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"Tentative de ratonnade" après la mort de Thomas : mais d'où vient ce terme ?

Des identitaires néonazis ont organisé une descente à Romans-sur-Isère après le décès de Thomas. Une "tentative de ratonnade" estime la gauche. Mais à quoi ce mot fait-il référence ?

Des élus de gauche avaient dénoncé des "ratonnades" de l’ultradroite en 2022 après la victoire des Bleus face au Maroc à la Coupe du monde. (Photo by Julien Mattia/Anadolu Agency via Getty Images)

80 individus ont tenté, ce samedi 25 novembre, d’entrer dans le quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, pour "venger la mort de Thomas", tué par arme blanche lors d’un bal communal. Certains de ces individus appartiennent à des groupuscules néo-nazis, comme l’indique le média indépendant StreetPress. Cagoulés, armés de bâtons, de barres de fer et de mortiers d'artifice, ces militants d'extrême droite ont défilé en scandant des slogans racistes. "Islam hors d’Europe", "La rue, la France, nous appartient"... Une expédition punitive commanditée par un dénommé "Gros lardon", toujours selon StreetPress, qui n’aura finalement pas abouti.

"80 individus ont tenté d’envahir le quartier de la Monnaie à Romans-sur-Isère en fin de journée, a annoncé la préfecture de la Drôme sur X. Grâce à la mobilisation de la police et de deux unités de force mobiles, 20 interpellations dont 17 gardes à vue ont pu être réalisées". La descente de cette centaine d'individus a été qualifiée de "ratonnade" par la gauche. "Le défilé de l'ultradroite à Romans-sur-Isère était une tentative de ratonnade", assure notamment Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, au micro d'Europe 1. Mais d'où vient ce terme ?

Quelle signification ?

Une "ratonnade" est un terme péjoratif utilisé pour désigner une agression ou une série d'agressions violentes dirigées contre des personnes en raison de leur origine ethnique, souvent associée à des groupes d'immigrants nord-africains. Le terme est spécifiquement utilisé en France et tire son origine du mot "raton", qui est un terme argotique et dépréciatif pour désigner les Nord-Africains, en particulier les Algériens. Les ratonnades sont généralement perpétrées par des groupes extrémistes ou des individus ayant des idéologies racistes ou xénophobes.

Ces actes de violence sont donc motivés par la haine raciale, mais aussi par les tensions politiques ou les réactions à des événements spécifiques. "C’est une vieille expression qui a aujourd’hui une dimension dénonciatrice et antiraciste, même si elle peut aussi être revendiquée par l’extrême droite pour se vanter de ses actions violentes à l’égard des Arabes ou des Nord-Africains", expliquait l'historienne Sylvie Thénault à Libération.

Le massacre du 17 octobre 1961

Les premières ratonnades en France ont eu lieu dans les années 1950, lors de la guerre d'Algérie. Toujours selon Sylvie Thénault, le mot est utilisé à l'écrit pour la première fois en 1958 pour désigner des violences commises par les Français d’Algérie sur les Algériens lors des obsèques du leader de l’Algérie française Amédée Froger, assassiné par les nationalistes. Dans la nuit du 17 au 18 octobre 1961, des milliers d'Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre l'instauration d'un couvre-feu décrété par le préfet de police uniquement pour les "Français musulmans d’Algérie".

Des manifestants algériens défilent devant la police parisienne lors d'une manifestation pacifique, à Paris, le 17 octobre 1961 (Gamma-Keystone via Getty Images)
Des manifestants algériens défilent devant la police parisienne lors d'une manifestation pacifique, à Paris, le 17 octobre 1961 (Gamma-Keystone via Getty Images)

Mais la manifestation vire rapidement au drame. Dès le début du rassemblement, les policiers chargent, matraquent, tuent et jettent dans la Seine de nombreuses victimes dans un terrible déchaînement de violence. Lors de cette nuit sanglante, au moins 12 000 Algériens ont été arrêtés, et au moins 120 tués. Cette date marque l'apogée des violences et de la répression policières perpétrées contre l'immigration algérienne en France durant la guerre d'indépendance.

Un précédent en 2022

Plus récemment, à la fin du mois de décembre 2022, plusieurs élus de gauche avaient dénoncé des "ratonnades" de l’ultradroite lors des célébrations de la qualification de l'équipe de France de football pour la finale de la Coupe du monde après la victoire face au Maroc. "On nous a signalé à plusieurs endroits ce qui pourrait s’apparenter à des ratonnades contre des supporteurs de l’équipe marocaine", déplorait sur Public Sénat la cheffe du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot.

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Au total à Paris, 110 mesures de gardes à vue avaient été prises, essentiellement pour "violences sur personne dépositaire de l’autorité publique, participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations, détentions d’engin explosif, port d’arme et embuscade", précisait le parquet de Paris. Parmi les personnes interpellées figuraient quarante personnes proches de l’ultradroite qui s’apprêtaient à rejoindre les Champs-Élysées pour en découdre.

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