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"Des BD accessibles aux mineurs": un an après la polémique, une nouvelle plainte déposée contre Bastien Vivès

"Il y a un sujet dans le sujet, et il est encore plus urgent." Profitant de manière assumée du festival international de la bande dessinée d'Angoulême qui se tient cette semaine, l'association Face à l'inceste vient de déposer une nouvelle plainte à l'encontre du dessinateur Bastien Vivès et de ses deux maisons d'édition, Glénat et les Requins Marteaux.

Déjà sous le coup d'une procédure judiciaire lancée il y a un an, l'association, par la voix de son avocate, veut "verrouiller" l'accès aux ouvrages polémiques de Bastien Vivès.

"Aujourd'hui, force est de constater que ce contenu est accessible", note auprès de BFMTV.com Me Laure Boutron-Marmion. "Ces bandes dessinées qu'on les valide ou qu'on les incrimine, elles sont quoiqu'il en soit à caractère pornographique et aucune mesure ou aucun moyen n'a été pris pour qu'elles ne soient pas accessibles aux mineurs."

Une enquête en cours

Il y a quasiment un an jour pour jour, le 6 janvier 2023, le parquet de Nanterre ouvrait une enquête pour "diffusion d'images pédopornographiques" à l'encontre de Bastien Vivès et de ses deux éditeurs. Confiée à la Brigade de protection des mineurs, cette enquête fait alors suite au dépôt de deux plaintes de deux associations de protection de l'enfance.

La Fondation pour l'enfance et Innocence en danger dénoncent le contenu de trois BD dans lesquelles figurent "des représentations de mineurs, dans des situations sexuellement explicites, présentant indubitablement un caractère pornographique". Les associations relèvent aussi la mise en scène de "relations incestueuses" avec "une absence de consentement" présentée comme "évidente".

Ces plaintes portent donc sur le contenu, mettant en avant l'article 227-23 du code pénal qui prévoit l'interdiction des images pédopornographiques et leurs représentations. Bastien Vivès, salué par la critique, a toujours défendu "une œuvre de fiction, de dérision" voire "d'absurde".

"Verrouiller" le système de distribution

"On a fait le constat, que depuis un an, il ne se passait pas grand chose", précise Me Boutron-Marmion. "Il y a peut-être une réticence autour de l'équilibre entre la protection des mineurs et la liberté d'expression, mais tout le monde peut s'accorder à dire que ces produits-là, ceux visés par deux plaintes déposées en 2022, sont toujours accessibles aux mineurs."

L'association Face à l'inceste a mené une enquête de terrain. Selon elle, "aucune vérification" n'est réalisée au moment de l'achat des BD de Bastien Vivès que ce soit en librairie ou sur les plateformes de vente en ligne. Seule une mention précisant le caractère pornographique de l'œuvre est présente sur le livre. "La loi et les décisions de justice nous disent que les éditeurs comme les auteurs sont maîtres de l'organisation du commerce de leurs ouvrages", poursuit l'avocate de Face à l'inceste.

La plainte a donc été déposée cette fois-ci, auprès du parquet de Grenoble le 18 janvier 2024, et sur la base de l'article 227-24 du code pénal, qui sanctionne la fabrication, le transport ou la diffusion "par quelque moyen que ce soit et quel qu'en soit le support un message à caractère violent ou pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine". "Tout le process de la distribution de ces ouvrages-là doit être verrouillé", martèle encore Me Laure Boutron-Marmion, qui estime que cela relève d'une "question sociétale".

"C'est certainement le début d'autres plaintes", prévient-elle encore. "Mais Bastien Vivès, Glénat et les Requins Marteaux ont encore moins d'excuses car ils sont déjà sous le coup d'une enquête."

Cinq hommes jugés pour "menaces de mort"

L'enquête menée par le parquet de Nanterre a avancé ces derniers mois. Selon nos informations, Bastien Vivès n'avait pas encore été entendu par les enquêteurs dans le cadre des enquêteurs. C'est désormais chose faite, tout comme les deux maisons d'édition.

Interrogé, l'avocat du dessinateur de 39 ans parle d'un "non-sujet". "Ce n'est pas très sérieux, c'est une plainte qui ne concerne pas mon client", rétorque Me Richard Malka qui déplore, à double titre, le "cynisme" de l'association alors que Bastien Vivès n'a pas assisté à la 51e édition du festival d'Angoulême.

L'avocat rappelle également que Bastien Vivès a rendez-vous avec la justice la semaine prochaine, cette fois-ci comme partie civile. Cinq hommes sont en effet jugés lundi par le tribunal correctionnel de Paris pour des menaces de mort proférées à l'encontre du dessinateur en pleine polémique le concernant à la fin de l'année 2022 autour de l'annonce d'une exposition autour de son travail, Dans les yeux de Bastien Vivès, prévue par le festival d'Angoulême, édition 2023.

Article original publié sur BFMTV.com