Mort de Tom, victime du syndrome du bébé secoué : "Il a respiré une dernière fois, son cœur a battu une fois, puis la deuxième fois n’est jamais venue"

C’était en 2014. Âgé d’à peine trois mois et demi, le petit Tom est mort après avoir été maltraité par sa nourrice. Pour Yahoo, son père, le député Bertrand Gimonet, a accepté de raconter son histoire, et espère grâce à son témoignage lever le voile sur le syndrome du bébé secoué. Un récit édifiant.

C’est une maltraitance infantile encore trop taboue et pourtant, elle continue de sévir chaque année. Parmi les victimes, Tom, un nourrisson de trois mois et demi, est décédé en octobre 2014 des suites de séquelles physiques causées par une nourrice "malveillante". Un traumatisme aussi connu sous le nom de "syndrome du bébé secoué" (SBS). Au micro de Yahoo, son père, le député Bertrand Gimonet, a accepté de se livrer sur ce drame. Il s’est notamment confié sur son combat et a également fait part de sa douloureuse reconstruction depuis la perte de son jeune fils.

"Il a été maltraité à trois reprises"

"Aucun parent ne doit voir son fils mourir dans ses bras", c’est par ces mots que ce père de famille résume la tragédie dont sa famille a été victime. Sa vie chavire en septembre 2014 lorsqu’il confie ses enfants à une nourrice, une certaine Béatrice. En venant les chercher un soir, il constate un fait inhabituel. Son garçon Tom n’est pas dans son état normal. "Je le prends dans mes bras et il vomit aussitôt", raconte-t-il.

Retrouvez le témoignage de Bertrand Gimonet en intégralité dans notre podcast

Dès le lendemain matin, il consulte un médecin qui se montre rassurant. Sa gorge est simplement irritée. D’après lui, il s’agit d’une simple rhinopharyngite. Rassuré par ses propos, il décide donc de remettre ses deux fils chez la nourrice. Mais les ennuis recommencent peu de temps après et Tom se retrouve à l’hôpital. Là encore, rien d’alarmant. Une simple allergie à la protéine de lait de vache, selon les urgentistes. La nourrice reprend du service et trois jours plus tard, tout s’accélère. Le 29 septembre, Bertrand Gimonet reçoit le coup de téléphone qui va changer le cours de sa vie.

"Mon épouse m’annonce que Tom fait un arrêt cardiaque. Je rentre et je le vois sur la table basse, les membres écartés, le torse nu habillé seulement d’une couche. Un pompier lui fait un massage cardiaque, c’est violent". Son cœur repart et le médecin intime l’ordre de transférer le petit au CHU de Besançon en hélicoptère. Là-bas, le couperet tombe. Bertrand comprend, grâce aux explications d’une neuropédiatre, que son fils a été maltraité, secoué à plusieurs reprises.

"Son cœur a battu une fois, puis la deuxième fois n’est jamais venue"

Hospitalisé pendant plusieurs semaines, le nourrisson va de plus en plus mal. Son cerveau est atteint. Finalement, après une lutte acharnée, Bertrand et sa femme conviennent avec le médecin de le débrancher. Un long processus de deux heures et demi dont il se remémore avec douleur chaque minute. "La première heure, Tom respire, il est tout chaud. Nous l’avons dans les bras", raconte-t-il, empreint d’émotions. "La deuxième heure, des sifflements se font entendre. Il a dû mal à déglutir. La salive commence à encombrer ses bronches. Ses muscles forcent pour capter l’air, ça se dégrade et nous ne pouvons rien faire".

Enfin, comme il l’explique, le dernier quart d’heure est le pire. "Il tire beaucoup plus sur ses poumons pour respirer. Il fait des bulles avec sa salive, avec son nez", se remémore-t-il expliquant avec tristesse avoir vu la ligne droite de son rythme cardiaque, annonçant sa fin de vie : "Il a respiré une dernière fois, son cœur a battu une fois, puis la deuxième fois n’est jamais venue".

"On a cette volonté de se battre"

De là, la réalité vire au cauchemar. Bertrand s’effondre mais passe en "mode guerrier" pour "comprendre ce qui s’est passé" et "identifier avec précision qui a fait quoi". Comme il l’explique, la nourrice a rapidement avoué les faits. Des aveux qui ont permis à cette famille d’entamer son deuil. Huit ans après le drame, sa femme et lui avouent s’en être remis malgré la grande tristesse qui les habitent toujours. "Mon épouse et moi aimons la vie, nous avons cette volonté de nous battre", explique-t-il tout en précisant avoir toujours un pincement au cœur lors des dates anniversaire. "Ça fait partie de la vie, seul le temps nous permettra d’effacer notre peine". Mais une juste peine était selon eux également nécessaire.

"Une personne qui maltraite un enfant devrait être interdite d’exercer à vie"

Après la tragédie, de nombreuses questions restaient en suspens. Bertrand et son épouse "n’attendaient pas d’excuse" mais étaient en quête de réponses. Le procès s’est tenu les 15 et 16 octobre 2018 aux assises de Besançon. "Nous lui avons fait face, nous lui avons montré qu’elle n’avait pas gagné, qu’elle allait devoir vivre avec ça toute sa vie." Après délibérations, le verdict tombe mais n’est pas à la hauteur de leurs espérances. Au total, la nourrice est condamnée à sept ans de prison ferme assorti de cinq ans d’interdiction d’exercer. Une peine incohérente pour Bertrand et sa femme.

"Une personne qui maltraite volontairement un enfant et qui le tue devrait être interdite d’exercer à vie", explique-t-il avec ardeur. C’est pourquoi, depuis le drame, Bertrand Gimonet a fait de cette cause son cheval de bataille. À l’Assemblée nationale, ce député se bat pour honorer la mémoire de son fils et met tout en œuvre pour faire en sorte qu’une personne maltraitante envers un enfant ne soit plus jamais en contact avec de façon bénévole ou non. "Ça devrait être systématique."

"Il suffit d’une seule fois pour tuer un enfant ou l’handicaper à vie"

Désormais, Bertrand veut briser le tabou de la maltraitance en faisant de la prévention. Par le biais de différents outils, il veut faire connaître le syndrome du bébé secoué pour alerter et éviter de nouveaux drames. "Tout le monde a des émotions, tout le monde a le droit d’être à bout", admet-il tout en prodiguant quelques conseils aux parents et professionnels qui ne parviennent pas à gérer leurs émotions. "Il faut prendre l’enfant, le poser dans son lit, sur le dos en toute sécurité et quitter la pièce pour retrouver son calme". Et d’ajouter : "Prendre cette distance avec le bébé permet d’éviter un geste de trop car il suffit d’une seule fois pour le tuer ou l’handicaper à vie". Et ce, quelle que soit la force avec laquelle on secoue l’enfant.

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Bertrand Gimonet :