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"Très dur", "traité comme des malpropres": le blues des secrétaires d'État qui attendent la fin du remaniement

Un tiers des effectifs du gouvernement d'Élisabeth Borne ne sait pas de quoi demain sera fait. Depuis l'annonce du remaniement, qui n'a concerné que les ministres de plein droit, le sort des secrétaires d'État, des ministres délégués et de leurs collaborateurs est en suspens.

"C'est dur moralement. On est officiellement au chômage tout en espérant qu'on finisse par nous rappeler en nous disant qu'on peut revenir. C'est quand même très éprouvant", relate une conseillère ministérielle auprès de BFMTV.com.

"Assez violent"

Avec une scène qui résume la situation: celle d'une convocation à 9 heures au lendemain du remaniement pour remettre son badge, faire quelques cartons et dire au revoir à son ministre de tutelle, avant d'être officiellement rayé des effectifs.

"Le soir, vous êtes au cabinet. Le lendemain à midi, vous n'avez même plus de téléphone professionnel, d'adresse mail ou de codes pour votre ordinateur. C'est quelque chose d'assez violent", regrette un chef de cabinet.

"On a l'impression d'être traité comme des malpropres. Partir quand votre ministre n'est plus en poste, c'est normal. Mais là, ne même pas savoir si on va revenir ou non, ce n'est vraiment pas correct", s'agace encore l'un de ses collègues.

300 personnes "sur le carreau"

Si certains secrétaires d'État et ministres délégués devraient bien faire partir du casting final, une poignée d'autres devraient définitivement quitter les allées du pouvoir. De quoi entraîner une ambiance délétère.

"Nous, on sait que ça peut s'arrêter du jour au lendemain. Mais si on fait le calcul de tous les collaborateurs qui se retrouvent potentiellement sur le carreau, ça fait presque 200 personnes. Et on leur demande d'attendre, sans aucune garantie", calcule une secrétaire d'État.

Le principe est pourtant clair: ceux qui n'ont pas officiellement été nommés lors du dernier remaniement sont officiellement sortants. Lors des premières questions d'actualité au gouvernement ce mardi, seuls les ministres cités par le secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler la semaine dernière étaient d'ailleurs bien présents.

Mais en prenant son temps pour nommer l'ensemble du gouvernement, Gabriel Attal laisse planer l'espoir, d'autant plus que certains portefeuilles peuvent difficilement rester sans locataire.

Des cabinets moins inquiets que d'autres

"Les transports à 6 mois des JO, le logement en pleine crise de l'immobilier... Ça, on est plus ou moins sûr qu'on va avoir quelqu'un sur ces sujets. Après, savoir qui ça va être, c'est une autre histoire", relate un ex-secrétaire d'État.

Pour faire face au stress de l'attente, les méthodes varient. Certains décident de patienter, notamment quand ils jugent que leur ministre de tutelle a un certain poids politique et pourrait être renommé à son poste ou ailleurs.

"J'imagine qu'on est moins inquiet au cabinet d'Agnès Pannier-Runacher (ex-ministre de la Transition énergétique) que de Patricia Mirallès (secrétaire d'État aux Anciens combattants)", remarque, acide, le conseiller d'un ministre conforté après le dernier remaniement.

"Un trou dans votre fiche de paie"

D'autres encore font circuler leur CV auprès des nouveaux ministres ou commencent à passer des coups de fil pour trouver un emploi dans le privé.

"On ne peut pas se plaindre parce qu'on gagne bien notre vie. Mais en réalité, même si vous redevenez collaborateur dans quelques jours, vous avez un trou dans votre fiche de paie de près de 3 semaines. Ce n'est pas rien", regrette un collaborateur ministériel.

Une prime de sortie de cabinet existe bien et se chiffre à quelques centaines d'euros. Il faut cependant la rembourser en cas de nouvel emploi dans les mois qui suivent. Pour les ministres et secrétaires d'État eux-mêmes, la stratégie varie.

"Si vous avez un mandat de député, vous êtes quand même plus à l'aise pour la suite. Sinon, c'est compliqué. On sait bien que tous les sortants ne vont pas être reconduits", soupire un secrétaire d'État lui-même sur la sellette.

Des dossiers en suspens

La question de la continuité des dossiers se pose également alors qu'Emmanuel Macron a appelé ses ministres "au travail" et à "la vitesse".

Avec des conséquences concrètes: une réunion sur la question des transports à Marseille dans le cadre du plan Marseille en grand a par exemple été annulée mardi, faute de savoir si ce serait toujours Sabrina Agresti-Roubache, en charge du dossier, qui allait plancher sur le sujet dans les prochains mois.

"Des exemples comme ça, j'en ai des dizaines. Perdre plusieurs semaines de travail quand vous êtes sur des dossiers chauds, ce n'est pas rien", regrette une députée Renaissance.

"Un peu amateur"

Sur le papier, les ministres de tutelle sont pourtant à la manœuvre et sont chargés de gérer les sujets. Mais la mission s'avère impossible pour des portefeuilles XXL. À Bercy par exemple, Bruno Le Maire disposait de pas moins de 4 ministres délégués. Un seul, Jean-Noël Barrot, a été confirmé à son poste.

"4 ministres, ça veut dire entre 70 et 80 collaborateurs de cabinet qui planchent sur les dossiers. C'est sûr que l'entourage de Bruno Le Maire avec 15 personnes ne peut pas faire tout leur travail", s'agace un sénateur macroniste.

"On leur transmet les appels qu'on reçoit, certaines demandes. Mais c'est sûr qu'on est loin de faire de la dentelle. Je dirais même que ça fait un peu amateur", regrette un ancien collaborateur ministériel.

Le suspense prendra fin dans "une dizaine de jours", avant la déclaration de politique général de Gabriel Attal le 30 janvier.

Article original publié sur BFMTV.com