Publicité

UFC: Striking supérieur, danger au sol... ou pas, les clés du choc Fiorot-Blanchfield

Il reste une étape avant de pouvoir enfin tenter de décrocher le Graal. Mais ce ne sera pas la plus simple. Dans sa quête retardée de la ceinture des -57 kilos, Manon Fiorot fait face à l’obstacle Erin Blanchfield ce samedi soir en main event d’une UFC Fight Night à Atlantic City. Un choc entre invaincues à l’UFC, numéro 2 du classement (Blanchfield) face à numéro 3 (Fiorot), qui désignera la prétendante au titre face à celle qui sortira championne de la troisième danse entre Alexa Grasso et l’ancienne reine Valentina Shevchenko. Et qui offre un beau duel en perspective.

>> Vivez le choc Blanchfield-Fiorot et toutes les soirées UFC avec les offres RMC Sport

"Erin est une combattante très douée et sérieuse qui arrive avec un grand capital confiance, rappelle Aldric Cassata, le coach de la Niçoise. On a un grand respect pour elle et on l’a prouvé en investissant plus que d’habitude dans le camp de préparation." A domicile dans le New Jersey, son Etat de naissance où elle réside et s’entraîne, l’Américaine de dix ans la cadette de la Française présente un danger bien identifié: ses qualités au sol et en grappling, où elle a commencé son voyage dans les sports de combat via le jiu-jitsu brésilien à 7 ans, capacité à aller chercher des soumissions (trois en six victoires à l’UFC).

"Elle a une seule arme, résume Fiorot. Jusqu’à maintenant, on avait des adversaires assez complètes avec lesquelles on ne savait pas où le combat pouvait aller. Là, c’est plus simple car elle a une seule arme pour me battre. On a axé la préparation là-dessus." "Les gens aiment mettre les combattants dans des cases, répond l’intéressée. Ils me voient juste comme une spécialiste du grappling mais je m’entraîne sur tous les aspects depuis très longtemps et j’essaie toujours de m’améliorer globalement. Je compte le montrer lors de ce combat."

Les statistiques et l’impression visuelles ne trompent pourtant pas. Venue du karaté, Fiorot affiche une supériorité évidente et assumée sur le jeu debout, le striking. "Blanchfield n’est pas une mauvaise boxeuse mais elle n’est pas parmi les meilleures de la catégorie", estime Cassata. "Blanchfield perd la plupart des rounds qui se font debout et elle n’a pas encore affronté de strikeuse d’élite, ajoute la combattante française. En striking, on sait déjà. Il suffit de regarder mes stats. Je suis une de celles qui envoient le plus de coups mais qui en prend le moins. Mon volume est supérieur au sien. Quand elle affronte une combattante d’élite, elle reste collée contre la cage. Il n’y a pas photo entre elle et moi."

Avec ses entrées en lutte et striking souvent trop en ligne, Blanchfield va s’exposer aux contres féroces de la Française, une de ses spécialités, et à ses poings comme à ses pieds. Plus grande que son adversaire, Fiorot a aussi d’autres atouts dans son jeu. Et compte bien confirmer que sa ceinture noire au sol n’est pas usurpée s’il faut en passer par là. "Je ne pense vraiment pas qu’elle soit meilleure en grappling-lutte", annonce Fiorot. Blanchfield avait évoqué à son sujet "une kickboxeuse dégingandée" avec "rien de très dynamique dans son jeu" qui "va utiliser ses frappes pour (l)’éloigner" et en gros se contenter de ça.

Il ne faut pas énerver "The Beast", qui sait répliquer aussi sec: "J’ai déjà lutté dans tous mes combats, on a vu ma défense de lutte, je ne suis pas seulement une strikeuse. Aucune adversaire n’a pu imposer son jeu sur moi et je n’ai pas affronté que des strikeuses. Blanchfield perd quand ça se passe debout. Moi, quand je vais au sol, je ne perds pas. Et la plupart du temps, quand on essaie de m’y amener, je n’y vais pas." "Manon a montré un profil de strikeuse, c’est une des filles les plus athlétiques de la catégorie, avec des très bons déplacements et un haut niveau de boxe anglaise, mais il y a des choses qu’on n’a pas montrées sur ses qualités de lutte-grappling, poursuit Cassata. Ce sera une surprise pour Erin si elle arrive à l’amener dans ces zones-là." "Il faut déjà qu’elle arrive à me faire tomber", s’en amuse la Niçoise.

"J'ai toutes les armes, elle n'en a qu'une"

Le coach conclut d’une formule qui dit tout du niveau de confiance: "Si on me proposait un combat de grappling contre Blanchfield pour Manon, je le prendrais. Je pense qu’elle la surclasse dans tous les domaines." Un travail poursuivi ces derniers mois avec l’intégration à l’équipe de Flavio Santiago, spécialiste de luta livre au gabarit parfait pour travailler avec elle. Ces derniers jours, l’Américaine a montré du respect pour le jeu complet de sa rivale tricolore. "Elle a une grande allonge, elle est longue et elle aime utiliser son striking mais je ne pense pas qu’elle n’ait qu’une seule dimension. Je l’ai vue tenter des takedowns, faire du scramble au sol. Je ne la sous-estime sur aucun plan."

Ce qui ne l’empêche pas de se penser capable de terminer l’affaire "au troisième ou quatrième round", consciente de la clé à trouver mais confiante. "Je suis plus petite qu’elle donc je vais rentrer à l’intérieur pour utiliser mon striking ou ma lutte, précise Blanchfield. J’ai une stratégie pour réduire la distance. Fiorot est une bonne combattante. Je vais devoir prendre des informations, régler la distance, mais avec mon cardio je suis souvent meilleure au fil des rounds et je vais pouvoir pousser le rythme et aller chercher la finition avant la limite." Main event oblige, le choc se fait sur cinq rounds de cinq minutes. Chaque combattante affirme que les deux reprises supplémentaires sont à son avantage pour une question de cardio (selon Fiorot, ce format devrait même l'aider à terminer le combat avant la limite).

La réponse se trouvera dans la cage ce samedi soir. Où Blanchfield pourra aussi s’appuyer sur sa grosse force de caractère. "Elle a plusieurs fois perdu le premier round avant de s’imposer à la décision ou de terminer avant la limite, pointe Cassata. Elle a montré un gros mental et fait preuve de résilience." L’intéressée aime aussi souligner "(s)on QI combat et (s)a capacité d’adaptation" qui lui permettent "de battre des adversaires plus rapides ou plus puissantes". Mais rien ne perturbera le clan tricolore.

"On sait ce qui va se passer, analyse Cassata. Blanchfield doit amener au sol ou contrôler en top position contre la cage car elle va souffrir debout. Manon a déjà connu ça avant, elle a déjà cette expérience de lutteuses de très haut niveau. Quand Manon devient championne du monde amateur Erin a moins de 18 ans. Sur l’expérience, le vécu et les combattantes affrontées, il y a un gap. Les gens pensent que c’est de l’égalité et un duel strikeuse-grappleuse. A Manon de montrer que ce n’est pas le cas mais qu’elle est bien au-dessus."

"The Beast" est prête à rugir, avec l’envie de prouver qu’elle mérite plus sa chance pour le titre avec ce qu’elle a accompli depuis son arrivée dans la plus grande organisation de MMA (sa série de victoires est bien plus impressionnante que celle de l’Américaine sur les noms battus). "Blanchfield est invaincue à l’UFC comme moi, elle a des qualités pour en être arrivée là. Mais je n’ai affronté que des top 5 dernièrement alors qu’elle a moins de combats de très haut niveau." Pas toujours la plus loquace, la Française termine sur un punch verbal qui frappe fort. "J’ai toutes les armes et elle n’en a qu’une. S’ils avaient voulu la protéger comme certains le pensaient, ils ne l’auraient pas mise contre moi." Erin Blanchfield est prévenue. Manon Fiorot n’est pas venue à Atlantic City pour faire du tourisme ou faire briller la pépite locale.

Article original publié sur RMC Sport