Royaume-Uni: un malade du cancer condamné finalement sauvé grâce à l'immunothérapie

Royaume-Uni: un malade du cancer condamné finalement sauvé grâce à l'immunothérapie
Tweet montrant Robert Glynn, ancien malade du cancer guéri grâce à un essai clinique reposant sur l'immunothérapie.  - Capture d'écran Twitter
Tweet montrant Robert Glynn, ancien malade du cancer guéri grâce à un essai clinique reposant sur l'immunothérapie. - Capture d'écran Twitter

Alors que ses médecins ne lui donnaient plus que 12 mois à vivre, Robert Glynn, un soudeur anglais de 51 ans, est désormais complètement guéri du cancer des voies biliaires qui le rongeait, rapporte le Guardian. Grâce à un essai clinique reposant sur l'immunothérapie, les tumeurs de l'ancien malade ont drastiquement réduit de taille, permettant leur retrait.

C'est en juin 2019 que le couperet tombe. À la veille de ses 49 ans, Robert Glynn, originaire de la banlieue de Manchester, apprend qu'il est atteint d'un cancer des voies biliaires. L'homme s'était inquiété de douleurs ressenties dans son épaule, l'empêchant de dormir.

Comme le rapporte la Société nationale française de gastro-entérologie (SNFGE), il s'agit d'une maladie rare, qui touche "aux alentours de 2000 personnes (...) chaque année en France".

2% de chance de survie après cinq ans

En clair, la maladie multiplie les cellules qui tapissent les parois des voies biliaires, "des canaux qui véhiculent la bile dans l’intestin, depuis le foie vers la vésicule biliaire où elle est stockée entre les repas", rapporte la SNFGE.

Lorsque le cancer de Robert Glynn est détecté, la maladie a déjà atteint le stade 4. Elle s'est étendue à ses glandes surrénales et à son foie, et les tumeurs sont trop grosses pour être opérées.

"J'ai demandé à mon docteur d'être honnête avec moi, et de me dire combien de temps il me restait si je continuais dans cet état. Elle m'a dit 12 mois", se rappelle dans les colonnes du Guardian Robert Glynn.

Le quotidien britannique souligne qu'au Royaume-Uni, moins de 2% des patients porteurs d'un cancer des voies biliaires étendu à d'autres organes survivent au-delà de cinq ans.

Se débarrasser soi-même des cellules cancéreuses

Mais à la vue des caractéristiques de sa maladie, et notamment au nombre élevé de mutations dans ses tumeurs, Robert Glynn est finalement réorienté vers la fondation Christie, gérée par le NHS. Basé à Manchester, ce fonds gère l'un des plus grands hôpitaux dédié au traitement du cancer en Europe.

Une fois pris en charge, le soudeur se voit administrer un traitement médicamenteux spécifiquement adapté à son profil, reposant sur l'immunothérapie. Une telle méthode est déjà approuvée pour les cancers du poumon, du rein et de l'œsophage, mais demeure au stade d'essai clinique pour les cancers des voies biliaires.

Comme le rapporte l'Inserm, l'immunothérapie des cancers repose sur une autre logique que la chimiothérapie, plus classique. Au lieu de s'attaquer directement aux cellules cancéreuses, le traitement va apprendre au corps à s'en débarrasser lui-même.

"L’immunothérapie est une approche thérapeutique qui agit sur le système immunitaire d’un patient pour lutter contre sa maladie. Dans le cas du cancer, elle ne s’attaque pas directement à la tumeur, mais stimule les cellules immunitaires impliquées dans sa reconnaissance et sa destruction", souligne l'Inserm.

L'immunothérapie entend notamment "réveiller" le système immunitaire, alors que les tumeurs peuvent avoir pour action d'endormir les lymphocytes T, des cellules tueuses essentielles dans la réponse immunitaire contre les virus et les cancers.

Un "miracle"

Chez Robert Glynn, cet essai clinique s'est révélé particulièrement efficace. L'immunothérapie, reçue en perfusion et couplée à une chimiothérapie traditionnelle, a permis de drastiquement réduire la taille de ses tumeurs. Celle sur son foie est passée de 12 à 2,6cm, et celle sur ses glandes surrénales de 7 à 4,1cm. Ouvrant la voie à leur retrait de manière chirurgicale.

Lors de l'opération, qui s'est déroulée en avril dernier, les chirurgiens "n'ont trouvé aucune cellule cancéreuse active. Ils ont testé toutes les tumeurs deux fois car ils ne pouvaient pas y croire", rapporte le patient anglais. Uniquement des tissus morts ont été retrouvés par les docteurs.

"Une des infirmières a dit que c'était un miracle. Je n'aime pas ce mot, je ne suis qu'un type ordinaire, mais c'est définitivement remarquable. Sans le progrès, je ne serai pas là", abonde Robert Glynn.

D'autres patients actuellement traités

Depuis, le soudeur n'a eu besoin d'aucun traitement additionnel, et son scanner trois mois après l'opération indique qu'il est totalement guéri. Depuis, il a pris la décision d'adopter un régime alimentaire sain, et a perdu 31kg. Les cancers des voies biliaires peuvent être liés à l'obésité. "C'était le coup de pied aux fesses dont j'avais besoin pour changer ma vie", confie-t-il.

Le traitement qu'a reçu Robert, dont le nom ne peut encore être révélé car toujours au stade d'essai clinique, est actuellement administré sur d'autres patients possédant le même type de cancer agressif que celui qui a failli coûter la vie du soudeur.

Mais comme a tenu à le souligner Juan Valle, oncologue au sein de l'hôpital de Manchester où a eu lieu l'essai clinique, "La plupart des patients avec ce diagnostic n'ont pas autant de mutations dans leurs cellules cancéreuses, donc le traitement ne sera pas aussi efficace, mais cela souligne l'importance de la médecine personnalisée". Le spécialiste ne veut toutefois pas se montrer pessimiste, et appelle à élargir le nombre de patients traités avec la méthode.

"Cela pourrait conduire à un changement dans la façon dont nous traitons des patients comme Robert à l'avenir", espère Juan Valle.

Article original publié sur BFMTV.com