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"Une bombe à retardement": depuis le Covid, des millions de soins repoussés ou annulés dans les hôpitaux français

"Nous sommes inquiets". Ce lundi 18 mars, la Fédération hospitalière de France (FHF) dresse le bilan amer de l'activité hospitalière publique depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Comme le montre ce rapport révélé par France info, une "grave dette de santé publique persiste", avec 3,5 millions de séjours hospitaliers n'ayant pas pu être réalisés car annulés ou reportés. Les actes de prévention sont par exemple relégués au profit d'actes plus lourds. Ces actes curatifs qui auraient justement pu être évités par des contrôles en amont.

Certaines spécialités font particulièrement l'objet de "sous-recours" par rapport à 2019. C'est le cas "des prises en charge digestives (-11%), la cardiologie (-13%), le système nerveux (-11%), et la rhumatologie (-12%)", selon ce baromètre de la FHF.

"Cela implique des risques" pour les patients, notamment de "retards pris sur la détection de certains cancers", a précisé en conférence de presse Arnaud Robinet, le président de la fédération.

Moins de contrôles en amont, plus de gestion des conséquences

Ce sont par exemple 260.000 endoscopies dites "diagnostiques" qui n'ont pas pu être réalisées depuis la crise. Soit autant de chance qu'un problème sous-jacent ne soit pas identifié au plus tôt. Un exemple de "bombe à retardement" que craignent les auteurs du baromètre.

À défaut de pouvoir effectuer les contrôles ou suivis en amont, les médecins sont amenés à traiter les conséquences. C'est par exemple le cas en diabétologie, où la baisse globale des prises en charge "a coïncidé avec une hausse de l’activité pour coma et acidocétose diabétique dans les deux années qui ont suivi", selon le rapport.

Mais comment une telle dette a-t-elle pu se consolider? Lors de la pandémie, de nombreux rendez-vous jugés moins prioritaires (y compris chirurgicaux) ont dû être déprogrammés. La situation de l'hôpital publique a oscillé entre un seuil critique et une simple saturation pendant près de trois ans alors que les vagues épidémiques s'enchaînaient.

À cela se sont ajoutées des "tensions sur les effectifs" mais aussi les fermetures de lits "MCO", les séjours hospitaliers en soins de courte durée, avec ou sans hébergement. Là encore, tous les Français ne sont pas égaux, avec des temps d'attente et des distances à parcourir plus importantes pour les personnes résidant en milieu rural.

Goulot d'étranglement vers les urgences

Moins d'accès au soin, mais des Français toujours aussi malades. Résultat, un "sur-recours" aux services d'urgence est constaté, y compris pour des "petits bobos" (sic). Au moins un Français sur deux dit s'y être rendu "au cours des derniers mois pour des raisons qui ne relevaient pas d'une urgence médicale".

"Dans 30% des cas, (le patient, NDLR) est venu aux urgences à la suite d’un refus de prise en charge non programmée par un médecin généraliste ou spécialiste de ville", relève la Fédération dans son étude.

Face à la difficulté d'accéder aux soins, les Français font donc le choix d'y renoncer, ou cherchent une solution au plus pressé. Résultat: un goulot d'étranglement vers les urgences où les délais d'attente explosent. En bref, un serpent qui se mord la queue.

Si la situation semble s'orienter vers une reprise, les professionnels redoutent l'annonce d'un nouveau plan d'austérité. Bercy souhaiterait que l'hôpital taille 600 millions d'économies en 2024. De quoi déclencher la bombe?

Article original publié sur BFMTV.com