Coronavirus en Espagne : pourquoi fait-il autant de dégâts ?

Maxime Poul
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L'Espagne a récemment enregistré une baisse du nombre d’admissions dans les hôpitaux, atténuant la pression sur le personnel médical débordé depuis plusieurs semaines.
L'Espagne a récemment enregistré une baisse du nombre d’admissions dans les hôpitaux, atténuant la pression sur le personnel médical débordé depuis plusieurs semaines.

Depuis le vendredi 3 avril, l’Espagne dépasse l’Italie au nombre de cas recensés de coronavirus et est, avec 13 789 morts, le pays qui enregistre le nombre de décès le plus élevé par rapport à sa population. Explications.

Au 7 avril, le nombre de personnes décédées du Covid-19 en Espagne est de 13 789. Si l’Italie est encore à la première place de ce triste classement avec 16 523 victimes, l’Espagne est le pays avec le plus grand nombre de décès liés au coronavirus par rapport à sa population, avec environ 28 morts pour 100 000 habitants.

Pourtant, la semaine dernière, le pays avait enregistré une baisse du nombre d’admissions aux Urgences, atténuant quelque peu la pression dans les hôpitaux et les unités de soins intensifs débordés depuis plusieurs semaines. Mais après quatre jours consécutifs durant lesquels le bilan quotidien des personnes décédées n’a cessé de baisser, ce dernier est reparti à la hausse avec 743 morts dans la journée du lundi 6 avril.

La population vieillissante pas épargnée

Pere Godoy, président de la Société espagnole d'épidémiologie (SEE), précise au journal El País que cette forte mortalité peut s’expliquer par le fait que la population vieillissante, au sein de laquelle beaucoup ont des pathologies chroniques, est beaucoup touchée notamment en raison de la présence du virus dans les maisons de retraite. En Espagne, les décès concernent beaucoup les personnes particulièrement âgées, encore plus que dans d’autres pays. Plus de 65% ont plus de 80 ans, contre environ 50% en Italie. 87% ont plus de 70 ans et 95% ont plus de 60 ans, selon Le Monde.

José María Martín Moreno, professeur de médecine et de santé publique à l'Université de Valence, explique lui au quotidien qu’un dépistage massif aurait sans doute ralenti la propagation de l’épidémie : “Il est possible que notre identification précoce ait pris du retard sur des pays comme l'Allemagne et la Corée, qui ont décidé d’opter pour des tests massifs qui ont permis d'isoler rapidement les infectés et de couper les chaînes de transmission avant que le virus n'atteigne les groupes les plus vulnérables”.

Le gouvernement s’y serait pris trop tard

Pour beaucoup d’Espagnols, le gouvernement n’a pas pris au sérieux le nouveau coronavirus suffisamment tôt. Les manifestations du 8 mars en sont la preuve, la vice-première ministre du gouvernement Carmen Calvo ayant appelé les citoyens à y participer. Environ 120 000 manifestants étaient dans les rues de Madrid et des dizaines de milliers dans des villes comme Séville ou Barcelone alors que le Covid-19 circulait déjà. Selon la correspondante du Monde à Madrid, il n’y a pas eu de “réaction forte” du gouvernement avant “l’avalanche dans les hôpitaux madrilènes”.

Jesús Rodríguez Baño, responsable des maladies infectieuses à l'hôpital Virgen Macarena de Séville, estime qu’il ne faut pas se montrer trop critique à l’encontre de la gestion de la crise “car d'une certaine manière, nous avons tous fait des erreurs au début. Maintenant, il est facile de le voir, mais cela devrait nous permettre d’apprendre et de pouvoir étudier le fond du problème.”

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