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Réforme de l'assurance chômage : le gouvernement sous le feu des critiques

Alors que Gabriel Attal va annoncer de nouvelles mesures pour réaliser des économies sur le budget de l'État, l'une d'entre elles fait particulièrement débat.

Déjà réformée en 2019, puis en 2023, l'assurance chômage est de nouveau dans le viseur du gouvernement. (Photo : SEBASTIEN BOZON / AFP)

Le moins que l'on puisse dire, c'est que cette piste du gouvernement ne laisse personne indifférent. Après un séminaire sur la question de l'emploi qui a réuni tous les ministres ce mercredi 27 mars, Gabriel Attal s'apprête à annoncer une batterie de nouvelles mesures pour répondre à l'alarmante situation budgétaire de la France.

Parmi ces décisions censées permettre une réduction de la dette publique, l'une des principales devrait concerner l'assurance chômage. Déjà durcies par deux réformes successives en 2019 et en 2023, les conditions d'accès au dispositif d'aide aux personnes en recherche d'emploi pourraient faire l'objet d'un tour de vis supplémentaire, avec notamment en projet une nouvelle réduction de la durée d'indemnisation.

Les économistes perplexes

Dévoilée par plusieurs ministres à la sortie du séminaire gouvernemental, cette idée n'a pas manqué de déclencher un florilège de réactions perplexes. À commencer par celles d'économistes spécialisés sur la question du chômage. "40% de chômeurs sont indemnisés par les règles de l'assurance chômage, ce qui signifie que 60% ne le sont pas", note ainsi Bruno Coquet, cité par La Tribune.

"Si le gouvernement durcit les règles de l'assurance chômage, ces 60% ne vont pas reprendre plus d'emplois qu'ils n'en reprenaient hier, poursuit l'économiste, spécialiste du marché de l'emploi. Est-ce que réduire les droits à l'assurance-chômage crée des emplois ? La réponse est non."

Professeur d'économie à l'Université Paris 8, Clément Carbonnier s'inquiète pour sa part de probables "effets négatifs sur les conditions de vie et les salaires des chômeurs et des non chômeurs" et rappelle que la réforme de 2019 a provoqué "un léger effet sur la reprise d'emploi, mais avec des contrats plus courts et moins bien rémunérés".

Les syndicats inquiets

De leur côté, les syndicats dénoncent le jusqu'au-boutisme du gouvernement sur la question de l'assurance chômage et craignent que les personnes en situation de précarité soient les premières victimes de la chasse aux économies. "Il y a déjà eu quatre réformes violentes qui ont été imposées ces dernières années, a expliqué la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet au micro de France Bleu Roussillon. Aujourd'hui, seulement 35% des personnes inscrites à France Travail sont indemnisées et sur ces personnes indemnisées, 40% sont en dessous du seuil de pauvreté."

"Ce déficit, c'est le gouvernement qui l'a lui même créé avec la multiplication des cadeaux fiscaux aux entreprises, affirme la syndicaliste. On atteint 170 milliards d'euros d'aide donnés chaque année aux entreprises sans contrepartie, un montant qui a explosé sous les quinquennats Macron. Aujourd'hui, on veut nous faire payer la dette. Ils ont braqué la caisse et ils veulent nous faire payer, c'est ça le résultat."

Les différents syndicats semblent par ailleurs au diapason sur la question. Il y a quelques jours, quatre autres formations (CFDT, CFE-CGC, CFTC et FO) s'étaient associés à la CGT pour publier un texte commun dans les colonnes du Monde, appelant à mettre fin à "la stigmatisation populiste des chômeurs".

La classe politique divisée

Ces derniers jours, les responsables politiques de tous bords avaient multiplié les propositions pour tenter de résorber le déficit budgétaire du pays. Ce mercredi, plusieurs figures de l'opposition ne se sont donc logiquement pas privées de donner leur avis sur les pistes envisagées par le gouvernement, et notamment sur cette mesure phare autour de l'assurance chômage.

"Vous avez sommé les oppositions de faire des propositions de recettes et d'économies, nous n'avons jamais cessé d'en faire, a rappelé Eva Sas, porte-parole du groupe écologiste à l'Assemblée nationale, ce mercredi lors de la séance de questions au gouvernement. (...) Mais de nouveau, vous n'avez rien voulu écouter. Votre seule proposition, c'est de couper dans les dépenses sociales. Il serait intolérable que vous fassiez payer aux plus vulnérables les cadeaux que vous avez fait aux entreprises et aux plus riches."

"Ceux qui sont appelés à payer, comme toujours avec ce gouvernement, ce sont les plus modestes, la classe moyenne, renchérit le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure, cité par Franceinfo. Ce sont ceux qui, justement, ont déjà tant de mal à finir leurs fins de mois."

Les réactions du côté de la droite et de l'extrême droite sont en revanche beaucoup plus favorables. Le président des Républicains Éric Ciotti estime ainsi qu'il faut absolument mettre un terme à "ce modèle social où ceux qui cumulent les aides gagnent plus que ceux qui travaillent", tandis que Marion Maréchal, candidate Reconquête aux élections européennes, a jugé sur Sud Radio qu'"il n’est pas choquant que l’on touche à la durée d’indemnisation de l’assurance chômage".