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Théo Luhaka se dit "content" après la condamnation des policiers, mais estime que "sa vie est déjà foutue"

Un statut de victime reconnu. Théo Luhaka, 29 ans, a confié ce dimanche 21 janvier à BFMTV être "content" d'avoir été "entendu", après la condamnation de trois policiers pour son interpellation violente en 2017, dans sa première interview depuis l'énoncé vendredi du verdict.

"Je suis content d'avoir rétabli la vérité et je suis très content que ça ait été entendu et qu'ils aient été punis", salue-t-il sur notre antenne.

"Ce qui m'importait le plus c'était de montrer au monde que j'ai été victime (d'une interpellation violente)", assure-t-il.

Trois policiers ont été condamnés à des peines allant de 3 à 12 mois de prison avec sursis vendredi par la cour d'assises de Seine-Saint-Denis pour l'interpellation violente en 2017 de Théo Luhaka. Le verdict était très attendu, alors que le jeune homme, noir, a été érigé en symbole des violences policières.

"La fin d'un cauchemar"

Pour Théo Luhaka, ce verdict, qui arrive 7 ans après les faits, arrive comme une sorte de soulagement.

"C'est la fin d'un très long cauchemar", souffle-t-il.

"Je ne pensais même pas qu'ils seraient condamnés. Donc juste qu'ils soient condamnés, c'est une bonne chose", dit-il.

Il estime pour autant que les policiers ont "sûrement" bénéficié d'une forme de clémence dans les peines prononcées. "C'est le système qui est comme ça et on n'a pas le choix", lâche-t-il d'un ton fataliste, affirmant que ceux qui s'en sont pris à lui "ne sont pas des policiers" à ses yeux.

Handicapé à vie

Malgré les condamnations, Théo Luhaka affirme que le verdict est "un soulagement plus pour (sa) famille et (son) entourage", car ils pourront tourner la page, que pour lui.

Car aujourd'hui, Théo Luhaka reste marqué par son interpellation, à la fois psychologiquement et physiquement. Désormais incontinent, il est reconnu handicapé à 90% par la Maison départementale du handicap (MDPH).

"Depuis le 2 février 2017, je suis handicapé à vie", dit-il, expliquant devoir vivre avec ce poids au quotidien. "Psychologiquement, ça détruit. (...) On ne peut plus rien faire spontanément et à partir de là, tu n'as plus de vie", explique-t-il.

"Je me considère comme mort", lâche-t-il. "Quoi qu'il se passe aujourd'hui, demain ou dans 50 ans, le Théo Luhaka d'avant le 2 février 2017 n'existe plus."

"Je ne peux plus jouer au foot, mon sourire ne sera plus jamais entier", estime-t-il, affirmant n'avoir plus de projet aujourd'hui et vivre chez ses parents.

"Ma vie est déjà foutue"

Partant de ce constat, Théo Luhaka assure avoir l'impression d'avoir amené "de la tristesse" dans sa famille. "À chaque fois que je sors, ils vont être inquiets", dit-il, assurant limiter ses sorties pour les préserver.

"J'ai déçu toute ma famille", lâche celui qui était sous contrat comme footballeur et vivant aujourd'hui de son allocation handicap.

Pour lui, la durée des peines prononcées à l'encontre des policiers n'a donc finalement que peu d'importance. "Ma vie est déjà foutue, ce n'est pas ça qui va me soulager", pense-t-il, assurant vivre "au jour le jour".

Article original publié sur BFMTV.com