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"Astérix": dans les coulisses de la traduction allemande de la BD

Événement éditorial de la semaine en France, la sortie du nouvel album d'Astérix, L'Iris blanc, sera toute aussi importante en Allemagne, deuxième patrie de l'irréductible Gaulois grâce notamment au talent du traducteur de ses aventures, Klaus Jöken.

Installé en Auvergne depuis 35 ans, ce natif de Clèves, en Allemagne, traduit les albums d'Astérix et Obélix dans la langue de Goethe depuis Le Ciel lui tombe sur la tête, le dernier dessiné par Albert Uderzo.

Pour ce parfait francophone, chaque album reste cependant difficile: "On ne peut pas dire qu'il y a des choses faciles à faire. Même les petits trucs qui paraissent anodins sont toujours difficiles et nécessitent une grande réflexion pour mieux faire."

Être rigolo

Sa méthode est toujours la même. Il commence par retranscrire le texte français "pour le prendre un peu en main". Puis il le traduit dans les bulles pour voir si les phrases sont de la bonne longueur. "Il faut que chaque texte aille parfaitement dans les bulles."

Au bout d'une semaine, Klaus Jöken a une "bonne traduction". "Quand un gag ne marche pas en allemand, je dois en inventer un autre", précise-t-il. "C'est beaucoup de recherche pour trouver le gag adéquat."

Puis il passe à la traduction des noms des personnages. Seule consigne: "Les noms doivent être rigolos", insiste-t-il. "Il faut que ce soit dans la même gamme que dans la version française."

Cétautomatix devient ainsi Automatix. "Quand ça marche, il faut rester près de l'original", préconise Klaus Jöken. "Il ne faut pas que ça soit farfelu et que l'on change tout." Panoramix - un jeu de mot intraduisible en allemand - est cependant devenu Miraculix.

"C'est marrant pour les Allemands parce qu'il y a le mot 'miracle' et (ça fait référence) à une marque de spaghetti qui s'appelait 'miraculi' à une époque", s'amuse Klaus Jöken.

Astérix s'appelait Siggi

L'absence de mots allemands en "us" complexifie-t-elle la traduction des noms romains? "C'est un peu plus dur. Mais j'ai l'impression que j'en trouve encore", indique Klaus Jöken. "C'est surtout les mots en 'ix' qui commencent à s'épuiser..."

La caricature de Johnny Hallyday, dans Les Pictes, n'a pas été facile à transposer non plus. "En Allemagne, il n'est pas du tout connu! Il a fallu trouver un chanteur de rock avec le même visage. J'ai mis deux jours pour trouver. Chez nous, c'est Peter Maffay!"

Cette attention portée à l'édition allemande d'Astérix n'a pas toujours été de mise. "Les premières traductions allemandes étaient désastreuses", rappelle Klaus Jöken. La traduction, réalisée sans l'accord des auteurs, a changé le sens de la BD.

Astérix était alors baptisé Siggi. "C'est devenu une vraie BD de propagande anti-communiste - on peut même dire extrême-droite. Depuis, ils ont exigé de faire retraduire en français chaque traduction (allemande) pour la relire."

Rien de tel avec Fabcaro, qui est "bien dans l'esprit d'Astérix", rassure le traducteur. Son humour "diffère un peu des blagues de Ferri": "Ses blagues sont souvent en plusieurs cascades, avec cinq jeux de mot à la suite. Ferri est plutôt dans un gag qui se prépare bien et éclate comme une fusée."

Article original publié sur BFMTV.com