Marc et Nadé Blata, Dylan Thiry... Des influenceurs accusés d'escroquerie, des plaintes déposées

Un magistrat porte des dossiers dans son bureau du palais de justice de Vienne, en Isère, le 11 janvier 2022 (photo d'illustration). - JEFF PACHOUD © 2019 AFP
Un magistrat porte des dossiers dans son bureau du palais de justice de Vienne, en Isère, le 11 janvier 2022 (photo d'illustration). - JEFF PACHOUD © 2019 AFP

Ils les surnomment les "influvoleurs". Depuis plusieurs mois, les membres du collectif d’Aide aux victimes d’influenceurs (AVI) - publiquement soutenus par le rappeur Booba - rassemblent des éléments incriminants contre des personnalités aux millions d'abonnés sur les réseaux sociaux. Ils les soupçonnent d'avoir arnaqué des centaines d'individus avec des pratiques de trading trompeuses ou par le biais de cagnottes en ligne.

Des recours collectifs, regroupant 88 plaignants, ont été déposés à Paris pour escroquerie en bande organisée et abus de confiance en bande organisée, a annoncé ce lundi l'AVI lors d'une conférence de presse.

"Dans les plaintes contre X, des éléments visent le couple Marc et Nadé Blata pour du copy-trading et un projet de NFT, explique à BFMTV.com l'avocat des plaignants, Me Jocelyn Ziegler. "Quant à Dylan Thiry, il est visé par cinq plaintes pour escroquerie et abus de confiance pour avoir détourné de l'argent récolté avec son association Pour nos enfants."

Et de préciser: "Si des plaintes ont été déposées contre X, c'est pour que la justice puisse mener l'enquête la plus large possible et éventuellement poursuivre d'autres influenceurs."

Des préjudices estimés à plus de 6 millions d'euros

Parmi les arnaques dénoncées, le projet de NFT Animoon, promu par Marc Blata et d'autres influenceurs sur leurs réseaux sociaux. Ils proposent à leurs abonnés d'acheter des NFT (jeton non fongible) et promettent que l'investissement leur rapportera des gains importants.

Animoon met notamment en avant des images reprenant les graphismes de marques comme Pokémon. "Le projet utilise des marques qui ont, par la suite, démenti tout partenariat", commente Me Ziegler. "Il n'y a que des promesses en l'air. Ceux qui ont investi n'ont jamais obtenu de bénéfices ni récupéré leur argent. On chiffre le montant de l'arnaque à plus de 6 millions d'euros", poursuit-il.

Contacté par BFMTV.com, Marc Blata réfute cette accusation. "Le projet est sorti il y a environ un an", explique l'influenceur installé à Dubaï, aux Emirats arabes unis. "Entre-temps, il y a eu la crise financière et la déflation."

"À un moment, les investisseurs auraient pu tirer de l'argent, mais ils ont été trop gourmands, ils ont préféré attendre pour faire gonfler leur mise et ont perdu", affirme-t-il. "Si les cours repartent à la hausse, ils pourront encore faire des bénéfices."

Quant au fait de vendre des images de Pokémon sans l'accord de la marque, il rétorque: "Ce n'est pas moi le fondateur d'Animoon, je ne suis pas responsable. Il n'y a écrit nulle part que ce sont des Pokémon, ça y ressemble c'est tout. Je crois toujours à ce projet qui est vrai et concret."

"On ne peut pas gagner d'argent avec leurs magouilles"

L'influenceur, qui exhibe son succès à grands coups de voitures de luxe, de montres haut de gamme et de paysages de rêve, propose également à ses 4,2 millions d'abonnés sur Instagram de gagner de l'argent grâce au "copy-trading". Une stratégie qui permettrait, grâce à des signaux, de reproduire l’activité d’un tradeur expérimenté.

"Plus de 85% des trades sont positifs, c'est-à-dire qu'à la fin du mois, vous êtes toujours positifs", encourage Marc Blata sur ses réseaux sociaux. "Qu'est-ce que vous attendez?"

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Mel* voit défiler les nombreuses stories de Marc Blata et trouve la proposition alléchante. "C'est pas que je sois dans le besoin! Je ne m'attendais pas à gagner des millions... Juste un peu d'argent pour faire un bon restau ou acheter des cadeaux à ma fille", nous raconte-t-elle.

"Il répétait sans cesse: 'Arrêtez de dormir', pour nous pousser à investir et générer des bénéfices", retrace la quadragénaire.

En février 2022, Mel finit par cliquer sur le lien qui la renvoie sur un groupe Telegram géré par Marc Blata. Elle suit ses consignes et s'inscrit sur une plateforme de trading pour investir, la mise de départ minimum étant alors de 500 euros. "J'échange avec Nadé (la compagne de Marc Blata, NDLR) par messages, elle me donne des instructions, les signaux à suivre, elle est rassurante", explique Mel. Mais très vite, la mère de famille perd ses 500 euros.

"Nadé me dit que j'ai fait des erreurs dans les trades, que je n'ai pas suivi exactement ses indications et que c'est pour ça que j'ai perdu ma mise. Alors j'ai retenté ma chance..." Encore une fois, Mel perd 500 euros.

"Là j'ai compris qu'il y avait une arnaque et qu'on ne pouvait pas gagner de l'argent avec leurs magouilles", s'agace-t-elle.

"Je ne suis pas tradeur, mais j'ai de la crébilité"

Problème: les plateformes de trading - bien connues des influenceurs - ne proposent que peu d’expertise ou de stratégie de placements, avance le cabinet Ziegler accusant les influenceurs de "promotions mensongères" et de "conseils factices en investissements financiers". Dans cette opération, le couple Blata empoche une partie de l’investissement de chaque client via un système de parrainage et de rétrocommission.

De son côté, Marc Blata se défend de toute escroquerie. "Le copy-trading est une activité légale", martèle-t-il. "Mais ce n'est pas sans risque, et il faut savoir être patient, ce n'est pas un jeu", explique-t-il à BFMTV.com avec plus de précautions que lorsqu'il le présente sur ses réseaux sociaux.

"Je ne suis pas tradeur mais j'ai atteint un certain niveau qui me permet d'être crédible. Quand j'envoie les signaux des tradeurs professionnels, il faut les suivre à la minute près. Le problème, c'est que les gens le font à la va-vite et ratent leurs trades. C'est un domaine risqué, il faut être assidu", argumente-t-il.

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) constate une importante recrudescence de plaintes dans ce secteur.

Mel, qui fait partie du recours collectif engagé par AVI, espère "que la lumière sera faite pour que plus personne ne tombe dans le piège".

"L'impact de ces arnaques est parfois catastrophique", soufflent Eddy *et Soso*, membres du collectif AVI. "Certains ont perdu plus de 3000 euros. Il y a des conséquences financières et psychologiques très graves."

Des dons pour les enfants détournés?

Eddy et Soso ont travaillé de longs mois pour récolter des éléments contre Marc et Nadé Blata, et ont également dans leur viseur Dylan Thiry, un ancien candidat de téléréalité reconverti dans l'aide humanitaire. Le grand blond, connu pour avoir fait la promotion d'un complément alimentaire qui "guérit les cellules cancérigeuses" (sic), a créé en 2021 l'association Pour nos enfants.

À travers des voyages à Madagascar ou au Sénégal, le jeune homme vient en aide à des enfants et à leurs familles, et documente ses actions sur ses réseaux sociaux. Il multiplie les appels aux dons pour "construire des maisons", "des toits", "des puits" ou "acheter des balançoires".

"Personne n’est jamais devenu pauvre en donnant!", écrit-il sur Instagram.

Mais depuis plusieurs mois, des internautes réclament des explications sur l'utilisation des fonds récoltés. "L'argent a été collecté pour des actions qui n'ont jamais été réalisées", affirme Eddy. "Des cagnottes ont été clôturées sans que l'on sache ce que les sommes sont devenues. Pire encore, des cagnottes ont été lancées alors même que l'association avait été dissoute."

La dissolution de l'association a en effet été publiée au Journal officiel le 29 novembre dernier, pour une cessation d'activité dès le 15 novembre 2022. Si le site internet de l'association Pour nos enfants a été supprimé, Dylan Thiry continue d'alimenter ses pages Instagram et Tiktok avec de nombreuses vidéos de ses voyages humanitaires.

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En pleine polémique, Dylan a réagi dans une vidéo de Gossip room concernant une cagnotte destinée à aider des familles sénégalaises.

"Bien sûr que l'intégralité de la cagnotte a été utilisée au Sénégal", se défend l'influenceur.

"Et j'ai même utilisé de ma propre poche (...) pour des bouteilles d'eau, 8000 euros sont allés dans une école coranique", ajoute-t-il. "Moi j'irais dans un pays africain utiliser des pauvres pour m'enrichir? (...) Quand tu es clean... je sais qu'il va rien m'arriver."

L'action collective enclenchée ce lundi par le collectif AVI permettra à la justice de faire la lumière sur ces différents agissements. "C'est la première fois que des influenceurs sont visés par des plaintes dans le domaine de la finance. On espère que cela permettra aux victimes d'obtenir réparation. Et que cela débouchera sur un plus stricte encadrement du métier d'influenceur", conclut Me Jocelyn Ziegler.

* Les prénoms ont été modifiés, à la demande des intéressés.

Article original publié sur BFMTV.com