurs”, qui ont tous eu lieu dans les mêmes conditions.

Une hypothèse qui expliquerait le cas de la Corée du Sud. Après le déconfinement, un malade du Covid-19 est allé en boîte de nuit. Plus de 170 cas parmi ses contacts ont été testés positifs au coronavirus, faisant craindre une deuxième vague dans le pays.

Suite à ces constatations, les auteurs de l’étude estiment que cela peut permettre aux autorités de définir quels sont les évènements “super-propagateurs” et d’affiner la politique de déconfinement, en autorisant certaines activités extérieures, et en maintenant d’autres interdites.

Chanter pourrait aggraver la contagion

Le comportement des individus pourrait également avoir un effet sur sa contagiosité, au-delà d’un lavage fréquent des mains. Un individu qui chante libère davantage de particules que lorsqu’il parle, ce qui pourrait expliquer le risque des chorales, des concerts et des boîtes de nuit.

Même constat sur des cas plus importants lors de cours de zumba que de pilates. “Peut-être qu'une respiration lente et douce n'est pas un facteur de risque, mais une respiration et des cris lourds, profonds ou rapides le sont”, envisage Gwenan Knight  et ses collègues de la London School of Hygiene & Tropical Medicine (LSHTM).

“10% des cas conduisent à 80% de la propagation”

Jamie Lloyd-Smith de l'Université de Californie à Los Angeles, estime que “la plupart des malades ne transmettent pas le coronavirus”. Il pointe du doigt la trop grande attention accordée à l’indicateur R0, qui définit le nombre de personnes qu’un malade peut contaminer. Pour lui, ce chiffre est une moyenne qui ne prend pas en compte les différences de contagion entre les malades et leurs comportements.

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Comme d’autres scientifiques, il attire l’attention sur un autre indicateur : le “k” , qui représente le facteur de dispersion du coronavirus. Cet indicateur mesure la quantité de clusters de la maladie. Plus “k” est faible, plus la transmission provient d'un petit nombre de personnes. Selon Adam Kucharski de LSHTM le “k” pour le Covid-19 est évalué à 0,1. “Environ 10% des cas conduisent à 80% de la propagation”, explique-t-il.

Un tel chiffre pourrait expliquer pourquoi le virus aurait été détecté en France dès le mois de novembre, sans que de nombreux cas n’apparaissent dans les semaines suivantes. Il aura fallu un évènement “super propagateur” pour que le virus s’installe en France, le rassemblement évangélique de Mulhouse.

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L’autre enseignement de ces évènements “super-propagateurs” est que le virus semble se transmettre également par “des aérosols qui peuvent rester en suspension dans l'air, permettant à une personne d'en infecter plusieurs”, explique Christophe Fraser de l'Université d'Oxford. D’où le risque accru dans les endroits clos peu ventilés, comme les boîtes de nuit. Il s’agirait donc davantange d’un virus à clusters plutôt qu’un virus qui se propage de manière uniforme.