La série "Miss Marvel" change (enfin) la représentation des musulmans à l'écran

La série Miss Marvel met en scène Kamala Khan, adolescente américaine de confession musulmane, qui se découvre de superpouvoirs. (Photo: Copyright FR_tmdb)
La série Miss Marvel met en scène Kamala Khan, adolescente américaine de confession musulmane, qui se découvre de superpouvoirs. (Photo: Copyright FR_tmdb)

La série Miss Marvel met en scène Kamala Khan, adolescente américaine de confession musulmane, qui se découvre de superpouvoirs. (Photo: Copyright FR_tmdb)

SÉRIES - “Pour moi, cette série fait énormément de bien”, appuie Yanisse, joint par téléphone, en évoquant “Miss Marvel”. La nouvelle série de la franchise Marvel, qui est diffusée sur Disney+ depuis juin, est saluée par la presse anglo-saxonne pour sa représentation de la religion musulmane et de ceux qui la pratiquent.

On y suit Kamala Khan, une adolescente pakistano-américaine de confession musulmane de Jersey City, une ville proche de New York, aux États-Unis, se découvrir des pouvoirs similaires à ceux des super-héros qu’elle admire. D’héroïne de bande dessinée, le personnage de Kamala Khan devient donc la première super-héroïne musulmane représentée à l’écran.

À l’occasion de la diffusion du dernier épisode ce 13 juillet, Yanisse, 26 ans, et Thalia, 17 ans, tous deux musulmans, racontent au HuffPost ce que leur apporte Miss Marvel. Une série également jugée “plutôt réussie” par le chercheur Thomas Richard, auteur d’un article sur la représentation des personnages musulmans dans le cinéma occidental depuis le 11 septembre 2001.

“Ça m’a tout de suite plu”

“J’aime les séries Marvel donc, quand celle-ci est sortie, je l’ai regardée tout naturellement, sans trop me poser de questions, je ne connaissais pas la super-héroïne”, débute Yanisse, qui dit s’être ensuite “identifié à la série” et “attaché au personnage” en la visionnant.

Originaire de Lorraine, il explique: “Même si on a eu Black Panther avec un super-héros noir et la représentation de la communauté asiatique avec Shang-Chi, je trouvais qu’il y avait encore un manque de diversité chez Marvel. La plupart des super-héros sont blancs. J’ai toujours trouvé qu’il manquait la teinte de personnages musulmans mais c’est ce que j’ai retrouvé avec Miss Marvel, donc ça m’a tout de suite plu”.

“Fan” aussi de Marvel depuis l’enfance, Thalia, qui vit en Alsace, a regardé la série dès sa sortie. “J’avais peur qu’on caricature la religion ou qu’on ne dise que quelques fois qu’elle est musulmane, mais en fait ils le montrent, ils montrent sa vie, ses coutumes”, souligne-t-elle. “C’était beau à voir pour quelqu’un qui a grandi avec cette religion”, complète-t-elle.

Une représentation juste des musulmans

Pour Yanisse et Thalia en effet, la série “Miss Marvel” représente l’Islam positivement, et sans stéréotypes. “Par exemple, il y a un mariage musulman - pakistanais également - et on voit réellement ce à quoi ça correspond. C’est loin des clichés sur les mariages forcés, on voit que c’est un mariage d’amour, un mariage heureux”, illustre Yanisse. “Ça fait plaisir”, ajoute le Lorrain.

“La série ne montre pas forcément les choses les plus ‘énormes’ de la religion musulmane. Au début de l’épisode, elle prononce plusieurs fois ‘bismillah’. Personnellement, je le dis aussi avant de commencer quelque chose de difficile, pour me porter bonheur”, accentue de son côté Thalia, pour qui la famille de Kamala ressemble “beaucoup” à la sienne.

“Ce qui est bien aussi, c’est qu’on ne parle pas de la religion tout du long mais par teintes”, poursuit Yanisse. Un avis partagé par Thomas Richard. “Si on est juste un personnage positif et musulman, ça finit par donner quelque chose qui est vide tandis que là [...] on a rempli le personnage”, met-il en avant.

Si on est juste un personnage positif et musulman, ça finit par donner quelque chose qui est vide tandis que là [...] on a rempli le personnageThomas Richard, chercheur en sciences politiques et en cinéma

Le chercheur en sciences politiques et en cinéma, qui s’était déjà intéressé au personnage de Miss Marvel en bande dessinée, développe: “Avant que la série ne soit lancée, on avait une vision de Kamala qui était un décalque de teenager américaine, sauf qu’elle était musulmane, mais il n’y avait pas énormément de différences par rapport à d’autres personnages”.

“La question de la série, à l’origine, c’était ‘on va faire un personnage positif musulman’ mais ce n’est pas une identité à part entière, c’est une religion [...]. Là, notre personnage n’est pas tant musulman que Pakistanais, Sud-asiatique plus globalement”, poursuit-il. “L’islam fait partie de l’univers de Kamala mais c’est l’une des choses parmi d’autres de celui-ci”, poursuit Thomas Richard.

“Un bon exemple pour les petites filles musulmanes”

Si Kamala est musulmane et d’origine pakistanaise, elle est aussi une jeune fille de 16 ans. Un détail qui compte pour Thalia: “Je pense que c’est un bon exemple pour les petites filles, et surtout pour les petites filles musulmanes. Je sais que ma petite sœur grandit avec cette série et ça fait du bien de savoir qu’elle peut se représenter un personnage qui lui correspond”.

Je sais que ma petite sœur grandit avec cette série et ça fait du bien de savoir qu’elle peut se représenter un personnage qui lui correspondThalia, 17 ans

“Avec le personnage de Kamala, on retrouve cette vision du héros qui doit apprendre, se débrouiller et qui n’est pas héros juste parce qu’il est héros. Elle se détache de la tendance parfois à retomber sur les stéréotypes du héros parfait pour les héroïnes féminines, dont la question est devenue majeure ces dernières années”, appuie, quant à lui, Thomas Richard.

Le chercheur souligne par ailleurs que le personnage de Kamala Khan a une partie autobiographique. L’une des productrices de la série, Sana Amanat, est en effet elle aussi d’origine pakistanaise et a grandi à New Jersey. “On a aux commandes une équipe mixte, à la fois américaine, pakistanaise, indienne, britannique, qui connaît parfaitement bien ce qui a déjà été fait sur l’Asie du Sud et ce qui a été fait sur les teenagers américains”, souligne Thomas Richard.

Le spécialiste résume: “Vous avez ici des entreprises qui savent ce qu’elles font et qui se donnent les moyens, ainsi qu’un casting fait avec soin”. Iman Vellani, qui interprète Kamala Khan et qui est pakistano-canadienne, a d’ailleurs expliqué au Guardian “s’y connaître” sur le personnage avant même les auditions.

Une représentation encore rare

“C’est rare cette représentation, surtout que c’est une adolescente qui est musulmane et qui a à peu près mon âge. C’est sûr que je suis touchée par ce personnage en particulier”, poursuit Thalia. Yanisse, lui aussi, n’a pas de films ou de séries en tête “mettant un personnage musulman autant en avant”.

“On n’a pas énormément de personnages musulmans au cinéma”, approuve Thomas Richard. “Et ce sont des sorties limitées. Le film Amerrika, par exemple, est considéré comme du cinéma moyen de gamme en France. Miss Marvel tranche un peu parce qu’on rentre dans la grosse machinerie hollywoodienne mais c’est une série, et du streaming pour le moment”, continue le chercheur.

En juin 2021, une étude du think thank USC Annenberg Inclusion Initiative soulignait en ce sens que sur 200 films populaires sortis entre 2017 et 2019 aux États-Unis, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande, 181 ne comptaient aucun personnage musulman.

“Au cinéma, il y a beaucoup d’a priori sur les musulmans. À chaque fois, ils sont associés au terrorisme, aux choses mauvaises ou alors il y a une connotation moqueuse. Au contraire, ici, Kamala Khan est une super-héroïne et est le personnage principal”, illustre Yanisse.

De la même manière, pour Thomas Richard, les stéréotypes qui peuvent exister dans la série sont surtout liés à la représentation du Pakistan. “Les scènes dites au Pakistan dans la série ont par exemple été tournées en Thaïlande. Il peut aussi avoir quelques stéréotypes mais ça reste ponctuel, ou des parties de la partition entre l’Inde et le Pakistan qui sont laissées de côté”. “C’est une représentation plus globale de l’Asie du Sud (Inde, Pakistan, Bangladesh) qui est faite, pour qu’on puisse s’identifier plus largement”, ajoute-t-il.

Pour le chercheur, si un film Marvel se dédie à Kamala Khan, il serait “possible” que ce soit la première grande sortie cinéma avec un personnage musulman de premier plan. “Mais les gens n’iront pas forcément le voir parce que c’est un personnage musulman, pour que ça marche, il faut que ce soit Miss Marvel, avec toute son histoire”. En attendant, Yanisse, lui, espère que la mini-série aura pu “montrer aux gens qu’on est comme tout le monde”.

À voir également sur Le HuffPost: “La série Marvel “She-Hulk” dévoile sa première bande-annonce”

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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