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Ahmed Sylla : "J'ai refusé des grosses sommes d'argent pour faire des films"

Le populaire humoriste est l'affiche de la comédie Comme un prince, où il incarne un boxeur olympique contraint de se reconvertir après une bagarre et une blessure irréversible à la main.

Année chargée pour Ahmed Sylla. L'humoriste, qui cartonne aussi bien sur scène qu'au cinéma (L'Ascension, Inséparables) et en streaming (Lol: qui rit sort!), est de retour cette année avec deux nouvelles comédies douces et bienveillantes, comme il les aime: Comme un prince et Ici et là-bas, toutes les deux présentées en avant-première la semaine dernière au festival du film de comédie de l'Alpe d'Huez.

En salle depuis mercredi 17 janvier, Comme un prince suit la reconversion forcée de Souleyman, boxeur multimédaillé qui doit renoncer à sa carrière après une bagarre et une blessure irréversible à la main. Envoyé au château de Chambord pour effectuer des heures de travaux d'intérêt général, il rencontre une adolescente qui révèle des talents insoupçonnés pour la boxe. Il décide de la prendre sous son aile.

"Une très belle histoire"

Dans ce film réalisé par Ali Marhyar (réalisateur de plusieurs épisodes de la série Family Business), le comédien de 33 ans dévoile un registre plus dramatique que d'ordinaire en incarnant un personnage perdu et au bord de la déprime. Mais fidèle à ses valeurs, ce dernier se métamorphose en devenant le tuteur d'une jeune fille.

De Classico à La Guerre des Lulus en passant par Jumeaux mais pas trop, Ahmed Sylla a souvent incarné des éducateurs. Un rôle qui lui tient à cœur, explique-t-il à BFMTV: "Ce qui me touche dans ces films, c'est cette transmission, ce partage. J'ai besoin de ça. C'est peut-être un peu cathartique. J'ai besoin d'être entouré de personnages avec qui je partage des choses, à qui je transmets des choses."

"Dans Comme un Prince, ce message de transmission est beau et fort", poursuit l'humoriste. "Ce message est accompagné de beaucoup de résilience. On casse la gueule aux déterminismes sociaux. C'était une très belle histoire. Je ne pouvais pas passer à côté de ce film quand je l'ai lu. C'est un des scénarios les plus aboutis que j'ai lu en termes d'écriture."

"Je ne suis pas que noir"

Grâce au succès en salles de L'Ascension et d'Inséparables (qui ont dépassé le million d'entrées), Ahmed Sylla reçoit "beaucoup de scénarios". "Trop même, je trouve. J'ai envie qu'on me propose moins de scénarios et plus de qualité", ajoute le comédien en précisant qu'on lui envoie "tout et n'importe quoi" et qu'il en refuse la majorité car "les histoires ne (le) touchent pas."

Rare acteur noir bankable du cinéma français, Ahmed Sylla se réjouit surtout de ne pas être "enfermé dans des cases": "Je ne reçois pas que des scénarios parce que je suis noir. Je ne reçois pas que des scénarios parce que j'ai grandi dans une cité. J'ai cette chance-là", se félicite celui qui a notamment pu jouer un avocat dans Les Femmes du square et un poilu dans La Guerre des Lulu. "Je trouve ça fort. C'est cool."

"C'est un vrai bonheur", complète l'intéressé. "Souvent on me demande si c'est difficile d'évoluer dans le cinéma français quand on est noir. (Si ça avait été le cas), je l'aurais dit. On me connaît. Quand j'ai quelque chose à dire, je ne ferme pas ma gueule. Je n'ai jamais été renvoyé à ce truc-là. Parce que ce n'est pas ce que je suis dans la vie."

"Je ne suis pas que noir. Je suis Ahmed. Je suis beaucoup plus complexe que ça. J'ai eu la chance de grandir dans des écoles privées catholiques donc je me suis ouvert à un autre monde, à une autre culture, à d'autres milieux sociaux. Ça m'a ouvert l'esprit", complète-t-il.

"Faire un film complètement déguisé"

Connu pour les personnages loufoques qu'il incarne sur scène et son amour du déguisement, Ahmed Sylla n'a pas encore eu l'opportunité d'employer ces talents au cinéma. Pour l'heure, l'humoriste s'est d'ailleurs principalement illustré dans des comédies de duo ou de trio. "Je ne suis pas encore tombé sur l'histoire où je pouvais jouer tout seul. Il faut aussi avoir de la confiance et un peu plus d'expérience."

"Mais ça va arriver", promet-il. "Je rêve de faire un film où je suis complètement déguisé. Je viens de là. Depuis tout petit, j'adore me déguiser."

Ahmed Sylla espère aussi bientôt écrire des films. "Ça va arriver", assure-t-il également. "Je gagne un peu d'expérience à force de tourner et de rencontrer des réalisateurs. Je vois leur manière de travailler. Petit à petit j'ai envie d'écrire plus d'histoires. J'ai des idées de séries. Je note dans ma tablette. J'ai toujours envie de partager donc j'ai envie d'être aidé à l'écriture de ces projets-là."

"Je n'ai pas envie de trahir le public"

Depuis l'échec du Dindon avec Dany Boon en 2019, Ahmed Sylla a tourné le dos aux grosses comédies populaires et privilégie les projets plus modestes. "J'ai refusé de grosses, grosses productions. J'ai besoin de gagner de l'argent pour vivre et pour profiter de cette vie-là mais ce n'est pas ce qui régit ma carrière. J'ai refusé des grosses sommes d'argent pour faire des films," dit-il en riant.

Un geste rare pour un humoriste de cette popularité - qui avait été épinglé par Blanche Gardin pour avoir accepté un salaire de 200.000 euros pour sa participation à Lol: qui rit sort pour Prime Video. "Pour vous donner un ordre d'idées, j'ai refusé quatre fois plus pour faire un film", confie Ahmed Sylla. "L'histoire ne me touchait pas et ce n'était pas le bon moment de faire ce film-là."

Aucun calcul de sa part: "Je n'ai pas envie de trahir le public. J'ai conscience de la chance qu'il m'a donné. J'ai conscience d'avoir un public qui me soutient et me suit. Sur toute l'année 2024, toutes les places de mon spectacle sont vendues. Je ne peux pas lui proposer de la merde - pour être vulgaire. J'ai envie de bosser, de me prendre la tête sur mes choix. C'est ce que je pense avec Comme un prince. Ça va les toucher."

Son prochain film, Ici et là-bas (en salles le 17 avril), un road movie sur fond d'éloge du terroir français, devrait toucher aussi son public, assure-t-il: "C'est une très belle comédie sur l'identité. Aujourd'hui, alors qu'il y a beaucoup de questionnements sur l'identité en France, c'est une comédie qui va être bienvenue. Elle est douce, bienveillante et pas cliché. Elle place les questions au bon endroit."

Article original publié sur BFMTV.com

VIDÉO - Ahmed Sylla et la comédie, c'est une belle histoire