Réforme du Baccalauréat : avalanche de zéros au contrôle continu ?

Les épreuves de contrôle continu de baccalauréat sont perturbées dans plusieurs établissements. Certains lycéens s'exposent à des zéros.

Plusieurs lycéens et professeurs ont décidé de bloquer les épreuves de contrôle continue, les E3C, actuellement en cours. Mais cela pourrait coûter cher aux élèves. 

La réforme du baccalauréat continue de faire des mécontents. Entre le 20 janvier et le 29 février, les élèves de Première planchent sur les E3C, des épreuves de contrôle continu du baccalauréat qui comptent, en tout, pour 30% de la note finale. L’histoire-géographie, les langues vivantes et les mathématiques (uniquement pour les filières technologiques) sont les matières concernées par cette première cession. 

Des mobilisations dans toute la France

Conformément à l’esprit de la réforme, dont le but est d’offrir une plus grande personnalisation du parcours et de donner une meilleure autonomie aux établissements, les proviseurs ont choisi les dates des épreuves. Le personnel enseignant a sélectionné les sujets dans une ‘banque nationale numérique”. 

Mais rapidement, professeurs et étudiants ont fait part du manque de préparation et de la mise en place précipitée de la réforme. Après les vacances de Noël, douze des syndicats ont demandé officiellement au ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, de “renoncer” à ces premières épreuves de contrôle continu. Estimant n’avoir pas été suffisamment entendus, certains enseignants mais aussi des lycéens ont décidé de perturber le déroulement des E3C. Selon un décompte du collectif #StopbacBlanquerstopE3C, plus de cent actions ont d’ores et déjà été menées dans différents établissement de France. 

Repéré sur Instagram

Résultat, dans certains cas, les élèves n’ayant pas participé aux épreuves se voient gratifier de la note de 0. C’est notamment ce qui s’est passé pour une vingtaine de lycéens de l’établissement René-Josué Valin de La Rochelle. Les parents de l’un d’eux ont reçu une lettre expliquant que l’absence de leur enfant à l’épreuve de contrôle continu ne relevait pas d’un “cas de force majeur”, et qu’il recevrait donc la note de 0 sans possibilité de participer à un éventuel rattrapage. Selon les mots du proviseur, “l’équipe en place pour sécuriser les entrées de l’établissement témoigne” que le lycéen “faisait partie des élèves qui ont manifesté et tenté de bloquer les accès du lycée”. Plus surprenant, le directeur fait part du fait que le profil Instagram de leur enfant “s’est abonné ce jour-là au compte @blocusValin”. 

Cette dernière justification a suscité un tollé sur Twitter. “Adhérer à des idées sur les réseaux sociaux ne veut pas forcément dire passer à l’action. Il s’agit de la liberté de penser, la liberté d’opinion, mais ce n’est pas une preuve probante”, nous explique Me Valérie Piau, avocate spécialisée en droit de l’éducation et auteure de Le guide Piau : les droits des élèves et des parents d’élèves. Un simple suivi sur Instagram ne peut donc pas justifier la participation à un blocage, en revanche, “si les profils des élèves sont publics et que n’importe qui y a accès, on ne peut pas reprocher à un chef d’établissement d’aller voir”, poursuit l’avocate. 

Pour autant, selon la lettre du proviseur, l’activité sur Instagram de l’élève n’est pas le seul élément à charge, puisqu’il aurait également été repéré par les surveillants. Or, selon le ministère de l’Éducation, “si un élève est identifié comme bloqueur, il n’a aucune excuse pour ne pas être à l’épreuve. La consigne est donc claire : il a 0”. 

Une rupture d’égalité ?

La difficulté de la situation est d’identifier clairement les bloqueurs de ceux qui n’ont tout simplement pas pu se rendre aux épreuves. Car priver injustement un élève d’une chance de passer son examen relève de la “rupture d’égalité”. “Il faut que tous les élèves se voient appliquer les mêmes règles”, nous décrit Me Piau. Mais il n’y a pas de règle à l’échelle nationale sur le sujet. 

“Si l’établissement est bloqué et que les épreuves n’ont pas pu se tenir, il n’y a pas de 0, juste un report”, nous décrit le ministère de l’Éducation nationale. “Si l’épreuve s’est déroulée normalement mais que seulement deux ou trois élèves étaient absents de manière injustifiée, ils ont un 0”, poursuit-on. Les recteurs d’académie et les chefs d’établissement ont reçu des informations à ce sujet, selon le ministère. 

Mais il existe un dernier cas de figure : lorsque l’épreuve a pu avoir lieu mais qu’une grande majorité des lycéens ne s’est pas présentée. “Là, on ne sait pas trop si les élèves ont été bloqués contre leur grés ou s’ils ont participé aux blocages” décrit le ministère. C’est alors aux proviseurs de décider s’ils permettent ou non aux élèves de repasser l’épreuve. Le ministère de l’Éducation nationale se défend de toute rupture d’égalité : “C’est certes dans le cadre du baccalauréat qui est un examen national, mais il s’agit de contrôle continu. Ce n’est pas le même sujet pour tout le monde”. 

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Éviter les zéros

C’est justement sur cet argument qu’ont l’intention de s’appuyer les membres du collectif #StopbacBlanquerStopE3C pour éviter cette distribution de bulles. “Selon la règle, une absence injustifiée au baccalauréat conduit effectivement à un 0”, mais comme ces épreuves de contrôle continu “ne sont pas passées en même temps et ne portent pas sur les mêmes sujets, on peut les rapprocher d’un bac blanc”, décrit un membre du collectif. Dans ce cas, “on ne peut pas mettre un 0 pour une absence injustifiée”, assure-t-il. 

“Sinon, on a un autre angle d’attaque : faire en sorte que toutes les absences soient excusables”, et qu’ainsi, chaque élève puisse repasser les épreuves plus tard. Pour l’heure, rien n’est encore définitif puisque les E3C peuvent être organisées jusqu’à la fin du mois de février.

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