Coronavirus : la stratégie risquée de la Biélorussie

Contrairement à tous les autres dirigeants européens, Alexandre Loukachenko refuse de prendre des mesures drastiques dans son pays pour lutter contre le coronavirus.

À l’heure où le Covid-19 sévit aux quatre coins du monde, obligeant les différents gouvernements à prendre de mesures drastiques pour l’éradiquer, la Biélorussie “combat” le virus à sa manière, sans confinement.

Alors que toute l’Europe lutte au quotidien contre le coronavirus en mettant en place des mesures préventives inédites, la Biélorussie fait office d’exception. Depuis plusieurs semaines, la vie en Biélorussie continue comme si de rien n’était. C’est en tout cas ce que souhaite Alexandre Loukachenko, le président qui refuse de confiner sa population et d’arrêter l’économie dans le pays. Surnommé “le dernier dictateur d’Europe”, il ne fait pas l’unanimité auprès de la population et des pays voisins pour sa position sur le coronavirus, lui qui est à la tête du pouvoir depuis 1994.

Des raisons économiques... et politiques

Le 27 mars, Loukachenko a expliqué lors d’une conférence de presse les raisons de son refus de fermer le pays pour lutter contre cette pandémie. La première est économique. Les mesures extrêmes utilisées pour lutter contre le virus dans les autres pays coûtent très chères et ne sont assez efficaces. Il a ensuite insisté sur la nécessité de protéger la population vieillissante du pays en laissant ouvertes les écoles. Selon lui, leur fermeture impliquerait que les enfants pris en charge par leurs grands-parents soient coincés à la maison avec les personnes les plus vulnérables.

Depuis plusieurs années, Loukachenko a repoussé à de nombreuses reprises les tentatives persistantes d'annexion de la Russie. En choisissant de ne pas lutter contre un virus qui est en train de ravager l’Europe et le monde, il veut rappeler, à sa manière, la souveraineté de la Biélorussie.

La population sceptique

Si le “dernier dictateur d’Europe” bénéficie d’une cote de popularité plutôt favorable auprès des Biélorusses, une bonne partie d’entre eux sont sceptiques face à tant de laxisme. Les magasins et restaurants sont encore ouverts mais se vident face à une population qui passe en auto-confinement, notamment à Minsk, la capitale. Les entreprises et universités s’organisent peu à peu pour mettre en place le télétravail et les supporters de foot se privent d’aller au stade. Car oui, la Biélorussie est l’un des seuls pays du monde où le championnat et la coupe nationale se poursuivent, avec les gradins ouverts aux spectateurs.

Pour Alexandre Loukachenko, il ne s’agit que d’une “psychose” plus dangereuse que le virus lui-même. Les habitants se posent de plus en plus de questions sur la manière dont le gouvernement gère un virus qui a fait au moins 16 morts dans le pays et contaminé au moins 1 486 personnes.

Cela fait deux semaines que les journaux télévisés nationaux parlent de la pandémie et bien qu’ils répètent qu’un confinement n’est pas une solution viable, la population s’inquiète de ce déni du dirigeant face à la maladie.

“Le tracteur guérira tout le monde”

“C’est effrayant, tout simplement effrayant. Tous les jours, on regarde les nouvelles et c’est choquant. Nous n’avons toujours pas de confinement. À partir de lundi, les enfants vont retourner à l'école et nous allons de nouveau vivre dans la peur”, explique Angela, une mère au foyer de 45 ans, à l’AFP.

La peur des Biélorusses ne semble pas vraiment préoccuper leur président, qui a déclaré que “parmi les gens qui travaillent sur les tracteurs, personne ne parle de virus. Le tracteur guérira tout le monde”. Il a également donné un conseil sur l’attitude à adopter pour vaincre le virus : “Buvez de la vodka, allez au sauna et travaillez dur”, avant d’ajouter “Mieux vaut mourir dignement que vivre à genoux.” Une affirmation qui a au moins le mérite d’être clair...

Une situation qui préoccupe les voisins

En Lituanie, on ne voit pas d’un bon œil l’inaction du voisin biélorusse. Le président Gitanas Nausėda affirme que la réalité pourrait être bien pire que les chiffres officiels communiqués. Le Premier ministre Saulius Skvernelis a quant à lui déclaré que la Biélorussie était possiblement un “foyer incontrôlé” de la maladie et a décidé de fermer ses frontières si la Biélorussie ne prenait aucune mesure pour gérer la crise sanitaire.

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